Par Régis Ollivier, le 26 septembre 2016

 

 

 

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Nu et seul dans la salle de bains, Marc Brémont procède à une revue de détails méthodique de son corps. Son constat est … accablant.  Il est d’emblée persuadé qu’il a pris un sacré coup de vieux. Le visage en premier. Quelle tristesse cette mine de chien battu. Les traits sont plus distendus qu’à l’accoutumée. Il faut dire que depuis un certain temps, il néglige systématiquement  les différents produits qu’il utilisait pour son visage. Anti-rides, anti-cernes, anti-tout… Plus le temps. Ou plutôt plus l’envie.
Coté ventre, rien de dramatique. Pas vraiment de bide mais il est convaincu qu’il faudra surveiller sa ligne. S’il arrêtait de grignoter toute la journée, ça devrait s’améliorer. Non, selon lui, le pire c’est cette absence de muscles. Tout est flasque. Mou. C’est un peu la débandade se dit-il. Du coté muscles, ça ne bande plus. La seule partie de son anatomie qu’il parvient encore à faire bander c’est… Tiens! pour vérifier si tout allait bien de ce coté là, l’autre jour il a fait un test qu’il adorait faire devant ses conquêtes lorsqu’il était plus jeune. Il a posé sur son sexe en érection une grande serviette de bain pour s’assurer de la rigidité de son membre (encore) viril. Et Ô miracle, la serviette de bain ne s’est pas retrouvée à ses pieds. Ouais! Mais ça ne suffit pas pour faire de lui le sexygénaire flamboyant qu’il prétend être.
Coté cheveux, ça va car Sophie veille au grain en l’obligeant à refaire sa coloration tous les deux mois. Marc râle souvent mais après coup, il reconnait que c’est un passage obligé pour avoir une meilleure mine. S’il a encore tous ses cheveux, ceux-ci sont à la fois blancs, gris, un peu pisseux parfois. Et là c’est terrible. 
Aujourd’hui, en se regardant dans le miroir, les yeux dans ses yeux, il constate que la barbe de trois jours, grise elle aussi, n’arrange rien à son look de sexagénaire. 
Alors, toujours les yeux dans ses yeux, Marc se dit qu’il ferait bien de changer son style de vie.
Alors, promis juré, il se dit que, comme il a su si bien le faire pour l’alcool il y a désormais huit années, il doit arrêter le tabac. Là aussi, il en est convaincu, le tabac c’est de la merde. En plus ça lui coute la peau des fesses. Pas moins de 150 euros tous les mois. Il se dit qu’avec cette somme, à l’époque où il faut tout compter, il pourrait faire autre chose. Ouais! C’est décidé. Demain il arrête. Sa conscience l’interpelle aussitôt pour lui demander « pourquoi pas tout de suite ? « . Il balaie d’un revers de la main et retourne à d’autres pensées. 
Là aussi il pense qu’il pourrait revoir la façon dont il occupe ses journées. C’est presque huit heures devant l’ordinateur à faire le tour de l’actualité nationale et internationale. Et comme l’actualité est déprimante. Plus. Elle est littéralement anxiogène et cela se reporte sur son moral. Il déprime lui aussi. Quand il voit le spectacle du monde.
Donc, dans ce domaine, il y a de quoi faire. Comme par exemple tous les travaux qu’il n’a pas fait depuis trois ans. Depuis qu’il a lancé son blog et toutes les publications autour de sa marque de fabrique mondialement connue. Après tout, il a un excellent collaborateur et une excellente collaboratrice et amis qui gèrent parfaitement ses pages d’actualités. Ca tourne très bien après tout. Oui, là aussi, il y a de quoi faire. C’est certain.
Ca lui permettrait de faire autre chose. Comme un peu de sport. Et de se concentrer sur des travaux d’écriture qu’il délaisse de plus en plus. Ce ne sont pas les idées qui lui manquent. 
Afin d’éviter le burn-out 2.0 qui le guette régulièrement, il est intimement persuadé qu’il doit prendre du recul. Alors, c’est décidé. Brémont va changer de vie. Non, Brémont change de vie. Demain. Promis. Juré.
Enfin! On en reparle…
Illustration : jj-tryskel.hautetfort.com