Sortir de l’ombre le malaise des gendarmes

Par Élodie Corvée, le 03 août 2015

La Nouvelle République

Il y a effectivement un malaise, doux euphémisme pour qualifier cette vague de suicides au sein des forces de police et de gendarmerie. Nous ne pouvons pas accepter que la hiérarchie et le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve restent sourds et muets devant cette hémorragie qui mine l’institution toute entière. Le Colonel 2.0 s’associe à l’association Gendarmes et citoyens et en appelle ses fidèles lecteurs et lectrices à partager au maximum ce cri d’alarme afin de lui donner l’écho qu’il mérite. Par avance merci. //RO

 

gendarmerie vatan 3

 

La souffrance au travail, les gendarmes y sont les premiers confrontés. Une association du Loir-et-Cher le crie haut et fort, face à une hiérarchie muette.

 

L’association Gendarmes et Citoyens a vite réagi, samedi, après l’annonce du suicide d’Éric Laffatigue (NRD d’hier). Gendarme unanimement apprécié à Vatan, il s’était donné la mort le matin même, dans son appartement de fonction, avec son arme de service. « C’est le sixième suicide en un peu plus d’un mois dans les rangs de la gendarmerie », apprend-on sur le message publié par l’association.

En effet, on peut découvrir, au fil des posts, les noms de ces gendarmes, hommes et femmes, qui ont pris la terrible décision d’attenter à leurs jours. A chaque fois, les messages affluent. Beaucoup de confrères saluent leur mémoire et pointent du doigt les problèmes parfois insurmontables que tous rencontrent dans leur profession. Des « problèmes professionnels qu’il n’est pas parvenu à assumer » seraient visiblement la cause du suicide d’Éric Laffatigue, informe l’association. Bien qu’au Groupement départemental de gendarmerie, on mette en avant des raisons personnelles.

 

«  Il faut crever l’abcès  »

 « On communique beaucoup sur les gendarmes morts pendant leur service. Mais jamais sur les suicides. Peu importent les raisons, qu’elles soient personnelles ou professionnelles. De toute façon, tout est lié. Le métier empiète sur le privé », avance Lionel Delille, président de l’association Gendarmes et Citoyens. Mais, pour lui, c’est bien le travail qui est source de souffrance. « Ce sont souvent des gendarmes de brigade. Pas des officiers de bureau. Il semble que la charge de travail et le manque de considération y sont pour quelque chose. »

 
Contrairement à la hiérarchie, son association veut que le malaise des forces de l’ordre soit crié haut et fort. Comme cela fut le cas à France Telecom. « On est les seuls en France à porter ce combat. Sur notre page Facebook, les gendarmes peuvent venir se recueillir et parler de ces drames que l’on occulte. » L’association aimerait surtout comprendre, pour prévenir. « On ne sait jamais quelles sont les véritables raisons qui poussent au suicide. Et pourquoi utilisent-ils toujours leur arme de service ? La hiérarchie ne veut pas en parler, car elle a peur que cela fasse boule de neige. Je pense, au contraire, qu’il faut crever l’abcès. Un suicidaire est quelqu’un qui veut arrêter de souffrir. Alors, il faut identifier la souffrance. »

 
Il y a encore quelques mois, l’association, basée dans le Loir-et-Cher et présidée à titre honoraire par un gendarme indrien à la retraite, Christian Contini, était dans l’illégalité. L’armée, cette grande muette, n’autorisait pas ses ouailles à se réunir en association. Mais la Cour européenne lui a donné raison, le 2 octobre dernier, en condamnant la France pour son interdiction faite aux militaires français de se syndiquer.

