Sommet de l’Élysée : face à Boko Haram, la France a-t-elle les moyens de ses ambitions ?

 

Par JEAN GUISNEL Publié le 17/05/2014

Le Point.fr

 

Traditionnellement peu présente au Nigeria anglophone, la France veut organiser la lutte contre Boko Haram. Elle a quelques idées sur le sujet.

La secte islamiste criminelle nigériane Boko Haram, que dirige Abubakar Shekau, sera samedi le principal sujet de discussion des chefs d’État africains qui se réuniront à l’Élysée à l’invitation de François Hollande. Autour de Goodluck Jonathan (Nigeria), officiellement le « demandeur » de cette réunion, se retrouveront Paul Biya (Cameroun), Mahamadou Issoufou (Niger), Idriss Déby (Tchad), Boni Yayi (Bénin), de même que le ministre des Affaires étrangères britannique William Hague, la secrétaire d’État américaine adjointe Wendy Sherman et un représentant de l’Union européenne. Côté français, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius sera absent pour cause de déplacement à l’étranger, mais le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, qui a pris progressivement en charge le traitement des affaires africaines de sécurité, sera bien présent.

Crainte de la contagion

À Paris, on admet que le sort du Nigeria n’a jamais constitué une préoccupation stratégique, à tout le moins depuis la fin des années 1960 et le soutien à la sécession biafraise. Mais la situation qui prévaut depuis le développement des activités sanglantes de Boko Haram, singulièrement depuis l’enlèvement et la séquestration le 14 avril de 270 lycéennes de la ville de Chibok, localité du nord-est du Nigeria, a changé la donne.

Les Français craignent une contagion du phénomène, une extension des activités de ce groupe vers le Cameroun et le Tchad : « Le Nigeria n’est certes pas dans notre zone d’influence traditionnelle, mais la zone de fracture est inquiétante », estime un spécialiste du ministère de la Défense. Ajoutant craindre un rapprochement entre Boko Haram et d’autres groupes djihadistes. Dans le nord-est du Nigeria, Boko Haram est un mouvement principalement national, visant essentiellement les intérêts de l’État nigérian et le système éducatif. Mais Ansaru, dans le nord-ouest du pays, est clairement lié à Aqmi, et ses modes d’action différents visent pour l’essentiel des Occidentaux.

Hypothétique jonction

Une source sécuritaire française note d’inquiétantes évolutions depuis début 2013 : « Boko Haram reçoit un soutien financier et des formateurs arabes ont été vus dans ses camps d’entraînement, qui apportent les recommandations doctrinales. » Les armes sont livrées par des convois venant notamment de Libye, à travers le Niger et le Tchad. Et la crainte majeure actuellement évoquée à Paris concerne une hypothétique jonction de Boko Haram avec les Séléka de Centrafrique : « Les intérêts de l’Afrique sont en jeu, mais aussi ceux de l’Europe et au-delà », affirme-t-on au ministère de la Défense.

Les Français ont déployé de modestes moyens de renseignements sur place (une dizaine de spécialistes de la DRM – Direction du renseignement militaire -), mais d’autres moyens sont disponibles au Tchad (avions Rafale équipés de systèmes de reconnaissance, avions Atlantic de la marine) et au Niger (drones). Le principal enjeu, souligne-t-on à Paris, consiste à aider les ombrageux Nigérians à réaliser une meilleure coordination du renseignement satellitaire fourni par de nombreux pays (États-Unis, Royaume-Uni, Israël) : « Nous cherchons à créer une cellule de fusion du renseignement et à améliorer la coordination opérationnelle. » Le respect des droits de l’homme par l’armée nigériane durant les opérations est également une sérieuse préoccupation à Paris, qui devrait proposer l’envoi de prévôts (gendarmes accompagnant les forces) et de coopérants civilo-militaires chargés des contacts avec la population.

À tort ou à raison, l’Élysée cherche donc à prendre le leadership du soutien militaire international au Nigeria. On entend « utiliser ce sommet pour créer une dynamique positive, y compris avec les Nigérians, confrontés à une violence considérable. » Tout en préparant en grand secret une diminution des budgets militaires français. Comprenne qui pourra…

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Illustration : François Hollande. © Alain Jocard / AFP

 

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

2 thoughts to “Sommet de l’Élysée : face à Boko Haram, la France a-t-elle les moyens de ses ambitions ?”

  1. L’abruti que certains ont élu est carrément devenu fou: il se prend pour le gendarme du monde. Laissons les africains palabrer entre eux.

  2. A cette question, je réponds non! L’Etat ne se donne pas les moyens de ses pseudos ambitions dans une zone qui n’est pas une zone d’influence. Pourquoi aller une fois de plus se fourvoyer avec ce pseudo chef d’Etat Goodluck Jonathan qui affame son peuple. De plus, l’armée, notre armée est quasiment en slip…… //RO

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