Réveillons-nous, ils sont devenus fous !

Par Michel Raimbaud

Afrique Asie

 

« Tolérante, multiconfessionnelle, moderne, républicaine, forte de son identité et de sa conscience historique, elle représente ce que les extrémistes de tout bord exècrent par-dessus tout. » //MR

C’est aussi ce que je crois… //RO

© Tosque Jean-Louis

 

Depuis maintenant sept ans, la Syrie est en guerre. Ce pays aimable, tolérant, hautement civilisé que même ses détracteurs ne pouvaient s’empêcher de trouver beau et attachant est d’ores et déjà confronté à un formidable défi, celui de l’après-guerre. Les assaillants barbares venus de cent pays, atlantistes comme islamistes, se sont acharnés à vouloir en détruire les richesses, les infrastructures, les capacités, les monuments, les beautés naturelles afin de le rayer de la carte. Ils ont aussi et surtout tenté de broyer le peuple syrien, d’effacer sa mémoire et son identité afin de l’anéantir.

Le Lion de Palmyre, datant du 1er siècle avant Jésus-Christ, a été détruit par Daech à la pelle mécanique en 2015. Désormais restaurée, cette pièce maîtresse du musée de Palmyre est exposée dans les jardins du musée de Damas. (Photo IVERIS)

Avec la complicité d’une soi-disant « communauté internationale » en trompe-l’œil, ils s’emploient maintenant à le priver, autant qu’il sera possible, de toute perspective d’avenir, en lui volant ses droits imprescriptibles : disposer de lui-même, décider, sans ingérence étrangère, de son destin et de son régime politique. Sans pudeur et sans vergogne, les mêmes assaillants ne cachent pas leurs velléités de replacer l’avenir, notamment constitutionnel, de la Syrie sous « tutelle onusienne », c’est-à-dire sous mandat, autant dire sous le joug colonial.

Afin d’effacer l’empreinte géographique d’une Syrie mère de la civilisation (y compris la nôtre), peut-il y avoir un moyen plus efficace que de disperser un peuple et surtout de briser un Etat qui a commis le crime de lèse-majesté ? En effet, au final, l’entreprise est destinée à faire de ce qui fut jadis une grande Syrie un archipel de mini-entités, et de son peuple une mosaïque tribalisée ayant vocation à être vaporisée en une vaste diaspora : dans une première approche, ce crime inqualifiable mérite la double qualification de « politicide » – la dissolution d’un Etat qui dérange – et d’ethnocide – l’anéantissement d’un peuple qui résiste.

C’est ce qui est inscrit dans le « grand dessein » néoconservateur. Ce dernier, notons-le au passage, reviendrait à infliger à la Syrie le destin réservé depuis 70 ans à la Palestine, pan de terre volé sous l’égide du colonialisme triomphant. Le sort des Syriens pourrait alors ressembler à celui des Palestiniens, irrémédiablement spoliés au nom d’une « mission divine ». Le sinistre destin des peuples amérindiens, éliminés de l’histoire, est là pour rappeler de quoi sont capables les colons venus d’ailleurs.

Les dégâts sont immenses, se chiffrant en centaines de milliards de dollars, auquel il conviendrait d’ajouter – mais c’est leur problème – les millions, billions ou trillions dépensés par les « puissances » assaillantes pour conduire leurs batailles « pour la démocratisation ».

Il ne sert à rien d’invoquer les valeurs de la morale, naturelle ou religieuse, le droit international et la légalité onusienne, voire la simple décence, face à des agresseurs sans foi ni loi. On ne peut attendre d’Etats qui s’érigent en gendarmes de la planète tout en se comportant comme des régimes voyous une quelconque logique. Il est paradoxal, après tout ce temps, ces horreurs, ces massacres, ces actes de sauvagerie, cette barbarie, que l’on trouve encore dans le grand Occident « démocratique » tant de défenseurs de l’indéfendable, tant d’admirateurs des djihadistes présentés comme démocrates ou « modérés ». Les intellectuels sont piégés par leur aveuglement initial, les médias sont plombés par l’omerta, les politiques sont otages de leur doxa néoconservatrice, dans l’Hexagone comme dans tout le monde judéo-chrétien.

