Tranches De Vie

Marc Brémont, sexygénaire, officier atypique en retraite, ancien de la Coloniale et de la DGSE, se raconte dans un style qui est le sien : brut de décoffrage

Étiquette : armée

Xavier Le DRAOULLEC : Tranche de vie d’un blessé de guerre

XAVIER TRAPEZE, le 20 févr. 2016

Le Colonel 2.0 et Youtube

 

J’ai choisi de partager avec vous cette tranche de vie de Xavier Le Draoullec sur le blog dédié aux tranches de vie de Marc Brémont. Bien cordialement. //RO

 

 

 

A regarder sur Youtube

 

 

 

Le regard de Marc Brémont sur l’affaire Piquemal

Par Régis Ollivier, le 09 février 2016
Une publication lecolonel.net

 

 

En exclusivité aujourd’hui, je vous invite à découvrir une nouvelle « tranche de vie ». Certains noms sont imaginaires, en revanche, les personnages ne le sont pas. Néanmoins, je veux croire que toute ressemblance avec d’autres personnages que les miens ne serait qu’une pure coïncidence. Bonne lecture. //RO

 

#JeSuisPiquemal

 

Deux jours que ça dure. Deux jours qu’il fulmine, est agité et dort très mal. Il ne manquait que cette affaire pour pourrir plus encore une conjoncture déjà fortement délétère. Il avait beau retourner dans tous les sens cette fameuse « affaire Piquemal », il en revenait toujours à cette même interrogation  : « qu’allait faire Piquemal dans cette galère calaisienne » ?

Marc Brémont tentait vainement de faire le tri de toutes les informations qu’il avait en sa possession, contactait quelques amis de confiance tandis que les réseaux sociaux s’embrasaient littéralement. Les vidéos et les photos ne manquaient pas et montraient que le général contestataire s’était fait embarqué sans être visiblement trop molesté, comme si les forces de l’ordre avaient voulu le soustraire d’emblée afin de lui éviter des désagréments physiques supplémentaires qui auraient pu faire du septuagénaire un martyr. Avec cette arrestation, le pouvoir entendait frapper très fort et étouffer dans l’oeuf une contestation grandissante au sein de la Grande Muette. Un geste éminemment politique pour Marc Brémont. Et une erreur monumentale aux conséquences imprévisibles. Ce pouvoir est vraiment pourri jusqu’à la moelle.

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Un burn-out décisif

Par Régis Ollivier le 04 octobre 2015

Une publication lecolonel.net

 

En exclusivité aujourd’hui, je vous invite à découvrir une nouvelle « tranche de vie ». Certains noms sont imaginaires, en revanche, les personnages ne le sont pas. Néanmoins, je veux croire que toute ressemblance avec d’autres personnages que les miens ne serait qu’une pure coïncidence. Bonne lecture. //RO

 

Comme tous les jours, comme tous les soirs, le périphérique parisien est saturé lorsque Marc Brémont quitte son bureau du boulevard Mortier, siège de la DGSE, à 19 heures. La Piscine pour les uns. La Boite ou la Centrale pour celles et ceux qui y travaillent.

Marc a pris ses fonctions à 06 heures. Il arrive en même temps que le personnel de nettoyage. Parfois même avant ces hommes et femmes qu’il connait bien. Il devise brièvement et de manière très sympathique avec eux. Juste quelques mots car il n’a pas de temps à perdre. On le suit à la trace Marc Brémont de bon matin avec les effluves de parfum qu’il laisse derrière lui. Le temps d’ouvrir les coffres et de lancer les ordinateurs, il fait couler son café et s’offre parfois le luxe de fumer une Dunhill dans son bureau, ce qui est interdit depuis la loi Évin. Porte fermée et fenêtres grandes ouvertes. Pour l’odeur.

En moins de deux heures de temps, Marc doit lire et trier le renseignement tombé durant la nuit en provenance de toutes les antennes de la DGSE à travers le monde afin d’en faire une sélection fine et pointue, mise en valeur pour que l’essentiel du message saute aux yeux de sa hiérarchie sans que celle-ci ne soit contrainte de lire l’intégralité du message. Son expérience lui autorise de laisser quelques annotations pour aider à la compréhension et à la décision.

