Sécurité des cadres à l’étranger : public et privé doivent coopérer

Sécurité des cadres à l’étranger : public et privé doivent coopérer
Par Les Echos | 14/03 | 07:00
  • de Laurent Combalbert

Le nombre croissant de Français détenus dans le monde n’est que l’écho affaibli d’une dramatique réalité : les enlèvements sont devenus, en quelques années, une industrie qui génère des revenus très importants pour les groupes politiques et/ou criminels qui s’y adonnent (au moins 500 millions de dollars chaque année selon certaines études).

Face à ce nouveau risque, il existe aujourd’hui deux canaux au sein desquels on peut « gérer » un enlèvement : le canal public et le canal privé.

Dans le cas d’une gestion de l’enlèvement par la puissance publique, les avantages sont nombreux. Les services français peuvent compter sur des spécialistes de la gestion de crise : RAID, DGSE, GIGN ont, à maintes reprises, fait la preuve de leur compétence et de leur détermination. Mais il existe des inconvénients à l’intervention publique. Même si les services français disposent d’excellents négociateurs, ils ne sont pas en nombre. En outre le coût de ces opérations est supporté par la collectivité. De plus, l’implication des autorités françaises dans un cas d’enlèvement provoque mécaniquement l’intérêt des médias. Or, la médiatisation débouche souvent sur une surenchère financière des ravisseurs et donc sur un enlisement des négociations.

La réponse privée à un enlèvement peut aussi avoir des avantages. Les consultants et les négociateurs qui entrent alors en piste sont pour la plupart issus des services de sécurité et des groupes d’intervention précédemment cités. Les sociétés de conseil spécialisées dans ce genre d’affaires, qui connaissent bien les entreprises et leurs contraintes, disposent de réseaux de négociateurs actifs, mobilisables rapidement, comprenant des effectifs locaux, maîtrisant la langue de négociation et connaissant lesintermédiaires crédibles. Enfin, sur le plan financier, les coûts d’une crise de ce genre sont le plus souvent pris en charge dans le cadre des polices K & R (Kidnap & Ransom). Mais il est facile de déceler les inconvénients potentiels du traitement privé d’un enlèvement. Certains consultants déconseillent d’alerter les autorités françaises ; une erreur dont les effets peuvent s’avérer désastreux. En outre, si les négociations privées et officielles sont menées sans coordination et que chaque négociateur prétend qu’il est le seul interlocuteur autorisé, c’est la rapidité de la négociation et la sécurité des otages qui risquent d’être remises en cause.

Les enjeux humains, économiques, politiques des enlèvements sont tels que l’action publique et l’action privée devraient se rejoindre autour d’un seul objectif : ramener l’otage sain et sauf auprès des siens le plus rapidement possible et dans les meilleures conditions de sécurité. Une « task force », placée sous la direction des autorités françaises et associant experts et négociateurs publics et privés, pourrait être mise en place…

Il faudrait certes que la compétence des négociateurs privés soit sans faille et qu’elle soit reconnue par tous : une habilitation des sociétés privées par la puissance publique, sous une forme ou sous une autre, est à considérer, avec un engagement sur une charte de totale confidentialité. Enfin, l’entraînement commun entre membres des services officiels et négociateurs privés deviendrait possible, au bénéfice de tous.

En matière de gestion d’une situation de kidnapping, la coopération entre le public et le privé est un champ d’expérimentation que la France se devrait d’explorer sans crainte.

Laurent Combalbert

Laurent Combalbert, ancien négociateur du Raid, est président d’Ulysceo.

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.