Réflexions suite à l’article de Christian Harbulot « Daech et la mutation de la guerre » : des pistes à exploiter qui soulignent une absence de stratégie.

Par David Hornus, le 10 juin 2015

Corpguard

Une longue réflexion rondement menée que je publie ici avec l’aimable autorisation de l’auteur que je remercie vivement. David HORNUS est le Directeur de CORPGUARD, diplômé de l’Ecole de Guerre Economique (1999 – Promo 2), Fondateur du site infoguerre.com //RO

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Dans un récent et long article publié sur différents médias, Christian HARBULOT, directeur de l’Ecole de Guerre Economique affirme que nous vivons actuellement une « mutation de la guerre » et prône le recours à la guerre de l’information pour éviter, à terme, d’avoir à lutter militairement sur notre territoire contre l’Organisation Etat Islamique. 

Cet article est le préambule à une étude intitulée : « La France peut-elle vaincre Daech sur le terrain de la guerre de l’information ?  » publiée par l’Ecole de Guerre Economique (EGE) sous sa direction et préfacée par Alain JUILLET, qui s’interroge sur la capacité de la France à mettre en place une stratégie gagnante de contre-information pour lutter contre cette organisation terroriste islamiste.

 

Guerre de l’information : de quoi s’agit-il ?

 

Reprenons cette formule consacrée du Maréchal FOCH afin de comprendre à quoi M. HARBULOT fait allusion lorsqu’il évoque l’hypothèse d’avoir un jour à conduire une autre guerre que la guerre « militaire » pour lutter contre l’Organisation Etat Islamique. 

Cette « autre guerre », qui selon lui prend une place croissante dans la résolution des rapports de force, est la « guerre de l’information ».

Aux origines historiques de la « guerre de l’information » ont retrouve …. et ce ne sera pas une surprise : Sun-Tsu, stratège chinois, auteur au 5ème siècle avant JC de « l ‘Art de la guerre » et promoteur d’un mode de combat basé sur la « stratégie indirecte » anti-thèse de l’approche occidentale, européenne, issue de la chevalerie qui prône le recours au choc de la bataille comme unique voie d’affrontement.

Selon lui : « l’affaiblissement ou l’élimination d’un adversaire est possible grâce à un usage habile d’une rumeur ponctuelle ou répétitive savamment diffusée … ». Il dit encore : « tout l’art de la guerre est fondée sur la duperie ».

Tout au long de l’antiquité, des références littéraires exposent les techniques de la ruse et du stratagème permettant de lutter, et parfois de vaincre, dans un rapport du faible au fort. Les auteurs Detienne et Vernant dans « Les ruses de l’intelligence » (1974) ont mis en évidence l’importance de cette pratique qu’ils appellent la « métis des grecs » dans les fondements de la société grecque.

Plus tard au XXème siècle, la Révolution Russe a révélée des méthodes subversives originales faisant de la « guerre de l’information » une véritable stratégie plus qu’un mode de « combat ».

Parallèlement aux modes opératoires déployés par la Révolution Russe, (noyautage, propagande, entrisme, influence, idéologie) différents dérivés ou formes de la « guerre de l’information » sont apparus au cours des guerres dites « Révolutionnaires ».
La propagande, dont les mécanismes sont très bien expliqués dans l’ouvrage de Serge Tchakhotine « Le viol des foules par la propagande politique », la subversion (lire à ce sujet le livre de Roger Muchielli), la désinformation (Vladimir VOLKOFF), ou l’intoxication (Pierre NORD).

Finalement, lorsque Christian HARBULOT parle de « guerre de l’information » il fait allusion à la notion séculaire de stratégie indirecte qui vise à affaiblir l’ennemi par d’autres moyens que les seuls moyens militaires.

Le Président J.F Kennedy avait d’ailleurs déclaré devant les élèves officiers de West Point à l’époque de la guerre du Vietnam qu’ils allaient être confrontés à « … un autre genre de guerre, nouvelle dans son intensité mais ancienne dans son origine – subversion, guérilla, insurgés, assassins, une guerre d’embuscades (escarmouches) plutôt que de combats, une guerre d’infiltration plutôt que d’agression, cherchant la victoire en érodant et en épuisant l’ennemi plutôt que de s’y confronter».

Peut-on alors vraiment parler de mutation de la guerre ?
Le concept américain d’Information Warfare au 21ème siècle :

A la fin des années 90, les Etats-Unis ont engagé une réflexion stratégique qui a conduit à la RMA (« Révolution in Military Affairs ») qui définie la sphère informationnelle comme champ de bataille militaire et politique du 21eme siècle permettant aux Etats Unis de maintenir leur leadership mondial et de rester le référentiel unique en transformant l’objectif wilsonien d’American Way of Life (AWOL) en Americain Way of Thinking (AWOT).

Pour atteindre cet objectif, les Etat-Unis ont identifié 3 axes d’influence :

➢ L’influence technique et technologique
➢ L’influence culturelle
➢ L’influence informationnelle

Le constat de cette théorie est que l’avènement de la société de l’information, qui a succédé à la guerre froide, est en fait la suite logique de la Révolution agraire puis industrielle. Cette Révolution informationnelle aboutit au concept de domination de la sphère informationnelle (info-dominance).

Les Etats-Unis déclinent ainsi 5 dimensions stratégiques (Terre/Air/Mer/Espace/Infosphère) dans lesquelles les actions de « guerre de l’information » peuvent s’appliquer concomitamment ou simultanément tant au niveau tactique (au plus près des opérations sur le terrain) que stratégique (système d’information, système bancaire et financier, infrastructures critiques …) .

L’ensemble des moyens élaborés lors de la Révolution Russe et des guerres révolutionnaires ou « subversives » en général (stratégie indirect, rapport du faible au fort, utilisation de la ruse et du stratagème) s’appliquent sur des cibles qui ne sont plus exclusivement militaires et dont la vulnérabilité est accrue par leur inter-connectivité.

Typologie américaine de la guerre de l’information :

Les américains ont donc défini la guerre de l’information (« Information Warfare ») comme l’ensemble des actions permettant d’agir sur la sphère informationnelle.

La typologie la plus fine du concept d’Information Warfare, est sans nul doute celle de Martin Libicky, chercheur à la NDU (National Defense University) qui décline les moyens d’actions de la guerre de l’information selon sept composantes réparties entre les actions contre des cibles militaires et les actions contre la société civile :

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