Rwanda : la mémoire défaillante de M.Hogard

Régis Ollivier, le 06 juillet 2017

Le Colonel

 


 

Suite à la publication d’un droit de suite de Jacques Hogard, sur Le Colonel ici et ici, Guillaume Ancel me demande à son tour d’insérer son droit de réponse. C’est chose faite. Je tiens à préciser que le blog Le Colonel ne peut se faire le support permanent de ces débats qui peuvent nuire à sa notoriété. Aussi, j’invite cordialement Guillaume Ancel et Jacques Hogard à poursuivre « plus directement » leurs échanges sur ce délicat sujet. Par avance merci. //RO

 


 

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Le débat sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsis au Rwanda mérite un peu mieux que les attaques personnelles lancées régulièrement par M. Hogard, dont cette tribune intitulée les « révélations » de la revue XXI sur la France au Rwanda font pschitt.

M. Hogard semble avoir beaucoup oublié, en commençant par le respect pour les anciens compagnons d’armes, même quand on ne partage pas leur avis.


Pour rafraîchir cette mémoire défaillante,  je vais d’abord rappeler quelques faits dont j’ai été témoin au Rwanda pendant l’opération Turquoise.


Dans une première période, du 22 au 30 juin 1994, nous avons tenté de remettre au pouvoir le gouvernement que la France avait soutenu pendant quatre ans alors même que celui-ci était l’organisateur du génocide des Tutsis :


Ordre préparatoire pour un raid sur Kigali, puis opération de frappe aérienne que je devais guider contre les colonnes du FPR (les soldats « ennemis » de ce gouvernement). Cette frappe a été annulée in extremis, au lever du jour du 1° juillet, probablement par le PC Jupiter sous l’Élysée.

M.Hogard explique volontiers le contraire bien qu’il ne fut pas là, en effet il n’est arrivé sur le théâtre que le 29 ou le 30 juin selon ses versions. Pour ma part je ne pense pas que quiconque soit mieux placé que moi pour dire ce que j’ai fait…


 Deuxième période à partir du 1° juillet 1994 avec la création d’une « zone humanitaire sûre » qui a surtout permis de protéger la fuite des génocidaires vers le Zaïre (aujourd’hui la RDC). À cette époque, je me suis occupé d’extractions de rescapés dans cette zone « sûre » que nous contrôlions si peu. C’est M.Hogard qui m’a raconté, à plusieurs reprises, son trouble de devoir escorter poliment les organisateurs du génocide, car il avait reçu comme directive stricte de ne pas les arrêter, ni les neutraliser mais de s’assurer qu’ils veuillent bien quitter la zone (ie qu’ils partent au Zaïre). J’ai vu plusieurs de ces responsables du génocide transiter sur la base de Cyangugu, et je ne n’en aurais rien su si M.Hogard n’avait pris le temps de me l’expliquer et de me raconter combien cela l’interrogeait …


Troisième période, que je situe sur la 2° quinzaine de juillet, les forces gouvernementales et leurs responsables se sont débandés au Zaïre et nous leurs livrons des armes, dans des camps de réfugiés, alors que nous sommes dans une mission « humanitaire » et accessoirement sous embargo des Nations Unies. Livrer des armes à des génocidaires et transformer des camps de réfugiés en bases militaires est un acte d’une extrême gravité, susceptible d’être qualifié pénalement de complicité dans un crime imprescriptible, le génocide. À quoi cela sert-il de continuer à nier ces livraisons d’armes, alors que l’origine de la directive est désormais connue (l’Elysée), de même que l’intermédiaire financier (des banques encore liées à l’Etat) et les conditions de leur livraison effective sur le terrain (aéroport de Goma, convois de transport)…

M.Hogard avait eu le plus grand mal à défendre et obtenir de désarmer les factions qui traversaient notre zone, j’imagine son désarroi quand il a dû nous justifier une telle livraison sous couvert « d’éviter que les forces gouvernementales ne se retournent contre nous »…


En fait, je viens de parler du lieutenant-colonel Hogard, l’officier droit et mesuré qui assumait le commandement d’un des groupements tactiques, dans cette mission d’intervention particulièrement difficile en 1994. Je ne reconnais en rien le M. Hogard qui tente aujourd’hui de me décrédibiliser avec véhémence, bien qu’il ne me connaisse pas et ne me connaîtra sans doute jamais. La logique voudrait plutôt qu’il contredise mon témoignage, si cela était encore possible.


