Par Régis Ollivier, le 09 février 2016
Une publication lecolonel.net

 

 

En exclusivité aujourd’hui, je vous invite à découvrir une nouvelle « tranche de vie ». Certains noms sont imaginaires, en revanche, les personnages ne le sont pas. Néanmoins, je veux croire que toute ressemblance avec d’autres personnages que les miens ne serait qu’une pure coïncidence. Bonne lecture. //RO

 

#JeSuisPiquemal

 

Deux jours que ça dure. Deux jours qu’il fulmine, est agité et dort très mal. Il ne manquait que cette affaire pour pourrir plus encore une conjoncture déjà fortement délétère. Il avait beau retourner dans tous les sens cette fameuse « affaire Piquemal », il en revenait toujours à cette même interrogation  : « qu’allait faire Piquemal dans cette galère calaisienne » ?

Marc Brémont tentait vainement de faire le tri de toutes les informations qu’il avait en sa possession, contactait quelques amis de confiance tandis que les réseaux sociaux s’embrasaient littéralement. Les vidéos et les photos ne manquaient pas et montraient que le général contestataire s’était fait embarqué sans être visiblement trop molesté, comme si les forces de l’ordre avaient voulu le soustraire d’emblée afin de lui éviter des désagréments physiques supplémentaires qui auraient pu faire du septuagénaire un martyr. Avec cette arrestation, le pouvoir entendait frapper très fort et étouffer dans l’oeuf une contestation grandissante au sein de la Grande Muette. Un geste éminemment politique pour Marc Brémont. Et une erreur monumentale aux conséquences imprévisibles. Ce pouvoir est vraiment pourri jusqu’à la moelle.

Marc hésitait quant à l’attitude à adopter. « Après tout, la manifestation était interdite et quand on est un poireau 4 étoiles, avec un placard de décorations grand comme mes fesses témoignant d’un passé glorieux au service de la France, on ne va pas s’acoquiner avec des ultras de tous bords. C’est quoi ce bordel ». Piquemal semble avoir toute sa tête pourtant. Marc ne comprend toujours pas qu’elle mouche a bien pu piquer ce grand serviteur de l’Etat. Etre général ne met pas au dessus des lois, fussent-elles transgressées au quotidien par le laxisme, mais surtout la bienveillance dont font preuve les socialistes dans le cadre du mandat qui leur a été accordé par le peuple.

Solidement encadré par des forces de l’ordre régulières et d’autres peu légales, voilà notre débonnaire, qui ne voulait certainement pas en découdre avec elles, placé en garde à vue et encellulé. Non sans avoir été traité comme un malpropre lors d’une fouille, les mains plaquées contre le mur. Là encore, que la honte s’abatte sur celles et ceux qui ont ordonné de telles mesures.

Marc se dit que confronté à l’obligation d’exécuter de tels ordres, c’est très certainement à son propre domicile qu’il aurait placé en garde à vue le général Piquemal. Mais une fois de plus, ne mélangeons pas les torchons et les serviettes. A ce propos, il se souvient que lorsqu’il était en poste pour la DGSE dans un pays africain en proie à une grande crise proche de la guerre civile, avec son prédécesseur, ils avaient exfiltré et abrité un haut dignitaire du pouvoir déchu, avant qu’il ne soit lynché voire massacré par la foule en délire, et ce sans en référer à la hiérarchie du siège Boulevard Mortier. Ils avaient pris leurs responsabilités. A leurs risques et périls. Paris n’en a jamais rien su.

Bien qu’il se déclare solidaire de l’homme, Marc regrette que cette action ait été menée par ce grand soldat de la république. L’enchainement des faits aura provoqué une fracture importante à tous les niveaux de la pyramide des grades au sein de l’institution, et notamment au sein de la Légion étrangère. Les généraux se sont divisés sur la conduite à tenir. S’en tenant pour certains aux ordres venus d’en haut. Pour d’autres à leurs valeurs de militaires. Brémont en est persuadé, à ce stade, la Grande muette n’en sort pas grandie. Et la répression ne fait que commencer. Le pouvoir sort vainqueur de ce round avec l’armée qui va devoir très certainement devoir rentrer dans le rang. Avec en toile de fond, le règne du « vos gueules là-dedans ». Nul ne sait, à ce stade, comment se terminera ce bras de fer.  C’est la grogne à tous les étages. Les citoyens « lambda » comme les militaires ou tout ce qui porte uniforme. Il est d’ailleurs revenu à Marc Brémont que de très fortes tensions sont apparues lors d’une réunion qui devait définir le mode d’action à mettre en oeuvre à l’occasion de cette manifestation. Pour lui, le feu couve. Sous les généraux, les pavés. Gageons que l’institution saura ressouder sa cohésion. C’est l’espoir de Marc Brémont.

Mais cela restera un bien triste épisode de notre Histoire de France. 

 

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Illustration : Secret agent – A james bond-like image of a man in a suit.
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