Pourquoi un tel acharnement, une telle obstination dans le mensonge ? C’est que la Syrie est depuis longtemps dans le collimateur de l’Amérique, de la Grande-Bretagne et d’Israël. La Syrie historique est le centre de gravité du Proche-Orient, le lieu de naissance des trois religions révélées, le cœur battant de l’arabisme, symbole de l’islam moderne et tolérant, siège des premiers califes : un héritage très lourd à assumer, mais qui a assuré à ce « phare de l’Orient » un prestige indéniable auprès des Arabes et une aura de sympathie chez les Musulmans.

Tolérante, multiconfessionnelle, moderne, républicaine, forte de son identité et de sa conscience historique, elle représente ce que les extrémistes de tout bord exècrent par-dessus tout.

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Michel Raimbaud
Ancien ambassadeur
Professeur et conférencier

Source : IVERIS
https://www.iveris.eu/list/tribunes_libres/312-reveillonsnous_ils_sont_devenus_fous_

 

 

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

10 thoughts to “Réveillons-nous, ils sont devenus fous !”

  1. @Laurent
    toute dernière réponse car il y aurait des milliers de pages beaucoup plus explicites pour vous essayer déconditionner .
    Aussi , lisez celle là et au revoir . comme je vous l’ai annoncé je ne tiens pas à « polluer » ce site  »
    désolé colonel , je m’excuse très humblement pour cette nouvelle intrusion .

    I – Rappel des notions et textes fondamentaux sur le droit international
    1. Israël ne tient pas ses engagements
    La résolution 273 du 11 mai 1949 par laquelle l’Assemblée générale admet à l’ONU l’Etat d’Israël, précise qu’il « accepte sans réserve aucune les obligations découlant de la Charte des Nations Unies et s’engage à les respecter du jour où il deviendra membre de l’ONU. A commencer par la résolution 181 du 29 novembre 1947 sur le plan de partage de la Palestine et la résolution 194 sur le droit au retour des réfugiés. » Ces engagements resteront lettre morte.
    L’un des derniers textes internationaux traitant de la question de Jérusalem émane de la Cour internationale de Justice. Il s’agit de son avis rendu le 9 juillet 2004 au sujet de « l’édification du mur par Israël dans les territoires palestiniens occupés ».
    Dans son paragraphe 78, le texte affirme que «Les territoires situés entre la Ligne verte et l’ancienne frontière orientale de la Palestine sous mandat ont été occupés par Israël en 1967 au cours du conflit armé ayant opposé Israël à la Jordanie. Selon le droit international coutumier, il s’agissait donc de territoires occupés dans lesquels Israël avait la qualité de puissance occupante. Les événements survenus depuis lors dans ces territoires tels que rapportés aux paragraphes 75 à 77 ci-dessus n’ont rien changé à cette situation. L’ensemble de ces territoires (y compris Jérusalem-Est) demeurent des territoires occupés et Israël y a conservé la qualité de puissance occupante.»

    • Occupation : Un territoire est considéré comme occupé lorsqu’il se trouve placé de fait sous l’autorité de l’armée ennemie
    Article 42 de la Convention (IV) concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre et son Annexe: Règlement concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre. La Haye, 18 octobre 1907.

    2- Les Nations Unies et les Territoires Occupés

    Depuis 1967 les différents Organes de l’ONU réitèrent sa position concernant les Territoires Palestiniens Occupés. La position générale des Nations Unies consiste à affirmer certains principes. Ainsi, l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la force, l’applicabilité de la IVe Convention de Genève aux Territoires Occupés, y compris Jérusalem, l’illégalité des colonies de peuplement israéliennes dans les Territoires Palestiniens Occupés, y compris Jérusalem-est, la cessation complète des activités d’implantation de colonies de peuplement, l’intangibilité du statut de Jérusalem, l’affirmation des droits inaliénables du peuple palestinien, notamment le droit au retour et le droit à l’autodétermination, la gravité de la situation des droits de l’homme dans les Territoires Occupés et, récemment, la condamnation de la construction d’un mur dans les Territoires Occupés. Les différents Organes des Nations Unies ont produit, par rapport à la question palestinienne en général et la question des Territoires Occupés en particulier, des études, rapports, conférences ainsi que d’innombrables résolutions.

    a- Les résolutions de l’Assemblée Générale

    Suite à l’annexion de Jérusalem-est par le Gouvernement israélien, l’Assemblée Générale a adopté, le 4 juillet 1967, la résolution 2253 ES-V dans laquelle elle exprime sa préoccupation profonde de la situation à Jérusalem du fait des mesures prises par Israël pour modifier le statut de la ville. Elle :
    1. Considère que ces mesures sont non valides.
    2. Demande à Israël de rapporter toutes les mesures déjà prises et de s’abstenir immédiatement de toute action qui changerait le statut de Jérusalem. Cette position est réaffirmée dans la résolution 2254 du 14 juillet 1967 où l’Assemblée Générale « déplore qu’Israël ait manqué de mettre en œuvre la résolution 2253 » et lui redemande « de s’abstenir immédiatement de toute action qui changerait le statut de Jérusalem. »

