Taux d’emprunt : une baisse historique qui inquiète les économistes

 

Par MARION GUILLOU Publié le 15/08/2014

LE POINT

Jamais depuis la fin des années 1940 les taux des crédits immobiliers n’étaient descendus aussi bas et pendant aussi longtemps.

C’est historique : en France, on n’avait pas connu de tels taux d’emprunt depuis 1940. Selon les résultats de l’étude de l’Observatoire Crédit Logement CSA, les taux du crédit immobilier atteignent en moyenne 2,70 % en juillet 2014, contre 4 % début 2012. Depuis le début de l’année 2014, ils ont perdu 38 points de base. La baisse concerne tous les marchés, aussi bien le neuf que l’ancien et les travaux ; elle profite avant tout aux profils les plus solvables, déjà propriétaires d’un logement et souhaitant procéder à une nouvelle acquisition. Pour les primo-accédants, c’est moins net. Alors, bonne ou mauvaise nouvelle ? On aurait naturellement tendance à penser « bonne », puisque, mécaniquement, la faiblesse des taux de crédit rend les acheteurs plus solvables. Pourtant, il faut se méfier des effets pervers de cet apparent bienfait.

Des crédits peu margés couplés au risque d’une bulle immobilière

Tout d’abord, si, à première vue, les banques peuvent préserver leurs marges tout en accompagnant la baisse du coût du crédit pour les nouveaux prêts, la situation est différente pour les anciens crédits. Forcément, la baisse des taux provoque une vague de renégociations des crédits, que les banques acceptent bon gré mal gré sous peine de perdre des clients et de l’argent. Sans compter que les crédits immobiliers sont depuis toujours les produits par excellence pour fidéliser la clientèle. À cause de ces pratiques, les banques sont en train de mettre leur bilan en péril, avec des crédits peu ou pas margés qui pourraient se transformer en bombes à retardement. Au point que le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a tiré le signal d’alarme fin juillet. « Vous avez les taux les plus bas d’Europe, vous êtes les banques qui prêtez le moins cher sur toute la zone euro. Ce n’est pas une situation acceptable ! » a-t-il déclaré, selon Le Monde.

De plus, si le crédit est meilleur marché, les prix de l’immobilier, eux, augmentent. En effet, le crédit soutient la demande et permet aux acheteurs de supporter des niveaux de prix artificiellement plus élevés. C’est ce qu’on appelle la bulle immobilière. Si cette bulle devait éclater, les coûts engendrés pourraient être insupportables pour toute la communauté.

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Illustration : Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, a tiré le signal d’alarme fin juillet : « Vous avez les taux les plus bas d’Europe, vous êtes les banques qui prêtez le moins cher sur toute la zone euro. Ce n’est pas une situation acceptable ! » © Manuel Cohen / AFP

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.