Tranches De Vie

Marc Brémont, sexygénaire, officier atypique en retraite, ancien de la Coloniale et de la DGSE, se raconte dans un style qui est le sien : brut de décoffrage

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« Putain! Quel monde de merde… « 

Par Régis Ollivier, le18 août 2017

Tranches de vie – Le Colonel

 

 

 

 

Planté devant la baie vitrée, Marc Brémont  est dépité. Trois jours qu’il pleut et aujourd’hui, ce sont des trombes d’eau qui s’abattent sur la ville. Le terrain de la maison est inondé et c’est un véritable bourbier.  Tout ceci le met d’une humeur massacrante car il ne sait pas encore comment il va s’y prendre pour sortir le chien. Dès qu’il pleut, elle décide de ne plus faire ses besoins. Bon, elle est adorable mais un peu stupide la Chipie. Soupirs prolongés de Marc qui retourne à ses pensées.

Et Dieu sait si elles sont sombres ses pensées. Les attentats terroristes de cette nuit en Espagne l’ont profondément bouleversé. Ça lui tord les tripes en plus de lui donner envie de gerber.

Et comme à chaque fois, ça tourne en boucle sur les chaines d’information continue. Ça s’interroge. Ça questionne les mêmes experts et les mêmes spécialistes. Ça pose des questions à la mord-moi-le-noeud et en plus, ça s’interroge sur le fait que les autorités espagnoles puissent évoquer aussi rapidement « la piste terroriste ». Pauvre France qui ne voit nulle part de terroristes chez nous. Quel enfumage.

Et puis la Tour Eiffel qui s’éteint. Comme à chaque fois. Avec les mêmes mots prononcés.

« Tant qu’à faire, il n’y a plus besoin de l’allumer la Tour Eiffel. Ça fera des économies ».

Et puis il y a les réactions des uns et des autres, et notamment celle de notre grand responsable de la sécurité, Gérard Collomb, qui peu après l’annonce des faits, déclarait qu’il n’y a aucune connexion entre les attentats en Espagne et ceux commis en France. Un peu comme on nous avait fait le coup avec Tchernobyl, la vache folle, le sang contaminé et plus récemment avec le Fipronil.

« Nous prennent vraiment pour des cons ».

Le même Collomb qui nous annonce tout content qu’il va désormais remplir les hôpitaux psychiatriques avec ces braves jeunes hommes. Là où Poutine indique vouloir « les buter jusque dans les chiottes » et que Trump quant à lui prône « leur exécution sommaire ».

« On croit rêver » se dit Brémont ».

« Le monde part en vrille et la France se barre en couilles ».

En parlant de bijoux de famille, Marc ne peut s’empêcher d’avoir une pensée en direction de la première Dame de France, qui ne veut être ni la première, ni la dernière. Et qui ne manque pas une occasion de s’exhiber avec des shorts et des robes ras-de-la-foune.

Marc apprécie tout particulièrement les belles femmes vêtues de court, tout le monde le sait. Mais là quand même, c’est presque du fossilisé. Enfin, va savoir…

« Quelle drôle d’époque ».

Marc repense aux trois attentats qu’ils a vécus, de loin,  au cours de sa carrière militaire. Tous les trois ont eu lieu à Djibouti, à des époques différentes où il y servait. Grenades ou bombes, ils avaient provoqué de nombreux morts et blessés. Mais rien à voir avec ces attentats terroristes d’aujourd’hui qui visent à faire des morts en masse.

Et Marc se dit que ce n’est rien à coté de ce que l’avenir nous réserve avec le terrorisme de destruction massive auquel nous n’échapperons pas.

Il attrape une Dunhill bleue internationale, l’allume en soupirant.

En pensant que demain sera un autre jour.

