Somalie : opération Denis Allex

Patrick Forestier, le 16 juillet 2013

Paris-Match

Pour en savoir plus sur l’échec de cette tentative de libération de Denis Allex. Honneur, force et courage à ces hommes qui ont fait l’impossible. Jusqu’à la mort pour certains… //RO

 

 

La DGSE avait fait le serment d’arracher son agent aux islamistes somaliens qui le retenaient en otage depuis 2009. Le coup de main de janvier dernier n’a pas atteint son but. Notre reporter revient sur cette opération commando. Il en retrace les minutieux préparatifs et l’issue fatale.
14 juillet 2009
Quand la nouvelle est arrivée à la Citadelle qui abrite à Perpignan le Centre parachutiste d’instruction spécialisée (CPIS), les commandos ont été soulagés et pressés d’en découdre pour libérer leur camarade. Depuis le 14 juillet 2009, leur copain, agent comme eux de la Direction générale de la ­sécurité extérieure (DGSE), est détenu en Somalie. Un otage pas comme les autres car il appartient au Service action des renseignements français, l’ex-11e Choc chargé des opérations clandestines les plus périlleuses. Dans le service, Denis est un ancien, connu et respecté. En Somalie, il a une fausse identité, mais Denis est son vrai prénom et son nom de famille commence par la lettre A, comme Allex.

Quarante-sept ans, marié, trois enfants, l’adjudant-chef Allex est un gars du Pas-de-Calais, de Trélon, un gros bourg situé à une trentaine de kilomètres de Maubeuge. Très jeune, il s’est engagé dans l’armée. Grâce à ses qualités physiques et un mental à toute épreuve, il a intégré les forces spéciales du Service action, le nec plus ultra des commandos qui interviennent à l’étranger en civil. « Dude », comme on le surnomme parfois, a été dans tous les coups. Sélectionné il y a une vingtaine d’années, il a d’abord été nageur de combat à Quélern, dans le Finistère, qui abrite le Centre parachutiste d’entraînement aux opérations maritimes (CPEOM). Un groupe de commandos capable d’intervenir clandestinement sous les océans pour faire sauter un objectif dans un port, prendre un navire à l’abordage ou être éjectés, de nuit, d’un sous-marin pour se faufiler entre les rochers jusqu’à la côte d’un territoire ennemi. Depuis, les missions secrètes se sont ­enchaînées pour Denis, jusqu’à celle de Mogadiscio, où, se faisant passer pour des reporters, avec l’officier Marc Aubrière, lui aussi sous une fausse identité, ils ont été capturés dans leur hôtel. Marc a réussi à s’échapper. Lui n’a pas eu cette chance.
Pendant trois ans et demi
Jusqu’en 2012, toute la « boîte » se mobilise pour sortir Denis de son trou. Des dizaines d’agents sont déployées au Soudan, au Yémen, au Kenya, dans les Emirats. Partout où c’est nécessaire pour nouer le contact avec les shebabs, les miliciens islamistes somaliens qui détiennent l’agent français. Les moyens sont illimités, mais cela ne suffit pas. Pendant deux ans, un espoir grandit du côté de l’Erythrée, soutien des shebabs, qui se battent contre l’armée éthiopienne, l’ennemi juré du petit Etat. Les agents se succèdent à Asmara, la capitale. L’ambassadeur de France, à cette époque, est l’ex-journaliste Roger Auque qui fut pendant une année otage au Liban. Il a su nouer des contacts avec le dictateur Issaias Afeworki, qui le reçoit. Le diplomate vise bien sûr la libération de Denis Allex.

LE DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA DGSE S’EST JURÉ DE LIBÉRER SON AGENT

Erard Corbin de Mangoux, le directeur général de la DGSE, s’est juré de libérer son agent avant qu’il ne quitte son poste : il vient d’être nommé préfet des Yvelines. C’est Yemane Gebreab, le principal conseiller du président, qui gère le dossier côté érythréen. L’ambassadeur de France le voit très souvent. Il lui présente des agents français dès leur arrivée à Asmara, afin qu’ils prennent le relais. Parfois, grâce à un avion affrété par Paris, deux militaires des services de renseignements érythréens sont acheminés à Mogadiscio. Leur but : rencontrer, dans la zone tenue par les shebabs, les chefs islamistes, afin de négocier la libération du Français.

Côté somalien, les demandes portent sur l’« élargissement » d’une cinquantaine d’islamistes emprisonnés en Egypte, au Yémen, au Soudan, en Ethiopie. C’est mission impossible. Même si, au bout de plusieurs mois, leur nombre est descendu à vingt. C’est encore trop. Reste l’argent qui, de toute manière, va de soi dans les négociations. Les agents érythréens obtiennent une réponse positive des shebabs. Paris est prêt à verser la rançon. Mais à qui ? Les clans somaliens ne sont pas d’accord entre eux. Côté DGSE, on s’impatiente. A Asmara, Roger Auque et les agents français ont beau se démener pour pousser les Erythréens à en faire plus, le résultat n’est pas au rendez-vous. Fin 2011, le président Afeworki s’engage par lettre à faire le maximum d’efforts pour libérer l’otage français, en contrepartie de l’abstention de la France au Conseil de sécurité de l’Onu concernant le vote de sanctions contre l’Erythrée. Manœuvre ? La filière érythréenne est en tout cas mise en sommeil, car à Paris on n’y croit plus.

Mais la quête pour sauver le soldat Allex continue : écoutes, avions de reconnaissance, satellites français, américains, renseignements humains. Tout est mis en œuvre pour découvrir le lieu de sa détention. Sur place, des Somaliens cherchent, eux aussi. Plusieurs fois, sa cache est identifiée, trop tard. Les ravisseurs ont changé leur prisonnier de place. C’est que, depuis l’été 2011, les miliciens islamistes ont dû abandonner Mogadiscio face aux troupes de l’Union africaine. Ils sont désormais pris en tenaille entre les contingents kényans et éthiopiens entrés dans le pays.
Eté 2012
Mi-2012, enfin une bonne nouvelle : l’endroit où Denis est prisonnier est localisé ! Il est détenu en bordure du village de Bulomarer, à une centaine de kilomètres de la capitale. Il est caché dans une petite maison en pisé donnant sur une cour fermée par un mur qui abrite des latrines et un coin cuisine. La journée, l’otage reste à l’intérieur, parfois humilié par les shebabs qui considèrent les Occidentaux comme des chiens. Il ne sort que la nuit, pour faire quelques pas, entravé et sous la surveillance des miliciens. Grâce aux satellites, la maison et ses environs sont observés presque chaque jour pendant qu’à Perpignan, au CPIS, la bonne nouvelle court chez les initiés. Toutes les hypothèses sont étudiées. Mais, après l’échec des négo­ciations, il ne reste qu’une option : une opération de vive force.

 

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Photo de Une : Une photo de l’agent prise par ses ravisseurs en juin 2010.

© DR

 

 

 

 

1 réflexion au sujet de « Somalie : opération Denis Allex »

  1. Dur……….dur. Aucun commentaire si ce n’est, une fois n’est pas coutume, l’hérésie de la politique étrangère menée par des irresponsables.

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