Temps mort et carton rouge

Régis Ollivier, le 06 janvier 2019, Le Colonel 3.0

© Régis Ollivier

La situation que notre pays traverse est grave. Je n’ose pas user du mot gravissime car ce n’est pas encore un printemps de couleur. Mais ça y ressemble de plus en plus. Nous en sommes tous, à priori, pleinement conscient. À priori car je sais que nous sommes nombreux à nous interroger sur la position et les intentions de l’exécutif qui semble camper avec arrogance, droit dans ses bottes, sur le « ça suffit », face au « on ne lâche rien des gilets jaunes ». N’en doutons pas. La France d’en haut est inquiète. Celle d’en bas également.


À Paris, où plusieurs milliers de personnes se sont mobilisées, mais aussi en régions, les manifestations ont donné lieu à des scènes d’une gravité extrême, et intolérables. Les symboles mêmes de la République ont été violemment attaqués. C’est à la Nation que les casseurs s’en sont pris. Mais ils se sont également attaqué aux biens de citoyens n’ayant rien à voir, de près ou de loin avec ce mouvement qui prend des couleurs et des odeurs insurrectionnelles.

C’est la France dans ses fondements qui est menacée et il est temps de siffler la fin de la partie et de distribuer les cartons rouges.
Notre France est profondément divisée entre celle qui cautionne désormais ouvertement les graves dérives policières à l’endroit des manifestants, et celle qui cautionne les graves atteintes physiques à l’encontre de nos forces de l’ordre.

Cette situation est porteuse des germes de la guerre civile. 
Entre soutiens aux uns et soutiens aux autres, la société s’est fracturée de façon durable et dangereuse. Et j’ai glissé, moi aussi, d’un soutien inconditionnel aux uns, à un soutien inconditionnel aux autres. Méprisant ceux que j’avais, depuis des décennies, soutenus.
 

Ne nous trompons pas de combat. Revenons sur terre. Déclarons une trêve des hostilités, et asseyons-nous à la table des négociations. Il n’y a pas d’autre issue que la négociation. Tout le reste est contre-productif et porteur de germes de déstabilisation profonde de notre pays.
Mission impossible me direz vous, au prétexte que les Gilets Jaunes sont désorganisés et manquent d’une coordination nationale. C’est un prétexte fallacieux car depuis plus de quatre semaines, des figures marquantes du mouvement sont désormais visibles de tous.

Donnons du temps au temps. Comme le disait Nicolas Sarkozy, « il faut laisser du temps à Macron ». Et il sait de quoi il parle Sarkozy, lui dont nous attendons toujours le fameux Karcher. Lui dont nous payons très cher aujourd’hui les aventures et les amours illicites en Libye. Nous payons pour quatre à cinq décennies de laxisme et d’impéritie des différents gouvernements qui se sont succédés à la tête de la France. Aucun, je dis bien aucun, n’a eu suffisamment de courage pour mener à terme les fameuses et fumeuses réformes annoncées à grands renforts de mensonges lors des campagnes électorales. Rappellez-vous le fameux Mammouth qu’il fallait dégraisser. Voyez comment il est devenu… La liste est longue et non exhaustive.


Alors oui! Il est temps de laisser du temps au temps, à la fois au président de la République et aux Français réunis avec ses représentants autour des tables de négociations.

Les sujets ne manquent pas. Au premier rang desquels la suppression pure et simple, non négociable de la hausse de la CSG sur toutes les retraites. L’abolition du système démagogique et discriminatoire d’attribution de primes au mérite, ou, pire encore, pour services rendus, voire totalement inadmissibles comme celles attribuées aux hauts responsables de l’Armée française. Alignement des mandats électoraux sur celui du quinquennat, à savoir plus aucun mandat électif, du Maire au député, ne devra dépasser le stade des cinq ans, renouvelable une fois. Baisse drastique des indemnités des députés qui se présentent lors des élections comme étant « au service de la France et des Français » et donc de manière désintéressée… Le cumul des indemnités de Maire et de président ou vice-président d’agglomération ou d’intercommunalité. Diminution des dépenses de l’État. Pourquoi par exemple un ministère du « porte-parolat »? Là où un simple bureau à l’Élysée suffirait. Pourquoi rouler avec le nec plus ultra de Renault comme l’Espace de Bruno Le Maire? Et pourquoi le gouvernement ne se déplace t-il pas en Renault Zoé électrique. Des véhicules qu’il veut nous imposer à n’importe quel prix. Les cahiers de doléances sont pleins. Nous avons l’embarras du choix.

