Au sujet de la situation conflictuelle Ukraine-Russie

Un article récent sur la « situation conflictuelle Ukraine-Russie » (https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/situation-conflictuelle-ukraine-239409), s’il est intéressant quant à son orientation générale et ses préconisations, appelle à la rectification de quelques petites approximations, trop lourde pour s’insérer dans les commentaires.

L’Ukraine n’est pas partiellement russophone « depuis l’URSS », elle l’est depuis mille ans. La Rus de Kiev est le berceau de la Russie. Saint Vladimir, fondateur de la Russie par son baptême à Chersonèse (Crimée), était prince de Kiev, et sa petite-fille la reine de France Anne, épouse d’Henri 1er (petit-fils d’Hugues Capet), était princesse de Kiev. Certes quand le centre de gravité de la Russie s’est déplacé vers la Moscovie on a alors appelé la région de Kiev Malorussie (Petite Russie), par opposition à la Grande Russie (Moscou) et la Biélorussie, littéralement Russie Blanche. Certes aussi à l’époque de Saint Vladimir on parlait plutôt dans toutes ces régions le vieux slavon, ancêtre du russe moderne et de l’ukrainien actuel, qui d’après les critères du grand linguiste Ferdinand de Saussure ne sont que deux dialectes de la même langue puisqu’ils sont intercompréhensibles (comme le néerlandais, le flamand et l’afrikaans par exemple). Tandis que la Malorussie (région de Kiev) est restée russe, le sud du territoire ukrainien actuel, byzantin (grec) a été annexé à l’empire ottoman après la chute de Constantinople (1453), et est resté turc pendant trois siècles, jusqu’à sa libération ou reconquête par Catherine II en 1769, puis annexée en 1783 sous le nom de Novorussie signifiant Nouvelle Russie. Tout cela est bien antérieur à l’industrialisation de l’Ukraine par le régime soviétique. Quant à la partie de l’Ukraine qui a été prise aux voisins occidentaux de l’URSS à l’occasion de la deuxième guerre mondiale, c’est essentiellement la Galicie plus d’autres territoires pris à la Pologne, la Tchécoslovaquie et la Roumanie, où là la langue russe n’avait pas d’antériorité.

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OTAN 2030 : “Il faut stopper ce train fou avant qu’il ne soit trop tard!”

« La France, quant à elle, dans le droit fil des principes énoncés voici plus d’un demi-siècle par le général de Gaulle, ne saurait, sans faillir gravement, se prêter à cette entreprise d’une acceptation aventureuse de la tutelle américaine sur l’Europe. »

Le jeudi 18 février 2021 l’étude « OTAN 2030 », produite à votre demande, vous a été présentée. Elle indique ce que doivent être les missions de l’OTAN pour les dix prochaines années. D’entrée, il apparaît que toute l’orientation de l’OTAN repose sur le paradigme d’une double menace, l’une russe, présentée comme à l’œuvre aujourd’hui, l’autre chinoise, potentielle et à venir. Deux lignes de force majeures se dégagent de cette étude.

La première, c’est l’embrigadement des Européens contre une entreprise de domination planétaire de la Chine, en échange de la protection américaine de l’Europe contre la menace russe qui pèserait sur elle.

La deuxième, c’est le contournement de la règle du consensus, de plusieurs manières: opérations en coalitions de volontaires; mise en oeuvre des décisions ne requérant plus de consensus; et surtout la délégation d’autorité au SACEUR (Commandant Suprême des Forces Allièes en Europe, officier général américain) au motif de l’efficacité et de l’accélération de la prise de décision.

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Pauvre Biélorussie, si loin de Dieu et si proche de l’UE !

Par Stratediplo – Le 18 août 2020

« Ce 30 août, venant d’apprendre que la Russie envahira la Biélorussie dans les trois prochains jours, vous devez rédiger en anglais un rapport présentant à la chancelière allemande les actions qui peuvent être entreprises pour interrompre cette agression« . Tel était en substance, il y a trois ans, le sujet de l’examen d’entrée au cycle de Diplocat (master en diplomatie et action extérieure) préparant le futur corps diplomatique du très atlantiste gouvernement catalan sur le point de proclamer l’indépendance. En réalité c’est ce gouvernement, plus que ses futurs diplomates, qui passait là un examen, ou en tout cas affirmait son engagement atlantiste et uniopéiste en ayant pris soin de choisir un sujet extrêmement important pour l’Alliance Atlantique comme pour l’Union Européenne. 

Evidemment la Russie, même si elle a renouvelé ce 15 août son engagement à défendre la Biélorussie en cas d’agression extérieure, n’a ni intention d’envahir son partenaire dans l’union d’Etats, ni nécessité d’envahir un territoire où ses forces armées sont déjà présentes en vertu d’un accord de défense. Mais elle ne peut pas permettre une déstabilisation débouchant sur un coup d’Etat comme celui du 22 février 2014 en ex-Ukraine, et l’installation d’un régime potiche de l’Union Européenne dont le premier acte serait de demander le retrait des unités russes de Biélorussie. En effet la principale mission de ces dernières est de protéger la trouée de Suwalki, c’est-à-dire d’être en mesure de rétablir une liaison terrestre, le long de la frontière lituano-polonaise, entre Grodna (Biélorussie) et Kaliningrad (Russie) au cas où le million d’habitants de l’enclave russe serait assiégé par l’OTAN.

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