Rien ne doit lui échapper, sinon c’est la cata. Marc a le souvenir désagréable de son Directeur du Renseignement débarquant la mine défaite dans son bureau suite à la réunion des directeurs, présidée par le directeur général de la boite, au cours de laquelle le DG avait évoqué une affaire sérieuse qui lui avait échappée et pour cause. Ce message avait également échappé à la vigilance de Marc, sans doute à cause d’un mauvais choix de timbre. Son directeur, énarque, en poste depuis de très nombreuses années n’avait guère apprécié cette situation et à son visage, Marc avait compris l’étendue du désastre. La situation était comique et il riait intérieurement. Mais Marc était très attaché à son Directeur. Et cela le mettait quand même mal à l’aise. En cette période de congés, Il travaillait douze à treize heures par jour. Auxquelles il fallait ajouter quelques heures supplémentaires le dimanche matin. Ceci expliquant cela.

Après une heure de galère sur le périphérique, il arrive enfin sur un itinéraire plus fluide que lui a indiqué son TomTom. Au volant de sa voiture de service, il s’engage sur une voie rapide. D’après son GPS, il devrait parvenir à destination un peu avant 20 heures. Juste pour passer à table.

Marc Brémont est exténué par ces rythmes de travail que son job lui impose. Certes, son salaire est confortable, il dispose d’un véhicule neuf pour ses déplacements et de primes de sujétion. Mais il adore son job. Son directeur, que l’on surnomme entre intimes Dédé, a l’habitude de présenter Marc  comme « l’homme le mieux informé de la DGSE ». C’est bien vrai. Et sa hiérarchie fait beaucoup pour le conserver dans ses fonctions. Au besoin en fermant les yeux sur certaines de ses sautes d’humeur ou coups de gueule retentissants.  Quand Brémont est de mauvais poil, ça se sait…

Marc est absorbé par ses pensées et lutte tant bien que mal contre l’endormissement qui le guette. Malgré la climatisation. Malgré la radio en sur-volume, lui qui déteste écouter la radio en conduisant. Alors, il roule tranquillement sur la voie de droite bien en dessous de la vitesse autorisée. Il sent que ses mains ne tiennent plus le volant. Se concentre à nouveau. Pas question de s’arrêter sur cette route à trois voies.

Quelques instants plus tard, son véhicule quitte la voie de droite pour se glisser inexorablement sur la voie centrale, puis sur la voie la plus rapide à gauche. Marc ne se rend compte de rien. Il vient de s’endormir au volant. Son pied s’est fait moins lourd, mais le véhicule de dirige vers le terre-plein central. Un concert de klaxon rageur le tire in-extrémis de sa torpeur, juste avant cette séparation naturelle de la voie rapide, non équipée de barrières de sécurité. Marc reprend le cap, non sans se faire copieusement insulter par les conducteurs des véhicules qui le suivaient.

Cette fois-ci, c’en était décidé. Marc Brémont prendrait sa retraite dès que possible. Il se donne trois mois pour quitter ses fonctions. Après tout, il était parvenu à 43 ans de bons et loyaux services et était fatigué. De plus, il souffrait le martyr depuis qu’il était atteint de ce qu’il appelait « le syndrome du mulot ». Une manipulation trop intense de la souris d’ordinateur qui générait des douleurs au niveau de l’épaule droite. Des douleurs insupportables.

Mais annoncer à sa hiérarchie qu’il allait faire valoir ses droits à la retraite n’allait pas être une mince affaire car la place qu’il occupait attirait peu de candidats à sa succession  et la relève allait être difficile. Peu importe. Son choix était fait. Il en avait d’ailleurs discuté avec Sophie qui, sans l’encourager dans ce sens car, disait-elle « c’est ton choix qui doit prévaloir », l’approuvait néanmoins. Ces cadences infernales étaient intenables à son âge.

Le week end lui permettrait de murir sa décision. Marc informa sa hiérarchie qui lui proposa un délai de réflexion mais devant les arguments développés par Brémont, celle-ci entérina sans trop de difficultés. Un prévis de trois mois courait, laissant à sa direction le temps de lui trouver un successeur.

De fait, la perle rare, et surtout volontaire, sortit de l’ombre, comme par magie, plusieurs mois après le départ effectif de Marc Brémont.