Et si l’on ne trouve pas de « représentants représentatifs » des Gilets Jaunes et de la colère des Français, « qu’ils viennent me chercher », je suis prêt à venir discuter avec les représentants du pouvoir autour de la table des négociations. De manière constructive. Pour que cessent toutes ces violences, toutes ces fractures, toutes ces divisions volontaires ou non. 

En attendant, il convient de nous ressaisir et de ne prendre parti ni pour les uns, ni pour les autres. Les violences policières comme celles faites aux policiers et gendarmes ne doivent pas être tolérées. Nous sommes un État de droit et non pas une République bananière, voire pire encore, une dictature. 

En ce qui me concerne, et pour conclure, loin de moi l’idée de faire amende honorable quant à mes publications ou écrits dénonçant les violences de Forces de l’Ordre disons particulièrement zélées. Mes réactions sont spontanées. Il n’est donc pas question de les renier. 

Néanmoins, j’estime qu’il est temps de faire une pause. Entre la passion et la raison, mon choix est fait. Ce sera la raison. La passion est synonyme de tension? De division. 

Je vous invite vivement à me rejoindre dans mon choix. Pour que la France retrouve toute sa sérénité.

Bien cordialement. 


Régis Ollivier

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

14 thoughts to “Temps mort et carton rouge”

  1. Pour être tout à fait honnête avec vous, je ne suis pas d’accord avec moi, avec mes écrits mais devants certains, comment dire… certains conseils, il m’a fallu rectifier un peu le cours réel ma pensée. D’où mon rajout à propos de faire ou non amende honorable. Bien à vous.

  2. Bonsoir,

    je doute que cela se finisse correctement pour Manu. Cela sera soit par l’armée ( peu probable ) soit par les services ( donc les réseaux donc ses propres soutiens, probable ) soit par le peuple ( peu probable, désolé ).

    Mais il n’y aura pas de gentil petit meli melo politicien comme on les connait depuis 10-20 ans. Les gentils petits meli melo, c’est pas français!

    Et ne l’oubliez pas, les stratèges étrangers se frottes les mains, car, en France, la mer s’est écartée devant eux … merde, ils sont joyeux ( vous, Regis, vous comprenez en tant qu’ancien des services ce que cela signifie … ça va pas devenir simple, cela va devenir épineux voir pas vraimeent glorieux: leur objectif sera de castrer quiconque mais aussi de butté toutes les entreprises et de récolter tous les cerveaux, de recruter beaucoup plus d’agent français … whaou, va falloir être droit … et c’est déjà ce qu’ils veulent … ce qu’ils ont anticipé car si peut l’imaginer, eux, l’ont déjà planifié ).

    Bref.

    Cordialement,
    6*7.

  3. Ouu, mille fois oui pour une pose.
    Des deux cotes.
    Je suis aussi pris entre deux feux.
    .
    Par respect de l ordre public je ne puis qu etre que du cote des forces de l ordre, mais je suis « gene » par certaines actions heureusement minoritaires de certains representants de l ordre.
    Donc oui temps mort des deux cotes.
    Par contre le gouvernement est issultant, meprisant, arrogant,.
    Le gouvernement utilise le  » foutage de gueule » surtout envers les retraites.
    Il donne un centime pour la poche de gauche et il en rackette dix dans la poche de droite.