    Au cours de sa septième session extraordinaire d’urgence,532 convoquée le 22 juillet 1980, conformément à la résolution 377 A (V) intitulée « l’union pour le maintien de la paix », l’Assemblée Générale adopte la résolution ES-7/2. Elle y exprime son regret et sa préoccupation quant à l’échec du Conseil de Sécurité à prendre une décision, le 30 avril 1980, à cause du veto américain. Elle demande à Israël «de se retirer complètement et inconditionnellement de tous les territoires palestiniens et autres territoires arabes occupés depuis juin 1967, y compris Jérusalem, en laissant tous les biens et services intacts, et insiste pour que ce retrait de tous les territoires occupés commence avant le 15 novembre 1980. »

    Une autre résolution importante est celle définie comme ES 10/14 du 8 décembre 2003, adoptée au cours de la dixième session extraordinaire d’urgence de l’Assemblée Générale conformément à la résolution 377 A (V). Cette résolution résume la position globale de l’Assemblée Générale sur les différents points concernant la situation des Territoires Palestiniens Occupés. Elle y rappelle le principe, reconnu en droit international, de l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la force et sa résolution 181 sur la partition de la Palestine en deux Etats, l’un arabe, l’autre juif. Elle réaffirme l’applicabilité aux territoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem-est, de la Quatrième Convention de Genève et du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève. Elle affirme « que les mesures prises par Israël, puissance occupante, pour modifier le statut et la composition démographique de Jérusalem-est occupée n’ont aucun fondement juridique et sont nulles et non avenues ». La nouveauté de cette résolution est la prise en compte de la question de la construction d’un mur dans les Territoires Palestiniens Occupés. L’Assemblée Générale se déclare : « Gravement préoccupée par le fait qu’Israël, puissance occupante, a commencé et continue à construire un mur dans le territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-est, dont le tracé s’écarte de la ligne d’armistice de 1949 (Ligne verte) et qui a entraîné la confiscation et la destruction de terres et de ressources palestiniennes, le bouleversement de la vie de milliers de civils jouissant d’une protection et l’annexion de fait de vastes parties du territoire, et soulignant que la communauté internationale tout entière est opposée à la construction de ce mur. » 532 Sur dix sessions extraordinaires d’urgence de l’Assemblée Générale, six ont été consacrées à la situation au Moyen-Orient, la dernière en date s’est tenue pour la première fois en avril 1997 et elle est toujours en cours. Les récentes réunions de cette session concernent les Mesures illégales prises par les autorités israéliennes à Jérusalem-est occupée ainsi que dans le reste du Territoire palestinien occupé, janvier 2009.

    Par conséquent, l’Assemblée Générale décide de demander à la Cour Internationale de Justice de rendre d’urgence un avis consultatif sur la question suivante : « Quelles sont en droit les conséquences de l’édification du mur qu’Israël, puissance occupante, est en train de construire dans le territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-est […] ? » A la suite de cette résolution, la Cour Internationale de Justice procède à l’examen de la question et conclut, par un avis consultatif du 9 juillet 2004, à l’illicéité de ce mur.

