Sentinelle : L’arme au pied !

Par Roland Pietrini, le 06 juillet 2016

ATHENA – DEFENSE


Je suis parfois vilipendé dans certains commentaires concernant cette affaire de nos militaires qui ne sont pas intervenus lors de l’attaque du Bataclan. Ces commentateurs trouveront dans cet excellent billet de Roland Pietrini des éléments de réponse à leurs légitimes interrogations. Encore faut-il poser les questions selon les règles élémentaires de courtoisie pour que j’y réponde moi-même. //RO


 

 

La commission d’enquête sur les attentats de Paris sous la présidence de Georges Fenech, député du Rhône (« Les Républicains ») et spécialiste de la justice, et de Sébastien Pietrasanta, un député socialiste, expert des questions de déradicalisation s’est donc réunie. Cette commission d’enquête parlementaire constituée d’une trentaine de membres devait examiner les failles éventuelles dans le dispositif de la sécurité de l’Etat après les attentats du 13 novembre 2015, dont le bilan, faut-il la rappeler, fut de 130 morts et 350 blessés.

Ce type de commission, dont les limites sont celles imposées par le -secret défense- et le -secret professionnel-, aura eu au moins le mérite de poser quelques questions à défaut d’obtenir des réponses. Nous avons été un certain nombre, ici ou là, n’étant ni commando-stylo, ni commando-canapé, comme le dit si justement Jean-Marc Tanguy, à subodorer quelques réflexions matinées de réserves dues à notre incapacité à pouvoir connaitre le dessous des cartes et la réalité du terrain. Il n’en reste pas moins que notre sixième sens, basé à la fois sur notre modeste expérience et l’observation suivie des questions de défense et de sécurité depuis de très nombreuses années, ce qui n’est pas forcément inscrit au cursus de Sciences po et de l’ENA, nous amène à considérer deux ou trois aspects de cet épisode terroriste sanglant.

Premier élément de réflexion : était-il possible d’éviter le carnage du Bataclan compte tenu du fait que les services de renseignement avaient pris connaissance de menaces contre la salle de spectacle parisienne en 2009, quand un Belge, Farouk Ben Abbes, interrogé par les services égyptiens après les attentats au Caire, aurait avoué avoir projeté un attentat ?

La réponse est délicate, à mon sens, elle ne se situe pas au niveau de la prévention mais bien au niveau de la protection. Fallait-il, compte tenu de ces menaces, renforcer la protection directe du Bataclan par des mesures de filtrage efficaces et une protection renforcée, ou bien fallait-il annuler tout concert en ce lieu ? J’aurais tendance à penser que toute interdiction aurait été impossible, compte tenu de la nécessité de continuer à maintenir notre pays dans un espace de liberté indispensable et salutaire. Aurait-il fallu renforcer la sécurité de ce lieu devenu sensible ? La réponse ne saurait être délivrée sans une réflexion plus vaste en amont, alors que le plan Vigipirate était en place et qu’une patrouille de soldats ne put intervenir, ce qui est difficilement explicable pour les victimes. Cela montre les limites d’un dispositif parfaitement inadapté et qui le reste dans son ensemble aujourd’hui. Lancée à la suite des attentats de janvier 2015, les effectifs de l’opération sentinelle sont passés de 8000 à 10 000. Or ces trois soldats étaient présents le soir de l’attaque au Bataclan, et pourtant, ils ne sont pas intervenus. L’un d’eux a même refusé de prêter son arme à un membre de la Bac, avait déclaré un policier lors des auditions de la commission.

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a confirmé le 1er juin lors de son audition qu’ils n’ont fait qu’obéir aux ordres. Il a également rappelé que les membres de l’opération Sentinelle « ne sont pas formés aux interventions en présence d’otages ».

On ne peut reprocher aux militaires de n’être pas intervenus, en constatant le fait qu’ils n’avaient aucun moyen de communication avec leur hiérarchie et en admettant que celle-ci aurait eu la possibilité de leur donner des ordres clairs. La question, Monsieur le ministre, n’est pas de déclarer de manière péremptoire qu’il n’étaient pas formés aux interventions en présence d’otages, mais bien de dire qu’en l’occurrence, le cadre juridique de leur action ne leur permettait pas d’intervenir, sinon d’attendre qu’on leur tire dessus pour riposter.


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