Sarkozy à la manœuvre dans une UMP en pleine crise

 

Par Rémi Clément Le 04.06.2014

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L’ancien président prépare son retour dans un parti en pleine tourmente depuis les révélations de l’affaire Bygmalion. Le départ programmé de Jean-François Copé n’aura pas suffi à apaiser les relations au sein de l’UMP. La droite se prépare à une nouvelle guerre fratricide.

L’hypothèse est presque devenue une certitude. Nicolas Sarkozy prépare son retour en politique. En atteste l’interview accordée au Monde, ce matin, par son lieutenant Brice Hortefeux. « Le retour de Nicolas Sarkozy qui était une possibilité, devient une necessité » affirme l’ancien ministre. Dans le viseur de l’ancien président de la République ? La présidence de l’UMP, dont la nouvelle équipe dirigeante doit être élue en octobre.

Une offensive bien préparée. Toute la journée, les sarkozystes ont multiplié les éléments de langage pour justifier le retour de leur leader. L’ancien président de la République est tour à tour décrit comme l’homme capable de rassembler l’UMP, sortir la France de la crise, et endiguer la poussée du FN. Une rhétorique bien huilée qui vise à faire de Nicolas Sarkozy l’homme providentiel d’une droite au bord de l’explosion depuis les révélations de l’affaire Bygmalion.

« Notre pays est confronté à de multiples crises. Une crise économique, une crise sociale, une crise de l’exécutif, une crise de la majorité et une crise de l’opposition » note ainsi Brice Hortefeux qui poursuit : « je souhaite que Nicolas Sarkozy soit candidat à la présidence de l’UMP à l’automne. Nous avons besoin d’un chef, d’un projet et d’un cap. » Même son de cloche chez Roger Karoutchi, lui aussi fidèle de l’ancien président et directeur de campagne de Jean-François Copé pendant la lutte fratricide Copé-Fillon : « la sortie des sarkozystes est surtout un appel de personnes inquiètes de l’état de la France et de notre parti. Nous avons besoin de sérénité et d’unité. Et aujourd’hui à l’UMP, celui que les adhérents veulent, dans leur grande majorité, c’est Nicolas Sarkozy. »

« Sauvons nous nous-mêmes »

Sauf qu’à l’UMP, tout le monde ne l’entend pas de cette oreille. Et certains s’insurgent déjà qu’on essaye de leur faire avaler une candidature Sarkozy. « Je ne pense pas que son retour soit une nécessité » affirme ainsi un parlementaire UMP, qui ajoute : « je suis très attaché au deuxième couplet de l’Internationale qui dit : il n’est pas de sauveurs suprêmes. Ni Dieu, ni César, ni Tribun. Travailleurs : sauvons nous nous-mêmes. J’ai un peu envie de dire UMP : Sauvons nous nous-mêmes ! »

C’est que depuis que l’affaire Bygmalion a décapité l’UMP, le parti est en pleine recomposition. D’un côté le triumvirat Fillon-Raffarin-Juppé, qui récupérera probablement la présidence de l’UMP, une fois la démission de Jean-François Copé effective, le 15 juin. Une nouvelle direction qui a d’ores et déjà le soutien des « quadras » : Wauquiez, Pécresse ou Xavier Bertrand, qui redoutent la remise en cause de la primaire en 2016. De l’autre sarkozystes et copéistes, qui n’hésitent pas à remettre en cause la légitimité de la nouvelle direction. C’est le cas, par exemple, de Nadine Morano qui affirme que seul Luc Châtel, vice-président de l’UMP, est habilité à prendre la succession de Copé.

Face à face, les deux camps multiplient les attaques. Hier lors du meeting de son micro-parti Force Républicaine, François Fillon s’en est pris directement à Jean-François Copé, s’interrogeant : « On peut mentir, tricher, détourner l’argent des adhérents et des sympathisants et prétendre représenter la France et les Français ? Non. » Avant d’oser, aujourd’hui, une comparaison hasardeuse entre ceux qui appellent au mutisme sur les turpitudes de l’ère Copé et la façon dont le Vatican a pu couvrir les prêtres pédophiles.

« Fillon seul contre Sarkozy, vous l’imaginez vous? »

Réponse immédiate du camp opposé : François Fillon n’a pas la carrure pour disputer la présidence de l’UMP à Nicolas Sarkozy. « Fillon seul contre Sarkozy, vous l’imaginez vous ? » demande un parlementaire UMP. « Déjà que contre Copé il a fait 50-50, contre Sarkozy il fera 25-75. » Et d’ajouter : « J’entends des gens qui m’appellent et qui me disent, je suis allé au meeting de Fillon, hier. Mais je ne suis pas resté hein ? Je ne me suis même pas assis. »

Derrière les petites phrases, de vrais contentieux. Et notamment, la tenue d’une primaire pour choisir le candidat à l’élection présidentielle de 2017. Nicolas Sarkozy souhaite s’en affranchir. Pour Brice Hortefeux, « une primaire n’est utile que lorsqu’il y a incertitude. Elle devient inutile lorsqu’un choix s’impose naturellement car elle encourage des combats stériles. » Leur organisation est pourtant inscrite dans les statuts de l’UMP. Mais c’est sans compter sur la tradition bonapartiste du parti. « Vous savez à l’UMP, nous sommes dans le culte du chef, explique ainsi le sénateur François-Noël Buffet. C’est dans notre ADN, on fonctionne comme ça. Si un chef s’impose, il n’y aura pas besoin de primaires. »

Pour Gérard Longuet, la question des primaires dépend du paysage politique. « Elle peut être utile pour lever une ambigüité. En 2007, Sarkozy faisait si peu de doute, que celles-ci se sont transformées en un semblant d’élection. Mais la configuration a changé. »

Autre point de conflit, la proposition d’Alain Juppé d’interdire au futur président de l’UMP d’être candidat en 2017. Une proposition qui empêcherait Nicolas Sarkozy de se soustraire aux primaires. Sans surprise, Hortefeux y dit son « opposition totale » tandis que Gérard Longuet souligne une idée qui peut paraître « séduisante en apparence mais qui présente le risque d’affaiblir le parti. »

François Fillon prévient déjà dans le Canard Enchaîné: « Avec Sarko, ça va être un affrontement sanglant et je ferai tout pour l’empêcher de prendre le parti.» Mais l’ancien premier ministre pourrait bien revoir ses ambitions à la baisse. Selon un sondage Ifop pour Valeurs actuelles, seuls 11% des sympathisants UMP souhaitent sa victoire.

Illustration : Nicolas Sarkozy © AFP

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.