SURVEILLANCE DE LA DGSE : « LES DROITS DES CITOYENS SONT BAFOUÉS »

 

Par Paul Laubacher le 04 juin 2014

OBSESSION – LE NOUVEL OBSERVATEUR

L’eurodéputée écologiste Sandrine Bélier critique le système de surveillance français, qu’elle juge « choquant » et « anti-démocratique ». Interview.

Après l’agence américaine NSA, c’est au tour de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) d’être épinglée. Les services secrets français pilotent depuis plusieurs années un système d’interception de toutes les communications par téléphone ou ordinateur, révèle en effet « Le Monde » du jeudi 4 juillet. Face à ce vaste espionnage, l’eurodéputée Europe Ecologie-Les Verts et membre de l’Internet Core Groupe des Verts européens, Sandrine Bélier, s’élève contre « le vrai visage des renseignements français ». Interview.

Comment réagissez-vous au fait que la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) collecte les signaux électromagnétiques émis par les ordinateurs ou les téléphones en France ?

– Ces révélations ne sont pas surprenantes en elles-mêmes. Je savais que cela était possible techniquement. Mais je ne savais pas que la DGSE avait franchi le pas dans ce domaine. Ce qui est révoltant, c’est la mise sous contrôle d’internet sous le couvert de la lutte contre le terrorisme, la pédophilie et le piratage.

Le système de surveillance de la DGSE n’a jamais été soumis à un contrôle législatif du Parlement ni à un contrôle de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil). Est-ce choquant ?

– Plus que le système de la DGSE en soit, c’est son illégalité qui choque. On comprend pourquoi rien n’a été soumis au Parlement français ou même européen. Sinon, il aurait fallu justifier un tel système, expliquer quel est le but recherché. Les parlementaires auraient pu, à ce moment-là, exercer un contrôle sur les activités de la DGSE. Un contrôle démocratique au nom des libertés publiques, de la protection du citoyen et de ses données privées. Ce qui ce passe sur internet n’est pas hors la loi. Tout ce qui s’applique dans le monde réel s’applique sur internet. Et donc l’activité de la DGSE doit être conforme à la loi. Ce qui n’est pas le cas. On peut raisonnablement dire que les droits des citoyens sont bafoués.

Les données récoltées par le système de la DGSE sont aussi utilisées par la police judiciaire. Elles entrent alors dans la procédure judiciaire sous la forme de « renseignements anonymes ». Qu’en pensez-vous ?

– C’est le plus choquant de tout ce système. En France, les citoyens ont des droits même lorsqu’ils sont sous le coup d’une enquête de police. La police a des pouvoirs mais qui sont encadrés par la loi, et de manière bien définie. Ce n’est qu’une fois que l’enquête commence que les informations sont récoltées. Pas avant ! Chaque Français a le droit de ne pas être considéré comme un criminel.

La France n’est pas un Etat totalitaire à ce que je sache ! La DGSE n’est pas censée agir comme la Stasi [le service de police politique de l’Allemagne de l’est, NDLR]. Mais cela démontre clairement qu’il y a un besoin d’équilibre entre la lutte contre le terrorisme et les libertés fondamentales. Je me suis engagée en politique pour me battre contre ce genre de projets : la riposte graduée de l’Hadopi, la censure et le contrôle d’internet. Je me bats pour la neutralité du net.

Que pensez-vous du gouvernement qui n’a que faiblement protesté contre le programme Prism de l’agence américaine NSA ?

– Le gouvernement français joue un double-jeu. D’un côté, il dit soutenir le gel provisoire des négociations de l’accord commercial transatlantique parce que le programme Prism est inadmissible. Mais de l’autre, il fait savoir, par l’intermédiaire de son ministre de l’Intérieur Manuel Valls qu’il refuse d’accorder l’asile à Edward Snowden au nom des « relations avec les Etats-Unis ». Et aujourd’hui, on apprend que la France fait la même chose que la NSA.

Interview de Sandrine Bélier, eurodéputée Europe Ecologie-Les Verts, par Paul Laubacher, le 4 juillet 2013.

Source :http://obsession.nouvelobs.com

Illustration par LCA

 

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