Succès et échecs dans la lutte contre le terrorisme en France

Par Régis Ollivier, le 19 novembre 2015

Le Colonel 2.0

 

 

Le djihadiste belge Abdel Hamid Abaaoud, cerveau présumé des attentats de Paris, est mort dans l’assaut de Saint-Denis mercredi.

Si l’élimination d’Abdel Hamid Abaaoud signe un franc succès pour la France dans sa lutte contre le terrorisme, elle signe également et illustre à l’envi l’échec des services spécialisés dans cette même lutte, qu’ils soient de l’Intérieur ou de l’Extérieur (DGSI/DGSE). J’entends bien « dans cette affaire en particulier ».

Selon les dernières déclarations du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, la localisation/neutralisation du terroriste a été rendue possible grâce aux renseignements fournis par les services spécialisés marocains. Par cette annonce, Bernard Cazeneuve met lui-même en lumière les insuffisances de nos propres services (tous confondus) et tente également de minimiser la portée d’autres informations moins glorieuses pour l’exécutif,  qui aurait refusé la collaboration active de la Syrie dans ce domaine, à l’instar d’autres renseignements cruciaux transmis à la DGSE par les services algériens et à priori non exploités par le gouvernement. 

Remercions nos alliés marocains sans lesquels rien n’eut été possible ainsi que toutes les forces de sécurité qui sont intervenues dans des conditions extrêmes pour mettre ces terroristes hors d’état de nuire.

Désormais, la question qui se pose est de savoir comment un homme comme Abdel Hamid Abaaoud a-t-il pu passer à travers toutes les mailles du filet.

Originaire de Belgique, il est très probable que le terroriste se soit d’abord rendu dans ce pays afin de rejoindre plus facilement le sol français pour y coordonner les attaques multiples de la nuit du 13 novembre. A qui incombe un tel « dysfonctionnement »? A l’absence de frontière physique entre la France et la Belgique ? On peut le penser. Mais ce n’est pas suffisant. Aucune alerte n’a été déclenchée tout au long de l’itinéraire emprunté par Abaaoud. Et c’est d’autant plus inquiétant. Combien d’autres Abaaoud en puissance se trouvent dans cette situation de voyager comme bon leur semble, à l’instar d’un touriste lambda. C’est là que se situe l’échec des services de renseignement français. Au départ comme à l’arrivée en France. 

J’écrivais hier que les hommes et femmes de nos services de renseignement ne déméritaient et je maintiens mes propos. Combien de succès demeurent inconnus pour un échec fortement médiatisé. 

Aujourd’hui, j’enfonce le clou en pointant du doigt la responsabilité flagrante de notre exécutif dans ces dramatiques événements qui ont endeuillés tant de familles tout autant qu’endeuillés les françaises et les français. 

Nous payons le prix fort de décennies de laxisme et d’impéritie au plus haut niveau de l’Etat.

Ne rien dire, ne rien voir, ne rien entendre. C’était là la nouvelle devise de la France. 

La neutralisation de ce commando de terroriste et de son chef n’est pas une fin en soi. Pour un terroriste qui tombe, c’est dix autres qui se lèvent. Les loups chassent désormais en meutes. Et les louves n’attendent plus sagement leur retour, elles se font exploser elles aussi. Un nouveau « concept » qui fait que demain ne sera plus jamais pareil dans le « vivre ensemble ». 

 

Le Colonel vous salue bien

 

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deliredumonde.hautetfort.com

 

 

 

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.