Serval, la France dans le bourbier

Publié par Candide le 4 décembre 2013
Publié par Candide le 4 décembre 2013

Dans un livre qui vient de paraitre, « Papa Hollande au Mali, chronique d’un fiasco annoncé », le rédacteur en chef du site « Mondafrique », Nicolas Beau, revient sur les conditions dans lesquelles la France a « sauvé » le Mali, comme l’a prétendu Laurent Fabius. Bonnes feuilles.

illustration ITRI
illustration ITRI

Interview de Nicolas Beau (Esprit d’Actu – OUMMA TV):

http://www.youtube.com/watch?v=HZgEdYLD6XA/

Candidat aux élections présidentielles de 2012, François Hollande avait fait du retrait de l’armée française d’Afghanistan un engagement fort de sa campagne. Plus fin connaisseur des arcanes du conseil général de Tulle que des tribus du Sahel, le chef de l’État ne s’était jamais imaginé en chef de guerre. L’opération au Mali, ce sont les militaires, et eux seuls, qui l’ont voulue, préparée, puis exécutée. Dès les premières prises d’otages français en 2009, l’armée française avait imaginé, sous le nom d’« opération Requin », les moindres modalités d’une intervention au Mali. Après les fins de non-recevoir opposées par Nicolas Sarkozy, nos gradés ont réussi à convaincre François Hollande de livrer cette croisade contre « le terrorisme ». Et avec quelle maestria !

À peine nommé ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian gagne l’hôtel de Brienne qui abrite ses services pour rencontrer l’état-major. Dès la première réunion, le projet guerrier au Mali est évoqué : « Si nous ne nous battons pas aujourd’hui au Sahel, explique un des patrons de l’armée, nous devrons nous battre demain à Marseille. » Le spectre des jeunes des cités partant combattre au Sahel aux côtés d’Aqmi impressionne le nouveau ministre. Et tant pis si la réalité est tout autre ! Les apprentis djihadistes basés en France ont été deux cents à rejoindre les rangs des rebelles syriens, mais ils auront été seulement deux à gagner le nord du Mali. Les militaires ne sont pas à une approximation près pour imposer leur guerre.

Dès le 29 mai 2012, une note qui condamne la stratégie « globale et indirecte » appliquée par Nicolas Sarkozy au Sahel est adressée par Jean-Yves Le Drian au président de la République. Le Nord Mali serait devenu « un sanctuaire pour al-Qaida », rien de moins. Dans ces conditions, « le statu quo » n’est plus possible. Ces thèses sont abondamment relayées à l’Élysée par l’homme clé de la guerre au Mali, le général Benoît Puga, chef d’état-major particulier de Hollande. Étrange alliage entre François Hollande, dont le gouvernement républicain comprend une dizaine de ministres francs-maçons du Grand Orient de France, et cet officier ultratraditionaliste, fidèle paroissien de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, le fief intégriste de feu Mgr Lefebvre. L’univers idéologique du général Puga fleure bon l’époque coloniale. Au moment où, jeune militaire, il commandait les parachutistes qui sautaient sur Kolwezi en 1978, son adjoint était l’officier ultraréactionnaire Bruno Dary, un des organisateurs de La Manif pour tous, hostile au mariage homosexuel, et qui est resté son ami intime. Du beau monde. Denis Puga, le frère de Benoît, appartient au mouvement d’extrême droite Civitas.

« Le président est extraordinaire, il décide, puis il agit », se félicite le général Benoît Puga devant ses visiteurs. Lorsque ce militaire reçoit un ministre africain à l’Élysée, il lui indique en souriant : « N’allons pas au premier étage, celui des conseillers politiques, ce n’est pas là que l’intervention au Mali se prépare. » Autrement dit, ce sont nous, les patrons de l’armée, qui sommes à la manœuvre.

Les barbares à nos portes

À l’avant-garde de la guerre du renseignement en Afrique de l’Ouest, les Américains prirent les premières photos satellitaires qui indiquaient, dès le 8 janvier 2013, que plusieurs colonnes de pick-up se mettaient en marche vers la ville de Konna, sur la route de Bamako, et vers l’aéroport de Mopti-Sévaré. Prévenue, l’armée malienne s’ébranle mais tombe rapidement en panne de carburant. Les trente militaires français du Commandement des opérations spéciales (COS), basé au Mali, alertent Paris. Immédiatement, la situation sur place est dramatisée par la communication toute puissante du ministère de la Défense. Les « terroristes » du Nord, qui lapident les femmes et coupent les mains des voleurs, s’apprêtent à investir Bamako dans les heures qui viennent, à prendre en otage les six mille ressortissants français et à imposer la charia à l’ensemble de la population. Le Mali allait devenir la base arrière du djihadisme inter- national, qu’il faut, dixit Hollande, « éradiquer ». Cette version, en gros, est avalée par la plupart des médias et des observateurs.

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.