 

 

Les yeux dans ses yeux

Par Régis Ollivier, le 26 septembre 2016

 

 

 

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Nu et seul dans la salle de bains, Marc Brémont procède à une revue de détails méthodique de son corps. Son constat est … accablant.  Il est d’emblée persuadé qu’il a pris un sacré coup de vieux. Le visage en premier. Quelle tristesse cette mine de chien battu. Les traits sont plus distendus qu’à l’accoutumée. Il faut dire que depuis un certain temps, il néglige systématiquement  les différents produits qu’il utilisait pour son visage. Anti-rides, anti-cernes, anti-tout… Plus le temps. Ou plutôt plus l’envie.
Coté ventre, rien de dramatique. Pas vraiment de bide mais il est convaincu qu’il faudra surveiller sa ligne. S’il arrêtait de grignoter toute la journée, ça devrait s’améliorer. Non, selon lui, le pire c’est cette absence de muscles. Tout est flasque. Mou. C’est un peu la débandade se dit-il. Du coté muscles, ça ne bande plus. La seule partie de son anatomie qu’il parvient encore à faire bander c’est… Tiens! pour vérifier si tout allait bien de ce coté là, l’autre jour il a fait un test qu’il adorait faire devant ses conquêtes lorsqu’il était plus jeune. Il a posé sur son sexe en érection une grande serviette de bain pour s’assurer de la rigidité de son membre (encore) viril. Et Ô miracle, la serviette de bain ne s’est pas retrouvée à ses pieds. Ouais! Mais ça ne suffit pas pour faire de lui le sexygénaire flamboyant qu’il prétend être.
Coté cheveux, ça va car Sophie veille au grain en l’obligeant à refaire sa coloration tous les deux mois. Marc râle souvent mais après coup, il reconnait que c’est un passage obligé pour avoir une meilleure mine. S’il a encore tous ses cheveux, ceux-ci sont à la fois blancs, gris, un peu pisseux parfois. Et là c’est terrible. 
Aujourd’hui, en se regardant dans le miroir, les yeux dans ses yeux, il constate que la barbe de trois jours, grise elle aussi, n’arrange rien à son look de sexagénaire. 
Alors, toujours les yeux dans ses yeux, Marc se dit qu’il ferait bien de changer son style de vie.
Alors, promis juré, il se dit que, comme il a su si bien le faire pour l’alcool il y a désormais huit années, il doit arrêter le tabac. Là aussi, il en est convaincu, le tabac c’est de la merde. En plus ça lui coute la peau des fesses. Pas moins de 150 euros tous les mois. Il se dit qu’avec cette somme, à l’époque où il faut tout compter, il pourrait faire autre chose. Ouais! C’est décidé. Demain il arrête. Sa conscience l’interpelle aussitôt pour lui demander « pourquoi pas tout de suite ? « . Il balaie d’un revers de la main et retourne à d’autres pensées. 
Là aussi il pense qu’il pourrait revoir la façon dont il occupe ses journées. C’est presque huit heures devant l’ordinateur à faire le tour de l’actualité nationale et internationale. Et comme l’actualité est déprimante. Plus. Elle est littéralement anxiogène et cela se reporte sur son moral. Il déprime lui aussi. Quand il voit le spectacle du monde.
Donc, dans ce domaine, il y a de quoi faire. Comme par exemple tous les travaux qu’il n’a pas fait depuis trois ans. Depuis qu’il a lancé son blog et toutes les publications autour de sa marque de fabrique mondialement connue. Après tout, il a un excellent collaborateur et une excellente collaboratrice et amis qui gèrent parfaitement ses pages d’actualités. Ca tourne très bien après tout. Oui, là aussi, il y a de quoi faire. C’est certain.
Ca lui permettrait de faire autre chose. Comme un peu de sport. Et de se concentrer sur des travaux d’écriture qu’il délaisse de plus en plus. Ce ne sont pas les idées qui lui manquent. 
Afin d’éviter le burn-out 2.0 qui le guette régulièrement, il est intimement persuadé qu’il doit prendre du recul. Alors, c’est décidé. Brémont va changer de vie. Non, Brémont change de vie. Demain. Promis. Juré.
Enfin! On en reparle…
Illustration : jj-tryskel.hautetfort.com

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