RWANDA: Communiqué de presse du Général Jean Claude Lafourcade, ancien commandant de l’opération Turquoise et Droit de réponse du Lieutenant-colonel (er) ANCEL

Article publié le 16 avril 2014
Article publié le 16 avril 2014

 

 

Lille  le 12 avril 2014

                                                              

                                                               COMMUNIQUE

 

L’ancien Capitaine Ancel, aujourd’hui à la retraite, se répand dans les médias où il affirme des contre vérités au sujet de l’opération Turquoise.

Contrairement à ce qu’il affirme, le Capitaine Ancel n’était pas un officier de la Légion mais appartenait à l’arme de l’artillerie. Il n’y avait pas, au sein du Groupement du Lieutenant Colonel Hogard sous les ordres duquel il était, de cellule tactique de guidage aérien et cet officier était en réalité affecté comme agent de liaison auprès des organisations humanitaires.

Etant employé à un niveau subalterne, il n’avait pas accès aux ordres d’opération du niveau du commandant de Groupement et à plus forte raison du commandant d’Opération. L’analyse des ordres d’opérations de la force Turquoise qui ont été déclassifiés, montrent clairement qu’il n’a jamais été question de mission offensive et à plus forte raison de frappes « terrestres », mode d’action qui n’existe que dans l’imagination de l’interessé.

Je m’inscris en faux sur l’affirmation que « des dizaines de milliers d’armes » auraient été rendues aux FAR réfugiés au Zaïre. Seules quelques dizaines d’armes d’autodéfense ont été remises par le LCL Hogard à d’ex-FAR  pour se défendre, ainsi que leurs familles, d’une éventuelle poursuite du FPR en territoire zaïrois, mais aussi des bandits sévissant dans la région de Bukavu. D’une manière générale, l’armée zaïroise, souveraine sur son territoire, veillait au désarmement complet des FAR et au contrôle de ces armes. Les journalistes présents dans la région de Goma peuvent en attester.

Enfin, l’affirmation par Guillaume Ancel du paiement de la solde des FAR en dollars par les militaires français constitue une autre affabulation. La force Turquoise, n’a apporté aucun soutien aux FAR et  ne disposait pas, en outre, des moyens financiers pour le faire.

Devant de telles contre vérités, que je dénonce, j’invite les commentateurs à rester prudents et à se référer aux archives disponibles, notamment celles de la mission d’information parlementaire présidée par Paul Quilés.

Général Jean Claude Lafourcade

Ancien commandant de l’opération Turquoise.

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Message aux armées de Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, « L’opération Turquoise au Rwanda – vingt ans après »

DROIT DE REPONSE

je viens d’être informé que aviez publié une déclaration du gal (2S) Lafourcade qui est de nature à me porter préjudice.

Pour éviter tout contentieux, je vous prie de bien vouloir publier ce droit de réponse, en visibilité directe du texte citée et aussi longtemps que celui-ci sera publié

Je maintiens l’intégralité de mon témoignage sur ce que j’ai fait pendant l’intervention Turquoise et qui est détaillé dans le livre Vents sombres sur le lac Kivu, dont je recommande, y compris à Jacques Hogard et au général Lafourcade, une lecture attentive, même si j’ai romancé les noms. C’est pourquoi j’ai obtenu du Point de publier les rectificatifs qui s’imposent, lesquels, je vous prie de le remarquer, ne contiennent aucune critique personnelle à l’encontre de M. Hogard, car j’éprouve le plus grand respect personnel pour tous ceux qui se sont battus, même quand je ne partage pas leur opinion.

En revanche, je me vois contraint d’affirmer que ses propos, pour le formuler poliment, ne correspondent pas à la réalité. Comment du reste peut-il nier des faits qui se sont déroulés avant son arrivée au Rwanda (le 30 juin, si j’en crois le livre qu’il a écrit sur son expérience dans ce pays) et bien avant que  je ne sois rattaché directement à son groupement (le 10 juillet) ?

En ce qui me concerne, j’étais au Rwanda depuis le 23 juin, et j’y étais comme Forward Air Controller (ou encore TACP, Officier de Contrôle Avancé en français, en charge des frappes aériennes) de la Compagnie de combat du 2° REI.

Que la mémoire de Jacques Hogard soit défaillante à vingt ans de distance, qui ne le comprendrait pas. En revanche, qu’il entreprenne de détruire mon témoignage en tentant de me décrédibiliser relève d’un procédé qui ne saurait susciter l’indulgence. Le tableau méprisant et préjudiciable qu’il dresse de moi en me présentant comme un « gentil garçon, un peu falot, pas d’une forte personnalité », n’assumant aucune responsabilité et dont les souvenirs seraient « brouillés et embrouillés » (ce qui est un comble en l’occurrence) n’est pas qu’inélégant. Il signale également un déficit d’arguments solides. Faute de tels arguments, on s’en prend courageusement à la personne dont on dénonce les propos.

Par ailleurs, Jacques Hogard décrit  un capitaine qui a bien existé, qui était effectivement DL Humanitaire de son état-major … mais qui n’a aucun rapport avec moi et à qui je laisse le soin de s’exprimer quant à la description dédaigneuse qu’on fait de lui publiquement.

Je n’apprécie pas du tout, que pour éviter un débat indispensable sur le drame rwandais, on ne trouve rien de mieux que faire jouer le rôle de crocodile amnésique à des compagnons d’armes. En effet, j’ai le plus grand respect pour le lieutenant-colonel Hogard aux ordres de qui j’ai servi au Rwanda (comme officier rens avec le CNE G), un homme extrêmement droit, respectueux des autres et profondément humain. J’aurais préféré qu’il dise simplement qu’il n’est encore une fois pas d’accord avec mon interprétation des faits et je n’aurais pu que le respecter car je n’ai jamais prétendu détenir la vérité. Je trouve malsain de le mettre en porte à faux, par cette interview, car il ne peut que défendre une situation qu’il a toujours assumée. S’il avait lu mon livre, il saurait que je ne l’ai jamais critiqué, ni aucun de mes compagnons d’armes.

Je forme en conclusion le vœu que le débat sur le rôle de la France au Rwanda se tienne dans des conditions sereines. Il appartient aux journalistes compétents, aux historiens et aux hommes politiques de le tenir. Ils pourraient ainsi mettre en lumière  les erreurs que nous avons commises et dont nous pouvons apprendre, mais aussi celles qu’on ne peut pas nous reprocher aujourd’hui, car nous n’avons jamais participé au génocide, ni ne sommes restés passifs face à un tel drame.

Lieutenant-colonel (er) Guillaume Ancel

Cordialement,

Guillaume ANCEL

 

Source http://adefdromil.org

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.