    La question palestinienne est depuis un siècle sans solution. Les Palestiniens qui, tout comme les peuples arabes de la région, espéraient obtenir leur indépendance à l’issue de la 1ère Guerre mondiale se sont vus placés sous Mandat britannique octroyé par la Société des Nations. Depuis la Palestine est la terre d’un affrontement de deux nationalismes ; arabe palestinien d’un côté et juif sioniste de l’autre. L’intervention de l’ONU en vue de résoudre la question par le partage de la Palestine (un Etat arabe et un Etat juif) n’a pas apporté la solution. Au contraire, cela a aggravé la situation. Plusieurs guerres ont éclaté créant des situations humaines terribles notamment en ce qui concerne les réfugiés palestiniens et l’occupation des territoires palestiniens en 1967. De plus, le conflit israélo-arabe a pris un caractère durable. Depuis 1967 le Droit International dans son organisation actuelle se trouve tantôt inappliqué tantôt bloqué. En effet, bien que les droits nationaux du peuple palestinien à l’autodétermination et à l’indépendance étatique aient été reconnus et à mainte reprise rappelés, l’occupation israélienne perdure. L’échec du Droit International dans le règlement de la question a laissé place à des négociations politiques, entre Israël et les Palestiniens représentés par l’OLP, et qui se sont soldées par la mise en place d’un régime transitoire vers la formation d’un Etat palestinien souverain. La dynamique d’Oslo a consolidé le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, notamment par la territorialisation de la direction palestinienne dans les Territoires Occupés et l’instauration des structures institutionnelles autonomes, pouvant servir de base à la construction étatique. Toutefois, les négociations, qui durent depuis dix-huit ans sont au point mort et le calendrier établie par les Accords n’a pas été respecté. Aussi, plusieurs éléments mettent en doute la possibilité d’un Etat souverain et indépendant sur les frontières de 1967 : le durcissement de la position israélienne sur la question territoriale ; la volonté manifeste d’Israël de conserver le contrôle sur une partie de la Cisjordanie ; le refus d’évacuer les territoires selon le calendrier ; la multiplication des faits accomplis ; la poursuite de la colonisation et la construction du mur de séparation dans les Territoires Occupés.

    Aborder le conflit par le biais du Droit International nous conduit à constater que :
    – La Palestine n’est pas un territoire sans maître avec des frontières non définies et donc ouvertes à la négociation.
    – Elle n’est plus un territoire pour deux peuples mais comprend bel et bien deux territoires distincts, dont l’un, composé de Jérusalem-est, de la Cisjordanie et de Gaza, bénéficiant d’un statut juridique international et délimité par la Ligne Verte, c’est-à-dire la ligne d’armistice de 1949, est occupé.
    – De ce statut juridique découlent des droits pour le peuple palestinien et des obligations incombant non seulement à Israël mais aussi à tous les Etats et l’ONU. Il est en effet toujours de la responsabilité des Nations Unies de mener à bien la fin de l’occupation et l’achèvement d’un Etat palestinien. Force est de constater qu’elle requiert donc des solutions multilatérales et non bilatérales.
    – Les diverses mesures unilatérales prises par Israël dans les Territoires Occupés sont contraires au Droit International.

    Le Droit International a beaucoup progressé en termes de codifications et de formulation, surtout depuis la création de l’ONU. Pourtant, la situation mondiale et la pérennité de certains conflits en démontrent les limites du fait que ses mécanismes d’application n’ont pas suivi l’évolution et sont restés insuffisants voire inopérants.
    Le conflit israélo-palestinien en est le meilleur exemple. Nous nous sommes donc attachés à mettre en relief au cours de cette étude ce qu’énonce le Droit International et à confronter ses principes aux différentes questions que posent le conflit International.
    Les aspects institutionnels de l’ONU, organisation garante de la paix, permettent de constater à quel point les règles du Droit International positif sont ignorées dans le cas palestinien.
    En effet, dès les premières manifestations de violence en 1947, indéniablement le CS a failli à sa mission de maintien de la paix, esquivant l’imposition aux deux parties de la solution adoptée par l’Assemblée Générale. Il n’a jamais été, par la suite, en mesure de condamner les violations des droits du peuple palestinien, notamment son droit à l’autodétermination.
    L’exemple le plus flagrant, sans doute le plus incompréhensible, est son refus de condamner la construction du Mur de séparation ainsi que l’implantation des colonies israéliennes en Cisjordanie tout récemment. Pourtant, tous deux ont fait l’objet, comme nous avons pu le voir, de plusieurs résolutions et d’un Avis de la CIJ, l’instance juridique suprême de l’ordre international. Nous avons pu remarquer que l’Assemblée Générale a adopté, quant à elle, une attitude plus objective, fondée sur les principes du Droit International, mais qu’elle ne dispose que de peu de moyens d’action.

    Ce faisant, ces Etats, qui constituent la partie « décidante » de la ‘‘communauté internationale’’, se sont laissé et se laissent encore guider par la volonté d’Israël de rester le maître du jeu des négociations et de fixer à lui seul le calendrier de la paix.

