Réorganisation du service de la gendarmerie : le cynisme de Bernard Cazeneuve

Par Philippe Franceschi, le 25 août 2015

Boulevard Voltaire

 

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Le ministre de l’Intérieur, en déplacement à Guéret vendredi 21 août 2015, a déclaré vouloir réorganiser et mutualiser les services de gendarmerie au niveau national.

« J’ai donné instruction au directeur de la gendarmerie de réfléchir aux conditions dans lesquelles nous pouvons, par des regroupements et sans suppressions d’emplois, avec même des créations d’emplois supplémentaires, assurer une permanence des forces de sécurité sur le territoire 24 heures sur 24 lorsque de toutes petites brigades n’arrivent pas à le faire. »

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Laissez-moi vous décrypter entre les lignes. Selon le rapport de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, la délinquance a augmenté en 2014 de 4,6 % en zone police et de 8,6 % en zone gendarmerie, toutes infractions confondues. Les agressions physiques augmentent très nettement aussi, de près de 10 % en zone gendarmerie. Le ministre estime donc qu’il faut faire quelque chose, d’autant que la gendarmerie est responsable de la sécurité publique sur 95 % du territoire et au profit de 50 % de la population. Or, comme elle ne peut plus guère compter sur une augmentation de ses effectifs, contrairement à l’Éducation nationale, il faut faire mieux avec les effectifs actuels. L’expression « J’ai donné instruction au directeur de la gendarmerie de réfléchir » signifie que la décision est déjà prise : à lui de se débrouiller, le ministre veut des résultats.

Comme on a déjà pioché au maximum dans les effectifs des escadrons de gendarmerie mobile ces dernières années, procéder à des regroupements d’unités pour assurer une surveillance 24h/24 du territoire nécessite donc de supprimer ce que le ministre appelle les « toutes petites brigades », ou ce qu’il en reste, car cette constance dans l’action vaut aussi bien à gauche qu’à droite depuis les années 2000 où on a vendu cette réorganisation aux Français et à leurs élus locaux, en leur faisant miroiter une plus grande efficacité du service rendu, ce qui n’a pas été le cas si l’on en juge par les résultats. Bernard Cazeneuve veut donc faire encore un pas supplémentaire dans cette direction. Il sera donc nécessaire de dégarnir encore un peu plus le maillage territorial de proximité de la gendarmerie qui faisait sa force depuis huit siècles. Cet état d’esprit est dans la même logique de sabotage de la proximité que celui consistant à vouloir supprimer les départements.

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

2 thoughts to “Réorganisation du service de la gendarmerie : le cynisme de Bernard Cazeneuve”

  1. Depuis les années 1990, à la suite d’une réflexion sur une réorganisation du service de la Gendarmerie , à des fins , il faut le dire, d’économies de personnels, de grands diplômés d’état-major, ont trouvé une idée lumineuse : mettre en place dans chaque département, un Centre opérationnel pour gérer les services sur le terrain et notamment les patrouilles nocturnes. Selon les concepteurs du projet, le territoire était surveillé plus efficacement et le COG devait recevoir les appels publics et diriger les interventions sur les lieux des événements. Cela a permis une suppression de nombreuses unités pour récupérer du personnel et pour renforcer les brigades chargées. Mais l’effet pervers c’est la fermeture partielle ou définitive de certaines brigades et des interventions par du personnel hors de son secteur , sans connaissance de la population. C’est absolument une hérésie car ce n’est pas dans la culture de la Gendarmerie qui a surtout une approche différente par le contact humain et suivi de la partie saine de la population. Il n’y a pas des centaines de solution pour retrouver la clef d’une bonne solution, (même si elle n’est pas parfaite) pour couvrir correctement le territoire par les forces de l’ordre afin de renouer avec le besoin de renseignements qui est l’essence même de la mission de la Gendarmerie. Il faut des unités territoriales autonomes implantées au centre de leur secteur d’intervention ; des unités suffisamment étoffées pour intervenir seules avec des personnels qui connaissent leurs habitants. Les gens aiment avoir affaire à leurs gendarmes , c’est la seule issue pour recueillir des informations : une confiance réciproque entre la population, les élus et les gendarmes. Il est donc nécessaire de revoir les circonscriptions avec pour objectifs : un secteur déterminé, une unité centrale qui ne sera pas forcément au chef lieu de canton si ce dernier n’est pas au centre du secteur, ceci pour plus de rapidité dans les interventions. Il faut arrêter de supprimer des unités et laisser sans surveillance une grande partie du territoire national. Parallèlement on peut garder une cellule au chef-lieu du département et un peloton d’intervention également dimensionné , destiné à parfaire la surveillance et à intervenir pour soutenir les unités territoriales. On doit se donner les moyens d’assumer des missions essentielles pour la sécurité avec une réflexion de base axée sur un rapprochement essentiel du gendarme et des citoyens. Et puis , c’est fondamental, pour connaître le terrain et la population il faut insister dans les écoles sur le contact nécessaire entre les personnels et les habitants. On voit trop souvent les gendarmes affairés par leurs tâches , passer dans leur véhicules sans avoir l’idée de s’arrêter pour conserver un lien avec les personnes dont ils sont sensés rassurer et sécuriser. Parler des problèmes d’agriculture avec l’agriculteur c’est recueillir sa confiance et peut être l’assurance ensuite d’être averti si un fait particulier chagrine le dit- paysan. Il y a matière à réflexion mais il faut surtout recueillir l’avis des gens de terrain . Je connais une brigade dont les locaux et les habitations des gendarmes (la caserne) est la propriété de la ville. La brigade est ouverte deux jours par semaine et les victimes doivent se déplacer dans une autre ville à 26 kilomètres pour porter plainte lorsque la brigade est fermée. C’est une situation inacceptable et je comprends mal pourquoi les élus de s’insurgent pas contre une telle situation. Enfin malgré les sentiments de satisfaction du ministre de l’intérieur , la mise pour emploi de la Gendarmerie sous la coupe du ministère de l’intérieur n’est pas la bonne solution , associer deux forces de sécurité qui n’ont pas le même statut est une erreur car à terme, (je me méfie des politiques) il yu a un danger, celui d’une mutualisation des mentalités et à ce titre, la Gendarmerie avait une culture différente de celle des fonctionnaires de police. Plus de disponibilité et une réputation différente auprès de la population. Il y a danger.

  2. Ah, le sinistre de l’intérieur donne instruction à son directeur de réfléchir…aux conditions dans lesquelles nous pouvons… Encore un sinistre qui cause mal la France, et oublie la nécessité conditionnelle de son expression dans un présent mal venu, comme s’il croyait à ses rêves, et voulait nous faire partager ses élucubrations langagières à la façon d’une vérité, alors qu’elles ne sont que mensonge. Pauvre gendarmerie, et pauvre directeur qu’une réflexion trop instruite assassine !

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