Tranches de vie par Régis Ollivier

Par Régis Ollivier le 25 mars 2014
Par Régis Ollivier le 25 mars 2014

 

 

En exclusivité aujourd’hui, je vous invite à découvrir une nouvelle « tranche de vie ».  Certains noms sont imaginaires, en revanche, les personnages de ce roman ou « les héros » comme il est de tradition de dire, ne le sont pas. Néanmoins, toute ressemblance avec d’autres personnages que les miens ne serait qu’une pure coïncidence. Bonne lecture. J’attends vos éventuels commentaires. //RO

 

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Marc est aux anges. Sophie vient de lui déposer sur ses lèvres un discret baiser d’amour pour l’extirper du sommeil profond dans lequel il était plongé. Ce n’est pas le matin. C’est la sacro sainte sieste que Marc s’accorde chaque jour. La chambre est plongée dans l’obscurité totale (son médecin lui déconseille pourtant fortement) et les bouchons d’oreilles sont profondément enfoncés. Marc et Sophie forment un vieux couple déjà. Trente cinq ans de bonheur. Partagés de hauts et de bas. La vie n’est pas un long fleuve tranquille se dit-il souvent. Il existe entre eux un très grand amour mais aussi beaucoup de tendresse. La tendresse bordel! c’est important. Sophie est un petit brin de femme adorable avec sept ans de moins que Marc.

Marc a rencontré Sophie par hasard en région parisienne en 1979. Il rentrait d’un séjour de deux ans passés dans les troupes d’élites du 5ème RIAOM à Djibouti. Le bac à sable de l’armée française comme les journalistes se complaisent à le dire et à l’écrire. En effet, les soldes, à l’époque, y étaient très confortables. Jeune sergent, Marc partageait une chambre avec un bon ami, Jacques. Il avait fait la connaissance de l’épouse de Jacques à l’occasion d’un séjour qu’elle avait effectué sur place.
C’est au domicile de Ghislaine, -le prénom lui revient à l’instant-, que Marc remarqua du balcon ce superbe brin de fille qui entrait dans le même immeuble que celui de Ghislaine. Pas très grande, un peu boulotte sur les bords se disait Marc, les joues potelées et roses. Ce fut un quasi coup de foudre. D’autant plus rapide que Sophie habitait chez ses parents au même étage que son amie. Les deux femmes se connaissaient et s’appréciaient. Ghislaine proposa donc de lui présenter sa jolie voisine. Marc s’en souvient comme si c’était hier.
Le premier contact avec Sophie ne se déroula pas exactement comme Marc l’avait imaginé, espéré, souhaité. Sophie n’est pas tombé d’emblée dans les bras de Marc. Il faut dire qu’en voulant chasser une misogynie sous-jacente, Marc s’est plutôt placé en position de macho lors de cette première rencontre. Qu’à cela ne tienne. Il la reverrait coûte que coûte.
A l’occasion de confidences, et avant la rencontre de ce jour, Ghislaine lui avait en effet confié que Marc, lors de son séjour à Djibouti, vivait « à la colle » avec une vieille qui aurait pu être sa mère. Ce qui était vrai. D’où peut être le regard inquisiteur que Sophie posait sur Marc à l’occasion de cette présentation.
C’était son époque un peu folle à Marc. Celle où il grimpait sur tout ce qui passait à sa proximité. A l’époque, on aurait dit « un queutard »….. ! Comme quoi, on l’est tous un jour. Plus ou moins. Suivez mon regard. Marc au moins effectuait ses visites galantes en voiture, lui. Pas comme ce guignol de François Hollande qui va mettre à jour son carnet de tirs en scooter.
Mon Dieu, se dit-il, il s’en passait à Djibouti. Cette vieille folle qui picolait plus que lui, et c’est peu dire, il avait du la quitter en cachette, se barrer en catimini tellement elle lui pompait son fric en alcool, pour un résultat au lit bien décevant. En plus, elle refoulait du goulot. Un jour, il a donc décidé de se casser. Ce qui lui valu quelques ennuis car la guéparde est allé se plaindre à son chef, un capitaine, à qui elle raconta que Marc l’avait cambriolé avant de prendre la clé des champs. Quelle garce se dit encore Marc. La prochaine fois, il ira aux putes!
En parlant de prostituées, celles-ci étaient omniprésentes dans sa vie sur place. Surtout lors de son premier séjour à Djibouti, de 1971 à 1973. La chaleur sans doute. Marc était alors âgé d’à peine dix neuf ans. Il se souvient parfois avec horreur des bouges les plus infâmes qu’il avait fréquentés. Son pire souvenir reste celui d’une « nuit d’amour » où, complètement fumé, il avait récupéré bien tardivement une belle jeune femme sous un réverbère diffusant une lumière blafarde. Il en avait été surpris car, vue l’heure à laquelle il s’était mis en chasse, trouver une telle créature relevait de la chance, de la bonne étoile. Hélas! Marc en tremble encore. Il avait passé la nuit chez elle, dans un bouge tout aussi infâme  et s’était réveillé quelques heures plus tard, à peine dégrisé, avec une vision apocalyptique. La fée s’était transformée en une horrible créature ridée de partout. Marc avait pris ses jambes à son cou. Durant des jours et des nuits, il a cauchemardé. Une seule question le hantait «  Putain! pourvu que je ne lui ai pas fait la totale » se disait-il en regardant sa langue dans le miroir…..
La langue est restée bien en place et Marc jura, mais un peu tard, qu’on le l’y prendrait plus. Ce qui ne l’empêcha de tomber dans les griffes de cette vieille cougarde à l’occasion d’un autre séjour dans cette Corne de l’Afrique pleine de surprises.
Quelle chance il avait eu de rencontrer Sophie. La relation allait en s’améliorant. Sophie était âgée d’un peu plus de dix neuf ans. Marc lui en affichait déjà vingt-six. Et puis Marc n’était pas pressé. Il n’était plus du genre à coucher le premier jour. Il voulait faire le tour du propriétaire en quelque sorte. Il s’était assagi. Qui va doucement va sûrement.
Sophie présenta Marc à ses parents. Une relation qui ne fut pas de tout repos s’instaura avec une mère disons particulière et un père anti-militariste, toujours entre deux vins. La relation se détériora tellement vite que six mois plus, Marc et Sophie choisirent de se marier et d’aller vivre dans l’appartement de Marc à Chantilly. A vingt ans et vingt sept ans, Marc et Sophie décidèrent de s’unir pour le meilleur et pour le pire. Les mauvaises langues prédirent un mariage qui ne durerait pas plus de six mois.
 