    Depuis la guerre de 1967, la politique internationale a préféré favoriser les négociations bilatérales entre Israéliens et Arabes. Cette tendance, qui, vu les rapports de force, est très favorable à Israël, n’a pourtant pas réussi à instaurer la paix dans la région. La paix froide avec l’Egypte et la Jordanie ainsi que l’échec d’Oslo ont montré la limite de cette bilatéralité. Dans le cas du processus d’Oslo, les négociations engagées depuis plus de dix-sept ans sont aujourd’hui au point mort.
    Cette « entité » palestinienne quasi-indépendante existe, mais en l’absence d’un accord final devant définir son statut futur qui, pour les Palestiniens ne fait pas l’ombre d’un doute, devra être celui d’un Etat souverain et indépendant. Reste à savoir, dans l’hypothèse d’un accord qui satisferait les Palestiniens, si cette « entité » pourra disposer réellement des attributs lui permettant de fonctionner en tant qu’Etat à part entière. Cela dépend évidemment en premier lieu de l’étendue et de la continuité des territoires que lui restituera l’Etat d’Israël.
    Un accord de paix juste et durable, comme le conçoivent les Palestiniens, devra leur restituer la totalité des Territoires Occupés, c’est-à-dire la Cisjordanie y compris Jérusalem-est et la bande de Gaza. Or, aujourd’hui, les agissements d’Israël et les faits accomplis sur le terrain portent à croire que cela ne sera pas le cas. Si on compare la situation actuelle de la Cisjordanie aux différents plans israéliens de colonisation qui datent d’avant les accords de paix, on ne peut que constater qu’ils ont été en grande partie réalisés. La construction et l’expansion des colonies et de leurs routes exclusives qui entaillent la Cisjordanie n’ont pas cessé depuis 1993, bien au contraire, elles se sont intensifiées. Le projet du grand Jérusalem est sur le point d’être achevé. Le Mur de séparation annexe de facto une partie des Territoires à l’Etat hébreu, réduisant encore davantage l’espace destiné à l’Etat palestinien.
    Si le partage de la Palestine en 1947 était perçu comme injuste par les Palestiniens, entre autres parce que très déséquilibré, pourront-ils accepter ce qui représente aujourd’hui moins de la moitié de ce qu’ils jugeaient déjà déséquilibré il y a 65 ans ? L’Etat hébreu indéniablement a pris soin tout au long du processus d’Oslo de maintenir le flou quant au statut futur de l’« entité » palestinienne. Aujourd’hui, Israël contrôle la majeure partie de la Cisjordanie et y exerce des responsabilités relevant de la souveraineté territoriale : le contrôle des frontières internationales et de la totalité de l’espace maritime et aérien. De même, incontestablement, l’absence d’une autorité monétaire et d’une autonomie décisionnelle en matière de défense nationale et d’exploitation des ressources naturelles font défaut à l’Autorité Palestinienne. Nous avons montré au cours de cette étude que les termes d’Etat et de souveraineté sont indissociables. Seule la souveraineté confère à l’Etat sa personnalité juridique internationale et lui garantit les compétences territoriales et personnelles. Ce sont ces compétences générales et exclusives de l’Etat qui lui permettent de remplir ses fonctions dans l’organisation de la collectivité humaine sur son territoire. En conséquence, l’on peut se demander si le futur Etat palestinien, qui se construit dans des conditions exceptionnelles, pourra se doter de telles prérogatives ? Dans un territoire aussi fragmenté et discontinu peut-on imaginer un exercice plein et normal de gouvernement ? Dans les Territoires Occupés, les entrées et sorties des dirigeants palestiniens, y compris le chef de l’OLP, seront toujours soumises à une autorisation israélienne, d’autant plus qu’Israël annonce sa ferme intention de garder le contrôle des frontières palestiniennes ? Qui sera citoyen palestinien ? Les réfugiés palestiniens seront-ils rattachés par le lien juridique qu’est la nationalité à un Etat ? Ou demeureront-ils dispersés dans le monde pour constituer des minorités soumises aux législations des pays d’accueil ? Qu’en sera-t-il du Droit au retour ? Nous n’avons pas pu apporter au terme de nos analyses une réponse nette du fait du flou qui caractérise les accords de paix entre Israéliens et Palestiniens. Toutefois, les différents éléments que nous avons exposés laissent présager sur ces points une situation de statu quo, autrement dit « […] une ‘‘entité’’ palestinienne -’’moins qu’un Etat’’- qui organiserait de manière indépendante la vie des Palestiniens sous son autorité » »902. Cette situation ne démontre-t-elle pas les limites de la formation de l’Etat négocié dans un rapport de forces défavorable à l’une des parties, en l’occurrence la palestinienne ?