M.Hogard a en effet d’abord affirmé que je n’avais pas participé à l’opération Turquoise dans les conditions que j’ai décrites (comme officier contrôleur avancé, OCA, chargé du guidage des frappes aériennes) et que j’étais donc un affabulateur « sans responsabilité, sauf peut être humanitaire… », dans un article du Point qui ne fait pas honneur au journalisme. Il a dû se raviser devant mes témoignages précis et factuels car je ne témoigne que de ce que j’ai fait. Il a dû reprendre aussi sa copie lorsque j’ai publié un message confirmant ma fonction, signé par lui !


Le CNE Guillaume ANCEL a été détaché au sein d’une  [compagnie de combat] pour y tenir les fonctions d’OCA.
 J’ai ensuite été approché par un grand gaillard, se présentant comme un « proche de M.Hogard, pour me « parler » puis me « convaincre » et finalement me menacer. Cela n’a pas fonctionné. Je n’ai pas apprécié le procédé que je croyais ne plus exister que dans les films de barbouzes.
Je me suis donc interrogé sur les activités de M.Hogard :
M.Hogard vend de l’information, pardon de « l’intelligence stratégique et de la diplomatie d’entreprises », à travers une société spécialisée dont l’activité réelle doit être en rappport avec son nom, ÉPÉE. Un ancien compagnon d’armes y est décédé dans des conditions pour le moins étranges, criblé de balles dans un hôtel en Libye.

Ensuite M.Hogard a repris son entreprise de discrédit en affirmant cette fois que j’aurais un compte à régler avec l’armée parce que celle-ci avait refusé de me réintégrer. Je ne vois pas comment l’armée aurait pu me refuser… ce que je n’ai jamais demandé. Je n’ai aucun contentieux avec l’institution militaire qui m’a fort bien traité et que je respecte pour son grand professionnalisme. Mais sur le site du colonel 2.0 comme dans son livre, les larmes d’un crocodile, M. Hogard espère « démolir » mon témoignage avec cette accusation ridicule, pour la cinquième fois, sans apporter aucun argument vraiment utile sur le débat de fond.


Alors quel objectif poursuit M. Hogard ? Détourner l’attention dans le débat sur le rôle de la France dans le génocide de Tutsis au Rwanda ? Masquer sa peur d’être rattrapé par la gravité des actes commis, alors même qu’il s’agissait d’une politique décidée au plus au niveau de l’Etat ? S’essayer dans une polémique digne des meilleures heures de Donald Trump, mais qui n’a pas sa place dans un débat aussi grave ? Par chance il ne twitte pas…
Heureusement il peut citer le « professeur Bernard Lugan », celui qui explique que les livraisons d’armes aux génocidaires seraient justifiées par le fait que le président Kagame aurait fait assassiner le président Habyarimana. Ne cherchez pas le lien, il relève d’une autre logique et s’expose d’ailleurs sur ce site… Bernard Lugan ne cache pas ses liens avec la droite la plus extrême. J’espère simplement qu’il n’est plus enseignant à l’Ecole militaire, ni ailleurs dans les milieux militaires.

Si M. Hogard comme le professeur Lugan souhaitaient réellement mettre fin à ce questionnement, ils défendraient l’ouverture réelle des archives pour que nos concitoyens puissent juger par eux-mêmes plutôt qu’on ne leur explique ce qu’ils doivent en penser.


Le débat auquel je souhaite participer est celui de la responsabilité des hommes politiques de l’époque qui ont décidé de ces opérations, au nom de la France, en notre nom à tous et qui ne se sont jamais expliqués.
Nous, militaires, avons déjà dû assumer une mission que nous n’aurions pas dû mener, ce n’est donc pas à nos compagnons d’armes de se justifier, encore moins de s’ériger en bouclier de responsables politiques qui ne veulent pas assumer leur responsabilité.