  4. Visiteur régulier de votre site, je partage toujours vos opinions. Mais, là, pas d’accord ! alors, j’écris.
    Macron est arrivé au pouvoir par un véritable coup d’état et n’a aucune légitimité, ni même légalité. C’est lui qui attaque la France, la République, la Démocratie, notre histoire, notre civilisation, les français qui ne sont pas de sa caste.
    Et bien moi, je reste sur la passion, de mon pays, de ma culture, de mon peuple, même si il faut en passer par des épreuves pénibles, voir plus.
    La raison n’est pas toujours raisonnable.

  5. Bonjour camarade. Ce billet a une longue histoire et n’est pas là par hasard et sous cette forme qui constitue pour moi un virage à 180 degrés. Nous en reparlerons ailleurs. Amitiés.

  6. Pas OK Régis,
    Pas OK du tout.
    Un gouvernement qui use de mensonges comme stratégie pour accabler les plus faibles de taxes afin que les plus nantis soient encore plus privilégiés, moi je dis pas OK.
    Le procédé ( l’excuse de l’écologie ) démontre le peu de respect de ces nouveaux aristos pour le nouveau tiers état. Ils doivent partir, il faut qu’ils partent, il n’y a rien à attendre de ces gens.
    L’assemblée doit être dissoute et comme dans tout pays démocratique, il faut rendre la parole au peuple. On en est au point où le président ne peut plus sortir de son palais, je ne sais pas si tu te rends compte ce que cela signifie précisément.
    La classe supérieure a violé un référendum, la confiance est rompue définitivement avec ces gens. Il faut les dégager. il n’y a rien à attendre d’eux.
    La facture tombe aujourd’hui, il faut la régler. Personne n’y coupera. Une révolution est en marche, elle s’accomplira et tu le sais. La seule chose pour l’arrêter est le départ des fautifs, et ce n’est pas le peuple que l’on change. Macron se conduit comme un sale gosse égoïste qui ne comprends pas, qui ne veut pas admettre son échec. Il voit le pays comme sa chose. Il faut lui apprendre à respecter les gens.
    Qu’il s’en aille.
    Aprés on discute entre gens qui se respectent. Les institutions ont prévu tout ça. L’intérim est prévu, la dissolution est prévue. La république est respectée quand on applique ses règles.

  7. Il serait intéressant, en plus des gilets jaune, des stylos rouge, de voir apparaître sur la scène, les gilets kaki, vous savez, ceux de la Grande Muette, qui ferment toujours leur gueule, au sein d’une Institution cultivant l’amour du secret et du confidentiel.
    Rappelez-vous cette phrase essentielle, hélas jamais appliquée :
    « Que commander est de se demander quelles sont les conséquences que telle ou telle décision, si minime soit-elle, aura sur les hommes et les femmes que l’on a l’honneur de diriger, car toute autorité est un service et non pas un droit. »
    Général d’armée Pierre Le Jolis de Villiers de Saintignon
    Ancien Chef d’État-major des armées.
    Là aussi, il y a un sacré ménage à faire…

  8. Merci monsieur
    Excellente analyse et proposition en ésperant que vous soyez entendu. Mais le premier problème est qu on a un exécutif qui n écoute pas alors…

  9. C’est le sursaut de désespoir du condamné, le peuple français sait que sa survie est en jeu, survie financière bien sûr mais survie tout court. L’invasion africaine nous tue lentement et sûrement. Les 50 ans de pillage des caisses publiques locales et nationales ont lassés le citoyen qui n’attend qu’un signe d’espoir pour une révolution salvatrice. Ne tuons pas cette espérance. Merci pour votre site.

  10. Bonsoir Isabelle. Effectivement. Mais il en manque beaucoup d’autres. Je ne voulais pas alourdir mon texte mais je les ai en mémoire. S’ils viennent me chercher. LOL; Cordialement

  11. Je partage votre opinion. Ce que le PR veut et doit faire :
    -il l’a annoncé
    – c’est necedsaire
    – aucun PR avant ne l’a tenté.
    Dans votre liste des excès et passe droit, il en manque beaucoup.
    Dans le copinage passé, je guette des décisions sur le retrait de la grand croix de la LH à monsieur Ladreit de Lacharrière… Bien cordialement. Meilleurs vœux.

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