    Etat négocié ne consacre-t-il pas la fin de la question de l’Etat palestinien tel qu’il est posé dans les termes de l’ONU, mais aussi par le mouvement national palestinien ? L’on pourrait avancer que cet Etat négocié est le fruit d’un accord international entre Israël et l’OLP, représentant des Palestiniens. Mais nous répondrons qu’à l’évidence tous les Palestiniens ne sont pas représentés par l’OLP et qu’une grande partie de ceux qui se proclament de l’une ou l’autre composante de l’OLP, y compris certains de ses grands dirigeants, se sont opposés aux accords d’Oslo qu’ils jugeaient léser les intérêts du peuple palestinien. De plus, on peut faire remarquer à l’inverse que les Palestiniens ont effectivement mandaté l’OLP pour négocier avec Israël, mais que cela ne signifie pas pour autant qu’ils acceptent toute solution sans être consultés. L’un des aspects fondamentaux des accords de paix se caractérise par l’absence quasitotale de l’ONU dans le processus. Elle continue à considérer les territoires comme étant sous occupation et à condamner les agissements d’Israël en matière de colonisation et du respect des droits de l’homme, mais elle n’a pas encore été en mesure de confronter les nouveaux enjeux des accords de paix avec ses propres résolutions. A notre sens, la solution de la question palestinienne ne relève pas uniquement des négociations bilatérales entre Israël et l’OLP, elle intéresse et implique directement l’ONU, qui assume à l’égard de la Palestine et des Palestiniens une responsabilité permanente, morale et juridique, née du Mandat et de la résolution relative au partage de la Palestine. Il serait absolument nécessaire par conséquent que les Nations Unies se réengagent dans le processus de paix pour accroître les chances d’aboutir à un règlement fondé sur le Droit International. Car la ‘‘communauté internationale’’ en optant pour le processus bilatéral semble bel et bien avoir abandonné les références phares de la question palestinienne, notamment les résolutions 181, 194, 242 et 338 qui constituent les seuls fondements juridiques en matière de légitimité des deux Etats, des droits des réfugiés, du statut de Jérusalem et de la question territoriale Depuis la fin de l’année 2010, les dirigeants palestiniens affichent clairement leur volonté de retourner vers l’ONU en septembre 2011 afin de demander une reconnaissance internationale de l’Etat palestinien, si d’ici là aucun accord permanent n’a été signé avec Israël. Si on accepte l’idée que dans les quelques mois à venir, chose plus que certaine, aucun accord ne verra le jour, et si on met de côté la condition de la souveraineté, généralement préalable à la reconnaissance d’un fait juridique, qu’attendent les Palestiniens de cette reconnaissance ?

    Il est évident qu’une entrée à l’ONU donnerait à la Palestine la plénitude de ses droits. En tant qu’Etat, sujet de droit, possédant la capacité internationale et titulaire des droits et obligations internationaux, la Palestine se verrait appliquer le principe de l’égalité souveraine des Etats. Elle ne serait subordonnée à aucune autre autorité nationale et pourrait produire des actes juridiques, établir des relations diplomatiques normales avec les autres Etats, etc. Elle pourrait adhérer aux conventions internationales. Dans l’enceinte internationale et dans ses relations avec Israël, son autorité s’en trouverait profondément renforcée. En conséquence, elle pourrait adhérer à titre d’Etat au Statut de la CIJ et de la Cour Pénale Internationale. Cela donnerait à la Palestine l’occasion de s’engager dans des procédures pour faire valoir ses droits territoriaux, ceux sur ses ressources naturelles ainsi que les droits de son peuple. La reconnaissance de l’Etat palestinien pourrait constituer un moyen de pression politique et juridique sur Israël, l’obligeant à se retirer des territoires d’un Etat reconnu, Israël qui dans le cas contraire serait en situation de violation quotidienne du Droit International. La qualification juridique de l’ « entité » palestinienne prend ainsi toute son importance. Toutefois une vision plus réaliste du fonctionnement de l’ONU et des rapports des forces existants ne conduirait pas a priori à ce résultat. Pour ce qui est de l’ONU, rappelons que l’admission comme membre se fait par décision de l’Assemblée Générale sur recommandation du CS. Cela nécessite donc d’une part un vote positif au CS et de l’autre l’absence de Veto d’un membre permanent. Les Palestiniens semblent optimistes à la suite des reconnaissances unilatérales de l’Etat palestinien par certains pays d’Amérique latine, notamment l’Argentine et le Brésil, qui pourraient être suivis prochainement par d’autres. Ils entretiennent le rêve de voir leur requête acceptée et, comptant sur les propos du Président Obama qui ont pu laisser croire que les Etats-Unis pourraient ne pas s’y opposer, de voir la Palestine devenir membre de l’ONU en 2011.
    Mais rien n’est moins sûr, les relations particulières entre Israël et les USA, les reculs de la diplomatie américaine dans la région et l’approche des élections présidentielles ne laissent pas présager une telle réalisation. Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’un refus remettrait à nouveau en question la crédibilité de l’ONU et le fonctionnement de ses organes, du CS en particulier. Les Palestiniens affirment qu’en cas de refus de reconnaître l’Etat palestinien toutes les options seraient ouvertes. Certains dirigeants laissent même entendre que les accords de paix pourraient être annulés et l’Autorité Palestinienne dissoute, ce qui déclencherait immédiatement une troisième Intifada. D’autre part, dans le cas de figure où l’admission de la Palestine serait obtenue, l’on peut faire valoir que rien ne garantit un changement dans l’attitude israélienne face au nouvel état.
    Car incontestablement, dans le passé, Israël a, à plusieurs reprises, envahi, occupé et annexé les territoires de quatre Etats souverains différents sans être réellement inquiété. Le Golan syrien est occupé depuis 1967, le Sud du Liban l’a été de 1978 à 2000 et bien sûr les territoires palestiniens demeurent sous occupation.

