Sanctuariser le progrès

Par Jacques Attali, publié le 20/06/2016
L’Express


Rien de moins qu’une bonne dictature. 

Pour paraphraser Robespierre : le peuple doit se taire parce qu’il faut que le progrès vive. Ou, pour paraphraser Saint-Just : pas de liberté pour les ennemis du progrès.


 

 

Le référendum britannique, quel qu’en soit le résultat, constitue un tournant idéologique majeur dans l’histoire de l’Occident. Un tournant vers le pire, si l’on n’en pèse pas toutes les conséquences. Jusqu’ici, on considérait certaines évolutions institutionnelles, économiques, sociales, scientifiques, comme des avancées telles que, une fois qu’elles étaient installées, nul ne chercherait plus jamais à les remettre en cause, même pas par un vote démocratique. Avec le vote sur le Brexit, c’est ce principe, non-dit et pourtant essentiel, qui est remis en cause.

D’abord, en posant cette question, David Cameron, permet à d’autres pays de l’Union qu’ils ont eux aussi le droit de se poser la même question, de défaire ce que leurs pères ont fait. On ne pourra donc plus prétendre que le projet européen avance à des vitesses variables, dans une direction unique, et il faut admettre que l’Europe peut désormais assumer un désir de se défaire.

Plus largement, un tel referendum implique qu’un peuple peut remettre en cause toute évolution considérée jusque-là comme irréversible, telle qu’une une réforme institutionnelle, une conquête sociale, une réforme des mœurs.

Certes, il a toujours été admis qu’en principe, en démocratie, le peuple peut décider de tout. Il n’empêche : selon notre conception occidentale du droit, il existe des progrès irréversibles, (par exemple, la démocratie, la liberté du culte, l’interdiction du travail des enfants, l’abolition de la peine de mort) qu’un vote simple ne peut défaire. Admettre qu’on puisse remettre en cause des acquis, revient à nier la notion même de progrès.

Si on pousse le raisonnement à l’extrême, et certains le font déjà, on considérera que c’est la notion même d’accumulation du savoir qu’on peut remettre en cause. Depuis des siècles, le progrès scientifique consiste à échafauder de nouvelles théories qui dépassent les actuelles sans les contredire : la science peut dépasser Darwin, c’est-à-dire inclure sa vision de l’histoire du vivant dans une conception plus vaste, mais pas le nier. Et surtout pas par une décision politique, extérieure au règne de la raison.

Admettre que rien n’est acquis, peut conduire, à revenir au temps où la raison et la liberté étaient écrasées par la foi et le fatalisme et, en utilisant les armes de la démocratie, à la détruire.
Il est donc important, de réfléchir, à froid, avant qu’il ne soit trop tard, aux sujets qu’un seul vote majoritaire du peuple ne pourrait suffire à trancher.


 

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Lire aussi : Jacques Attali appelle à l’instauration d’une dictature !

 


 

7 réflexions au sujet de “Sanctuariser le progrès”

  1. Le progrès, tout le monde l’aura compris, c’est la transformation de la France en hôtel de passe sous la mainmise de quelques groupes politico-religio-ethniques.

  2. Bonjour,

    Après lecture de l’article de l’oin du seigneur Attali, je vous partage sa proposition:

    « Toute décision ayant un impact lourd sur le sort des générations suivantes, ne devrait pas pouvoir être prise par une majorité de moins de 60% des votants, réaffirmée à trois reprises à au moins un an d’écart. »

    Alors quand ils veulent que cela aille dans leur sens, dans ce cas on le fait rapide mais lorsqu’il s’agit de laisser le peuple choisir, là il faut bien vérouiller et que cela soit lent ( il faut au moins 3 référundums + 60% des voix … MDR ).

    Cordialement,
    Cousteau.

  3. Rien ne doit nous étonner de la part de ce sinistre individu dont le cynisme n’a d’égal que la suffisance. Certainement une tête « pensante » de terra nova » et des loges maçoniques!

  4. Il n’y a que ceux qui craignent pour leurs prébendes qui font semblant de croire au Brexit et agitent un épouvantail. Les autres,les  » populaires », autant dire la populace n’y croient pas un instant. Brexit où pas Brexit, si le trafic des votes ne suffit pas il y aura d’une manière où une autre déni de référendum . La France connait bien le processus maintenant .

  5. Cet homme a été l’âme damnée de bien des chefs d’Etat. il reste très actif aujourd’hui. Proche de Mitterrand, de Sarkozy et de Hollande. Il est Satan personnifié !

    N’a-t-il pas pensé qu’il vallait mieux s’éteindre dès l’âge de la retraite, les retraités coûtant cher à l’Etat (côté retraites et sécurité sociale pour celles et ceux qui ont des problèmes de santé). Et LUI combien coûte-t-il à l’Etat à son âge ?

    Je n’ai qu’un profond mépris pour cet homme dont la devise est de décider pour le Peuple !

    L’U.E nous tue Jacquot la FRIPOUILLE ! et je continue à penser que Mme COX n’a pas été tuée par un de ses ennemis mais par un de ses « amis ».

  6. Le gros défaut de telles méthodes pour gouverner , c’est le danger de s’orienter vers des décisions guidées essentiellement par des intérêts corporatifs ( ou des privilèges), compte tenu de leur importance (ou non).

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