Aujourd’hui, s’il ne regrette pas cette décision, Marc Brémont supporte mal sa nouvelle vie de retraité qu’il considère comme l’antichambre de la mort.

 

 

J’avais un ami, un frère d’armes…

Par Régis Ollivier le 27 octobre 2014

Une publication lecolonel.net

 

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En exclusivité aujourd’hui, je vous invite à découvrir une nouvelle « tranche de vie ». Certains noms sont imaginaires, en revanche, les personnages ne le sont pas. Néanmoins, je veux croire que toute ressemblance avec d’autres personnages que les miens ne serait qu’une pure coïncidence. Bonne lecture. //RO

 

Je parlais ce matin sur un autre blog et sur un tout autre sujet de l’odeur de la mort politique des familles qui (dé)composent la gauche ici.

Tout le monde ne peut pas connaitre cette véritable odeur de mort, quand elle rôde mais surtout lorsqu’elle a frappé! Marc Brémont lui connait bien cette odeur et les réactions qu’elle provoque. Pour y avoir été confronté lui-même, mais aussi et surtout pour avoir été confronté à celle des autres. Celle des camarades, celle des amis, celle des autres, de la famille, des frères d’armes…

Lui qui ne cesse de répéter qu’il était né sous une mauvaise étoile, lorsqu’il pense à cette mort qui l’a épargnée, parfois grâce à beaucoup de chance, il se dit que cette étoile n’était pas si terne que ça.

Marc se souvient plus particulièrement d’une mort (en plus de celle qui avait endeuillée sa propre famille en emportant sa soeur âgée d’à peine 20 ans) qui l’a profondément marquée. A tel point qu’il y pense encore aujourd’hui. Une mort violente. De visu.

Marc Brémont se revoit il y a plusieurs décennies de cela. C’était à Djibouti. Ce jour là, il effectuait une garde d’honneur devant le cercueil d’un sous-officier mort en service. Un cercueil sur lequel reposaient le képi et les décorations du militaire. Une tente avait été dressée sous forme de chapelle ardente. Il devait être aux environs de trois heures du matin. La température dépassait déjà les 30 degrés mais surtout le taux d’humidité flirtait avec les 90%, comme d’habitude. En tenue de cérémonie, au garde à vous l’arme au pied, Marc dégoulinait de transpiration. Celle-ci lui ruisselait entre les omoplates et le long du sternum. Pire encore, elle coulait à grosses gouttes de son front à cause du képi qu’il portait. Le mouchoir qu’il se servait pour s’éponger était lui aussi trempé désormais.

Sur la terre battu, il voyait les tarentules et autres insectes tout aussi désagréables comme les scorpions partir en chasse. Ces bestioles l’effrayaient un peu quand même.  Au loin, des chiens errants hurlaient et le muezzin n’allait sans doute pas tarder à faire son appel à la prière.

Marc était persuadé qu’il n’en était rien, mais il avait le sentiment que la chapelle ardente dégageait une affreuse odeur de mort. Une odeur qui lui remuait les tripes, une odeur qui lui donnait la nausée. Il ne se sentait pas bien du tout. Il aurait voulu que tout ça ne soit qu’un mauvais cauchemar mais la dépouille était là, bien présente, dans son cercueil de plomb et de bois. Marc avait envie de pleurer. Il se retenait. Il n’allait pas ajouter des larmes à la sueur…

Car le soldat qui reposait devant lui n’était autre que son ami. Son meilleur ami. Mort de manière stupide. Comme toutes les morts d’ailleurs.

Son impression de malaise était encore décuplée. Alors, pour se donner le change, Marc abandonnait sa position martiale et s’approchait du cercueil. Il posait délicatement la main sur le drapeau, puis sur le bois qu’il caressait comme s’il caressait le bras de son ami pour le réconforter d’une mauvaise situation. Et puis Marc lui parlait. Il l’engueulait même… « putain, tu fais chier. Tu pouvais pas faire attention. Qu’est-ce que je vais faire sans toi désormais? Et tes parents putain ».

Marc sait que la relève va arriver dans quelques minutes. Alors, il pose son arme et se reconditionne comme il peut. Puis il reprend sa position martiale. Au garde-à-vous, l’arme au pied. En l’honneur de son ami. Ce frère d’armes perdu à tout jamais.

Et au nom de Dieu! Vive la coloniale se dit-il.

 

 

 

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