Sommes-nous encore capables de gagner des guerres, nous qui savons gagner des batailles ? Berezina, une victoire dans un désastre.

Par Roland Pietrini, le 20 juin 2015

ATHENA – DEFENSE

 

 

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Berezyna

 

« D’autres raisons motivaient la retenue de Koutousov. Le field maréchal ne désirait pas la mort de Napoléon. Il savait que l’Angleterre profiterait de ce que le roi des rois disparût de la surface  du globe pour étendre sa domination. Sa réticence à exposer son armée  venait également de la certitude de pouvoir compter sur les partisans. Une guerre de partisans se définit par la somme des dégâts qu’une poignée d’homme résolus peut infliger à un corps d’armée régulier, empêtré dans sa logique de masse, lourdeur de sa logistique, la raideur de ses principes. Selon Tolstoï, la guerre des partisans, – c’est ce que firent les guérilleros en Espagne, c’est ce que firent les montagnards au Caucase, c’est ce que fient les russes en 1812- on pourrait continuer la litanie de l’asymétrie : c’est ce que firent les fellagas en Algérie, les Karens contre la junte birmane, les Talibans en Afghanistan. Et c’est ce que font toujours les agents dormants islamistes dans la guerre globale qu’ils ont déclarée aux démocraties laïques… » Voici ce qu’écrit dans son livre Berezina Sylvain Tesson, qui dans un pari fou est parti en side-car Oural de Moscou en plein hiver  pour refaire la route de la retraite de Russie, avec des hurluberlus de son acabit, tel que Goisque, Cédric Gras et deux improbables russes Vassily et Vitaly. Il faut lire ce genre de livre,  qui offre plus matière à réflexion sur l’histoire, sur ce que nous sommes devenus et notre destinée, que certains ouvrages de pseudos géopoliticiens sous-experts de leurs propres expertises.

La retraite de Russie fut pour Napoléon une succession de victoires sans lendemain qui emmenèrent la grande armée à se dissoudre corps et bien dans l’hiver russe,  sous les harcèlements cosaques incapables d’attaquer de front, mais aussi les maladies dues à la vermine, aux blessures mal soignées, à la gangrène..  Ces mourants déambulants dans des  tenues improbables, se débarrassant au cours de la marche des objets volés à Moscou, se couvrant pour ce protéger du froid inhumain de robes de femmes serties de brocards, de paletots, de hardes,  alourdis de bibelots inutiles devenus sans valeurs – la seule valeur utile  devenue hors de prix étant celle d’un guignon de pain ou d’un morceau de lard.  Une  infanterie vite épuisée mais encore capable de combattre, qui suit tant bien que mal  à quelques lieux  une cavalerie montée sur des chevaux qui ressemblent à des fantômes,   afin de dévorer ce qui reste  des carcasses.  Ces chevaux épuisés, blafards aux flancs vidés, qui meurent tour à tour en silence sous leur cavalier, comme ils savent le faire dans cette dignité que n’ont pas les hommes, dépecés encore vivants, nourris à l’occasion avec le chaume des isbas. Vision apocalyptique d’une armée victorieuse et défaite à la fois, refaisant la route de la conquête à l’envers, repassant par des contrées où tout a été pillé, dévoré, comme un nuage de sauterelles qui ne laisse rien des récoltes après leur passage.   Le pire choix pour un stratège de l’époque,  mais un choix imposé par le fait qu’en dépit de la victoire de Maloïaroslavets, la route du sud était coupée.   Borodino  fut celle du début de la retraite après celle de  la victoire du 7 septembre. Ils atteignirent Smolensk le  14 novembre, ils l’avaient traversé le 17 août vers Moscou.  

 

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Napoléon, en tête de ses soldats jusqu’à Vilnius où il décida de rentrer à Paris (en 13 jours)  avec Caulaincourt et une poignée d’officiers assurant sa garde rapprochée en laissant à Ney le soin d’assurer l’arrière-garde, ne fut jamais remis en cause ni par ses généraux ni par ses soldats qui le considéraient  toujours comme un chef humain, peut-être parce qu’aussi Napoléon avait  su convaincre,  qu’avec lui un garçon boucher pouvait devenir maréchal, et que l’accès à la  noblesse était le résultat du mérite et du courage, pas celle d’un héritage de droit divin. Il  fut dans les pires moments, sans cesse acclamé par ses soldats qui  crurent sans faillir à sa capacité à sauver ce  qui pouvait encore l’être.  L’histoire du franchissement de la Bérézina est à elle seule le résumé d’un rien dans un tout. Formidable exemple d’une manœuvre de déception, en faisant croire que l’armée passerait justement là où Koutousov attendait et construisant ailleurs deux ponts sur un passage de gué moins profond. Ce fut du 25 au 29 novembre 1812 une bataille victorieuse menée dans une campagne perdue, préfigurant nos victoires en des batailles qui nous menèrent toutes à perdre nos guerres.  Cela doit nous faire réfléchir aux évènements que  nous vivons aujourd’hui. Sommes-nous encore capables de gagner des guerres, nous qui savons gagner des batailles ?

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