Personnellement, je continuerai à témoigner aussi longtemps que nous ne connaîtrons pas le rôle de la France dans le dernier génocide du XX° siècle, celui qui n’aurait jamais dû se produire, celui que nous n’avons pas su empêcher et qu’il ne sert à rien de cacher.


Guillaume Ancel, ancien lieutenant-colonel.

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

3 thoughts to “Rwanda : la mémoire défaillante de M.Hogard”

  1. Bonjour,

    #1
    M. Ancel est une cuillière plongée dans une marmitte de merde.

    Qui tient la cuillière ?
    Qui a conçu la cuisine ?
    Qui est propriétaire ?

    #2
    M. Ancel a demandé de manière informel, selon moi, à réintégrer l’armée.
    L’armée lui a dit non. C’est un fait dans le sens ou il n’a pas réintégré l’armée.
    Ensuite, il peut toujours utiliser sa langue pour renier ses intentions passées, son honneur ( lire #3 ) et, concrètement, sa patrie. Qu’il le veuille ou non, ça aussi, c’est un fait.

    #3
    Ce que M. Ancel ne comprend pas, et c’est à mon goût le signe d’un esprit enfantin, c’est qu’il croit défendre l’Honneur alors qu’il attaque l’un des pilliers de la souveraineté française.

    Je répondrai donc à M. Ancel, que l’honneur est la chose que nous avons et que l’on se bat pour ce que l’on a pas.
    C’est la vie, c’est ainsi, nous sommes français et non anglais.

    Je lui fais remarquer qu’attaquer notre souveraineté, c’est attaquer TOUS les français; s’il a, un jour, ressentit son devoir, au plus profond de son âme et de son corps, alors il n’a pu que comprendre qu’à la différence de tous les autres « corps de métier », l’armée se doit d’être muette.
    Ce n’est pas un enjeux de société, ce n’est pas un enjeux de moeurs, c’est une question de stratégie, c’est un enjeux de vie ou de mort. Un militaire n’est pas un artisant comme tout les autres.

    Ce qui n’empêche pas un tribunal militaire d’exister.
    Pourquoi l’existence d’un tel tribunal?

    Justement, pour éviter le désagrément que M. Ancel, par naïveté, par fausse gentillesse ou par défaut de responsabilité, cause non juste à ses « frères d’armes » mais plus généralement à l’ensemble des français.

    #4
    M. Ancel, avec un courage mesuré, a choisit la presse pour mettre la pression, refusant donc le jugement de ses « frères d’armes ».
    Ceci est impardonnable, du moins pour moi.

    Pourquoi est-ce une faute?
    Car utiliser la presse signifie rendre les citoyens juge et lui, le journaliste, se faire policier d’investigation.
    Il le sait. Il a choisit de jouer sur les coeurs, parlant de morts, il a choisit d’attiser les passions, il a choisit de sifloter une petite musique que l’on ne connait que trop bien, celle de la gentille Afrique et de la méchante France.-

    #5
    Quelque soit le fond de l’histoire, il m’apparait donc que M. Ancel soit est idiot soit à l’intention de manipuler l’opinion publique pour arriver à ses fins.

    Quelles sont ses fins? Que le jugement qu’il a rendu, tout seul ou avec quelques frères, soit promulgué. Ni plus ni moins.

    Ainsi, avec un courage modéré, M. Ancel se fait justicier sans robe et sans tribunal.

    Est-ce là signe de justice?
    Est-ce là signe de justesse?

    Je ne le crois pas.

    Cordialement
    David.

  2. « Nous, militaires, avons dû assumer une mission que nous n’aurions pas dû mener » Guillaume Ancel exprime ici la source du malaise et, notamment, l’origine des problèmes de conscience de M. Hogard, qui n’assume plus et voudrait faire oublier.

  3. Indicatif 93 :

    Soutien total au Col Hogard devant l’imbécilité et les mensonges éhontés du bouffon de service P. de Saint-Exupéry, les affabulations du pitre G. Ancel, les outrances du génocidaire Kagamé.

    La scélératesse US et la perfide Albion jouant les marionnettistes en coulisse.

    Heureusement, les valeurs intellectuelles de Bernard Lugan savent nous apporter la vérité et nous éclairer sur les réalités de ce qui s’est réellement passé.

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