    Nous relevons, tout de même, l’importance particulière que revêt la démarche palestinienne consistant à solliciter l’appui de l’ONU. Bien qu’elle ait échoué à la porte du Conseil de Sécurité en novembre 2011, elle conforte, néanmoins, notre thèse augurant de l’échec du processus d’Oslo dans la construction d’un Etat palestinien viable et souverain.
    Simultanément à leur demande à l’ONU, les Palestiniens se sont tournés vers l’UNESCO afin de demander l’adhésion en tant que membre à part entière et ont obtenu gain cause au mois d’octobre 2011903. Cette adhésion à l’UNESCO, une des principales institutions spécialisées de l’ONU, constitue une victoire aussi symbolique que significative sur la voie de la reconnaissance de la Palestine en tant qu’Etat

    . Ainsi, elle permettra de déposer des demandes de reconnaissance et de protection de sites cultuels et historiques dans les Territoires Occupés par Israël. Les autres organisations et institutions de l’ONU, comme l’UNESCO, l’OMS, l’OIT etc., ne connaissant pas le mécanisme du veto, pourraient elles aussi sans difficultés recueillir une majorité permettant l’admission de la Palestine.

    Cette nouvelle stratégie palestinienne, que nous pouvons qualifier de ‘‘retour au droit’’, a déjà commencé en 2004 avec le très important Avis de la CIJ, qui, bien que sans valeur contraignante, a ramené la recherche d’une solution au conflit israélo-palestinien sur le terrain du droit.

    Monique Chemillier-Gendreau dans un article intitulé Le droit au secours de la paix en Palestine souligne le fait que : « Les situations qui perdurent pendant des décennies en produisant des suites ininterrompues de souffrances relèvent généralement de problématiques mal posées. Il en va ainsi du conflit israélo-palestinien. La logique imposée jusqu’ici par la société internationale s’avère impropre à servir de cadre à un processus de paix effectif. Il faut donc retourner aux sources de la problématique, en vérifier et éventuellement en contester la pertinence »

    La Conférence générale qui réunit l’ensemble des Etats membres, a décide, le 31 octobre 2011, de l’admission de la Palestine comme membre de l’Unesco. La résolution a été adoptée par 107 voix pour, 52 abstentions et 14 voix contre. 904 L’admission de la Palestine a provoqué une vive réaction de la part des Etats-Unis, qui ont mis à exécution leur menace de suspendre leur contribution à l’UNESCO, estimée à 80 million de dollars, soit 22% du budget

  2. @GUIRAUD
    Aucun rapport entre votre réponse et mon commentaire. Vous ne démontrez pas comment ce seraient des territoires occupés en vertu du droit international.
    Je suis certain de ce que j’affirme d’un point de vue légal.
    Répondez si vous pouvez au lieu de noyer le poisson. La discussion deviendrait alors vraiment intéressante
    Au revoir.

  3. @LAURENT

    Que de falsification et réécriture de histoire , maniplualtion mentale et terrorisme intellectuel de votre part, négationisme, revisionisme.

    cours d’histoire

    d’où vient le « peuple élu » ???
    La ville de UR où se situait-elle ??
    n’est-ce pas en Mésopotamie ????
    N’y avait-il pas un royaume de CANAN ???
    Le génocide des Canéens par qui a-t-il été perprété ??

