Par Régis Ollivier, le 21 avril 2017

Tranches de vie – Le Colonel


 


 

De manière tout à fait exceptionnelle, Marc Brémont a enfin quitté le bouge infâme dans lequel il se trouvait depuis plus d’un an, au fin fond d’un trou du cul du monde et, à événement exceptionnel, cadeau exceptionnel. Marc Brémont a souhaité, en exclusivité, s’adresser à vous directement. Sans passer par son narrateur. Le voici. //RO

 

A événement exceptionnel – la présidentielle 2017 – présence exceptionnelle. J’ai en effet choisi de sortir de mon bouge infâme au fin fond d’un trou du cul du monde, quelque part sur la planète. Car des trous du cul du monde, il en subsiste encore beaucoup. Jadis, lorsque l’on parlait de trou du cul du monde, c’était, dans la Coloniale, pour parler de Djibouti. C’était encore le Territoire Français des Afars et des Issas (TFAI). Et puis lorsque l’indépendance fut venue, comme par miracle, Djibouti a cessé d’être le trou du cul du monde pour devenir « le bac à sable de l’armée française ». On se battait pour aller à Djibouti. Les soldes étaient très confortables. On y faisait du « Franc Djibouti ». Beaucoup de Francs Djibouti qui, avec le change, faisaient énormément de Francs français. Alors c’est simple. Pourquoi le bac à sable de l’armée française ? Principalement pour ça et pour beaucoup d’autres avantages non négligeables.

Du coup, lorsqu’on donnait un coup de pied dans une poubelle, il en sortait dix colonels. Et des poubelles, Dieu sait s’il y en avait à Djibouti.

Lors de mon second et troisième séjour à Djibouti, j’ai eu connaissance des pires détournements de fonds jusqu’aux plus haut de la hiérarchie militaire. Je ne diffame pas. Il suffit de faire les recherches ad hoc sur internet. Tout le monde ou presque détournait en rond. Jusqu’au Deus inter pares. Mais comme tout a une fin, cela s’est terminée en justice.

Mais là je digresse. Revenons à notre sujet, l’élection présidentielle dont la campagne prend fin ce soir. Vous ne pouvez pas savoir comme je suis soulagé que cette première phase soit terminée.

Lorsque j’étais jeune soldat, je fréquentais assidument les bouges les plus infâmes de Djibouti. C’était parfois horrible. Je me demande comment je n’y ai pas perdu mes attributs sexuels. Alors, lorsque je rentrais en France pour me ressourcer, jeune célibataire, je me rendais parfois dans des maisons closes de la capitale. J’allais aux putes. Des putes de luxe. 500 balles la passe. Mais je faisais moi aussi du Franc Djibouti, alors je ne comptais pas.

Ca se passait du coté de Pigalle. Avec la mère maquerelle qui va bien. Qui vous toise de la tête aux pieds la première fois. Et 500 balles en deux chèques avec carte d’identité s’il vous plait…

Et le grand show commençait. Une dizaine de jeunes filles, des étudiantes m’avait-on dit, toutes plus belles les unes que les autres. Sissi, Clara, Eva, Ségolène… Non pas Ségolène, je déconne. Y avait qu’à choisir et direction la chambre. Il y avait toujours le même rituel. Se déshabiller bien sûr. Mais le plus croustillant, c’est quand il fallait monter sur un petit marchepied qui vous mettait le service trois pièces à la hauteur du lavabo pour un petit shampoing sur le baigneur. Je m’y pliais de bonne grâce. Mais j’ai toujours été étonné que la charmante jeune fille ne se rafraichisse jamais, elle, la foufoune. Bin oui quoi! 

En parlant de foufounes, j’ai toujours crû, lorsque j’étais jeune, que les asiatiques avait la foufoune à l’horizontale. Un peu comme leurs yeux. Bridés. Imaginez un peu. Une foufounes bridée. Ca faisait peur à l’époque.

Ce que je détestais par dessus tout, c’était la clim. Putain, qu’est-ce qu’il faisait froid dans leurs pioles. Et naturellement, Popol qui trouvait rien de mieux que de rentrer dans sa coquille. La honte.

Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce que les élections présidentielles ça me fait penser à un bordel. Car de fait c’est un bordel infâme. Alors on nous fait entrer pour le grand show les onze impétrants qui défilent devant nous. Qui nous vantent leurs mérites. Qui nous bassinent avec leurs promesses et leurs mensonges du genre « viens avec moi je fais la meilleure turlutte du monde ». Question : « vous faites la turlutte de Formose ? ». Réponse : « heu, non ».  Sauf que là, personne n’est réellement canon. Mais il vous faut choisir quand même. Limite il y a le petit jeune. Suivez mon regard… Mais bon, c’est pas trop mon style. 

Donc, on vous demande d’en prendre pour cinq ans avec quelqu’un que vous ne pouvez pas saquer. C’est vraiment le bordel en France. Alors moi je vous le dis, bordel pour bordel, je préfère encore aller aux putes. Aux vraies. 

Bientôt nous aurons un nouveau présidente ou une présidente. Qu’à cela ne tienne et advienne que pourra à la France. Moi je retournerai dans mon bouge infâme. 

Je vous salue bien