 
Désormais légitime, l’association Gendarmes et Citoyens compte bien devenir le pendant des syndicats de police. Et peser, avec plus de force, auprès de l’État, pour qu’aucun autre gendarme ne perde goût à la vie.

elodie.corvee@nrco.fr

à suivre

 

Une lettre envoyée au ministre de l’Intérieur

Après le quatrième suicide survenu dans les rangs de la gendarmerie, en seulement deux semaines, l’association a envoyé une lettre au ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve. On y apprend qu’en 2014, l’Observatoire national du suicide a rendu un premier rapport. On peut y lire en substance que, « selon les statistiques, le secteur de la santé et de l’action sociale présente le taux de mortalité par suicide le plus élevé (avec 34,3 cas pour 100.000), englobant évidemment les forces de police et de gendarmerie. La France monte sombrement sur la troisième place du podium, en ce qui concerne le taux de suicide dans les forces de l’ordre en Occident. » Des études ont été réalisées au plus près : chez EDF-GDF, la RATP, chez les sapeurs-pompiers… mais « aucune sur les forces de l’ordre ».

 
Toujours d’après cette lettre, des enquêtes psychologiques doivent être conduites auprès des entourages, pour connaître les causes des suicides. « Où en sommes-nous au sein de notre grande maison ? Les enquêtes effectuées ne servent-elles qu’à classer administrativement la procédure ? »

 
« Nous serions prêts à essayer d’organiser une conférence sur les risques psychosociaux et le suicide parmi les forces de l’ordre, en faisant venir des intervenants extérieurs spécialisés en la matière, en trouvant des gens prêts à témoigner d’une souffrance vécue et en y associant d’autres partenaires », conclut l’association Gendarmes et Citoyens dans sa lettre.

 

Élodie Corvée
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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

3 thoughts to “Sortir de l’ombre le malaise des gendarmes”

  1. Je ne peut que confirmer la teneur de ces deux posts. Les hiérarchies politisées n’ont plus aucun droit de cité et ne méritent que la révocation pour certains et un passage aux placards pour d’autres.
    Notre pays est au bord du gouffre ! Mes respects à et soutien complet à la Police et Gendarmerie

  2. Il y a peu de temps, j’ai eu l’occasion de discuter avec des gendarmes et des policiers .
    ces gardiens de notre sécurité n’en peuvent plus .
    plus aucun moyen en personnel
    plus aucun moyen en matériel ( véhicules hors de services , véhicules cannibalisés pour en mettre d’autres en fonctionnement .
    Mais ceux-ci ( après des heures et des heures de réparations (heures supplémentaires mais non payées ), ces mêmes véhicules ne peuvent toujours pas parcourir le moindre centimètres de bitume à cause du ……. manque de carburant .
    Militaire ,je me souviens que déjà sous Mitterand , pour finir nos missions , nous devions payer l’essence de notre poche .
    Permissions ou vacances ne font plus que l’objet d’un doux rêve.
    Ils ne leurs restent plus pour repos que des arrêts de maladie .
    La hiérarchie (politisée à l’extrême ), est aux abonnés absent , ou se pavane lors des « sorties  » de Cazeneuve ou de Valls .
    Nous devons soutenir les gendarmes , ils devraient aussi revenir dans le giron de l’armée car actuellement ils ont le (cul entre deux chaises )

    .

  3. La population française ignore réellement les difficultés professionnelles des métiers de gendarme et de policier. Au delà des problèmes de rapports humains inhérents à toute entreprise, l’aspect psychologique de la pratique sur le terrain affecte souvent les personnels qui exercent leur métier avec beaucoup d’exigence. Dans une société permissive où le législateur a renforcé considérablement les droits des personnes impliquées dans la commission d’ infractions ; avec pour les officiers de police judiciaire la mise en application d’une procédure compliquée et tatillonne, il n’est pas étonnant de voir des enquêteurs complètement désabusés par des paradoxes tels qu’une lourdeur administrative exagérée en face d’une tolérance très naïve accordée au personnage récidiviste malfaisant qui a la part belle et qui parfois affiche un comportement provoquant à l’adresse de ceux qui sont chargés de faire respecter la loi. On peut aussi ajouter un manque de considération des citoyens et de l’état, à l’égard des représentants de l’ordre qui assument leurs fonctions souvent dans des conditions sévères. Et puis les événements récents de la manifestation pour le retrait du projet de lac dans le Tarn , a mis en lumière le peu de courage politique puisque les forces de l’ordre se sont vues retirer l’usage de grenades , seules armes vraiment adaptées pour leur protection dans des circonstances dangereuses. De telles décisions incompréhensibles peuvent aussi miner le moral des éléments les plus aguerris.

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