    Judée Samarie mot inventé sur le territoire d’un autre peuple
    Territoires disputés ??? . Non territoires occupés voir le droit international et les résolutions de l’ONU tant de fois bafouées .

    Je m’arrêterai là pour ne pas avoir à discuter avec une personne possédant un esprit
    fanatisé à l’extrême et ne pas « poluer » ce site de discussion très intéressant .
    Aurevoir @ LAURENT

  4. @ STEIGER: Bravo pour la prose éloquente à laquelle je m’associe
    @ GUIRAUD: Désolé d’être abrupt mais vous êtes visiblement victime de la réécriture de l’histoire propagée par nos médias. La Judée et Samarie ont été conquis militairement et annexés illégalement par la Jordanie lors de la guerre offensive de 48, et renommés Cis-Jordanie. Ce sont donc des territoires disputés, sur lesquels ni la Jordanie ni les Palestiniens n’ont le moindre droit en vertu du droit international. Israel les a reconquis en 67 mais ne les a pas annexés alors qu’en vertu du droit international ils auraient pu le faire, puisque cela était en réponse à une attaque des Jordaniens,
    Au passage je signale qu’aucun Palestinien n’a jamais réclamé la libération de ces territoires entre 48 et 67, preuve en est que la Jordanie est bien l’état Palestinien car créé sur 73% de la Palestine Mandataire.
    Renseignez vous donc, et démontrez moi que ce que je dis est erroné!

  5. La Syrie,mère des civilisations?Avant que les arabo-musulmans ne s’y installent en maîtres,alors.
    Magnifique illustration de la politicarabe du Gay d’Orsay(ah,ces éphèbes moyen-orientaux vantés jusque dans l’Alcoran!) que cet article.

  6. Ce qui me surprend, c’est que la France puisse compter autant de gens éclairés sur ce qui se passe à la vue de tous – sauf des médias mainstream qui ne voient que ce qu’on leur demande de voir – au Proche et Moyen Orient et persévérer dans son attitude contraire aux intérêts du peuple français, contraire au droit international, contraire à la raison et contraire surtout aux intérêts d’un Etat qui a vocation à exister encore plusieurs dizaines d’années au moins sur la scène internationale. Les gens qui ont pris le pouvoir se comportent comme si la France devait disparaitre sous peu. Et je n’aborde même pas la question de notre siège au conseil de sécurité, qui exigerai à minima que la France respecte le droit international; on y a clairement perdu toute légitimité. Bien triste tout cela. Mais à quoi sert la DGSE dans ce marasme, si elle ne contribue pas à la protection des intérêts de la France, sur le long terme. Elle aussi se soumet à la dictature de l’immédiat, de l’exécutif ?

  7. @ Steiger
    Assez de mensonges et d’insultes .
    Article très bien conçu et montre la réalité.
    Oui il y a occupation de la cis-jordanie hors des traces de 1967
    Seule la censure m’interdit la réponse que j’aurai souhaité effectuer .

    désolé colonel je ne pouvais pas laisser passer cela sans répondre

  8. Je cite, dans le texte :…le destin réservé depuis 70 ans à la Palestine, pan de terre volé sous l’égide du colonialisme triomphant.
    Comme quoi, on peut être ancien ambassadeur, professeur et conférencier, et se répandre en stupidité comme le premier idiot venu. Qu’est-ce à dire que ce vol, et qui aurait volé, qui plus est sous l’égide ( Ce Raimbaud sait-il de quoi il parle, nommant la pseudo malveillance d’une bienveillante image ?) du colonialisme ( Que vient faire ici cette doctrine économico-politique appliquée à l’aridité d’un désert de cailloux ?) triomphant…( Est-ce à penser que la doctrine, de longue lutte, l’a universellement emporté contre toutes autres règles ?)
    Voila ce qui s’appelle s’épandre, et vider ce purin que son esprit fermé accumule, et qu’il juge propre à l’engraissement de celui des candides. Le procédé est malhonnête au possible. Voulant faire croire au bon amendement, il glisse dans le discours cette ivraie parasite qui croîtra de plus belle dans les pensées ce faisant intoxiquées. C’est ainsi que subrepticement, ayant subliminé l’ordure, il laisse le commun respirer sans méfiance cet air frais qu’il envoie, tout rempli de ces miasmes.

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