Le pire est passé et trente cinq ans se sont écoulés. Marc est encore plus amoureux de Sophie qu’au premier jour. Elle lui donnera quatre superbes enfants.
A suivre.

6 réflexions au sujet de “Tranches de vie par Régis Ollivier”

  1. Merci beaucoup Alain. Ma devise était et est toujours « la rigueur dans la bonne humeur ». Les deux y étaient. Je conserve moi aussi d’excellents souvenirs de mes hommes. Cordialement

  2. trait de personnalité ne m’a jamais quitté. La morale non plus. Cela m’a valu quelques désagréments dans ma carrière mais une chose est certaine : les hommes et femmes sous mes ordres m’adoraient. Ce n’est pas forcément
    Je ne vous connais pas personnellement, mais je suis convaincu que les soldats sous vos ordres ont gardé de très bons souvenirs de leur Chef. Et des meneurs d’hommes cela existe encore
    A la prochaine tranche de vie mon Colonel, toujours un plaisir de vous lire.
    Cordialement

  3. Merci. Encore une fois, c’est du spontanée. Sophie par exemple m’a vraiment réveillé de la sorte hier après-midi. Ce qui m’a donné le fil directeur de ma nouvelle tranche de vie. Cordialement. Régis 😉

  4. merci Mary, mais en fait, j’ai toujours été un grand sensible. Ce trait de personnalité ne m’a jamais quitté.La morale non plus. Cela m’a valu quelques désagréments dans ma carrière mais une chose est certaine : les hommes et femmes sous mes ordres m’adoraient. Ce n’est pas forcément ce que l’on attends d’un chef de guerre. Mais c’est ainsi. Vous comprendrez pourquoi par la suite. Dans d’autres tranches de vie à venir. Mais je dois « consulter » auparavant une amie psychologue pour savoir si Marc peut tout dévoiler ou encore et toujours garder en lui toute la souffrance qu’il a endurée. Je ne sais pas. J’hésite. Bonne journée à vous Mary. //RO

  5. Il y a dans votre récit, en dépit du côté baroudeur militaire, un autre côté fleur bleue empreint de discernement, la morale en fait ne vous a jamais quitté.
    Parler de morale aujourd’hui dans une société si amorale, j’avoue que cela fait du bien.
    Bonne journée.

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