Tranches De Vie

Marc Brémont, sexygénaire, officier atypique en retraite, ancien de la Coloniale et de la DGSE, se raconte dans un style qui est le sien : brut de décoffrage

« Pas bandante du tout » se dit-il…

Par Régis Ollivier le 24 octobre 2014
Une publication lecolonel.net
En exclusivité aujourd’hui, je vous invite à découvrir une nouvelle « tranche de vie ». Certains noms sont imaginaires, en revanche, les personnages ne le sont pas. Néanmoins, je veux croire que toute ressemblance avec d’autres personnages que les miens ne serait qu’une pure coïncidence. Bonne lecture. //RO

 

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Marc Brémont file désormais sur une autoroute quasiment déserte. Il approche de Baden-Baden et se suggère une pause petit-déjeuner. De fait, il ne souhaite pas non plus arriver trop tôt à Offenbourg, sachant pertinemment que son amie Jocelyne est un oiseau de nuit. Boites de nuit, soirées animées entres amis, tabac, une certaine dose d’alcool… Couchée tard, levée tard. Un peu son contraire. Lui est plutôt du genre casanier. Non pas qu’il répugne à faire la fête, mais point trop n’en faut. Il préfère les soirées entre amis. Il déteste les ambiances boites de nuit et hyper-basses qui lui mettent les tempes en ébullition. Lui, ce qu’il aime, c’est être enfermé dans un cocon. Comme dans sa voiture où il écoute toujours la radio en sourdine. 

A l’approche de Baden-Baden, un souvenir qu’il aurait voulu oublier à tout jamais lui revient en mémoire. Un quasi-déshonneur. C’est du moins ainsi qu’il ressentait cet événement. 

Jeune sergent, il devait effectuer avec sa section composée d’une dizaines d’hommes, des appelés du contingent, un raid d’une centaine de kilomètres en pleine Forêt-Noire, un massif montagneux au sud-ouest de l’Allemagne, dans le land du Bade-Wurtemberg. Largués à un point de départ totalement inconnu, tout avait pourtant bien débuté. Ils avaient plusieurs jours pour parcourir à pieds cette distance et rejoindre un point fixe d’arrivée. Marc et ses soldats étaient quasiment tous de la même classe d’âge. Mais sa devise était simple : la rigueur dans la bonne humeur. Pas de copinage dans le travail. Après deux jours de marche, la fatigue se faisait déjà sentir lorsqu’une pluie torrentielle s’est abattue sur le groupe. La nuit tombait et Marc avait le très net sentiment de s’être perdu. Sous son poncho, il tentait de protéger ce qui lui restait de sa carte IGN, les lunettes dégoulinantes de pluie, il ne voyait quasiment plus rien. Derrière lui, la grogne commençait à s’installer. Marc entendait bien ses hommes râler. Mais il hésitait encore à reconnaitre qu’il était paumé de chez paumé. Mort de honte. Il se maudissait d’être aussi nul. « Mais bordel de merde, putain! On est où là…? ». Il en aurait pleuré de rage. L’un de ses hommes, ingénieur de formation s’est alors détaché du groupe pour s’enquérir de la situation. Marc a craché le morceau « on est paumé bordel de merde ». Difficile de faire un point de stationnement dans cette Forêt Noire en pleine nuit. La décision fut prise de s’installer pour la nuit. On verrait demain. 

Après une nuit digne des pires moments de Koh Lanta, Marc, aidé par son second improvisé, remit sa section en marche jusqu’à ce qu’ils furent en mesure de faire un point de situation. Marc n’avait pas de mots assez forts pour remercier son précieux collaborateur. Mais au fond de lui-même, il était furieux. Vert de rage. Comment pourrait-désormais regarder en face ses hommes de troupes après un tel fiasco? Allait-il y perdre en autorité? Jamais une telle honte ne s’était abattue sur lui… 

Absorbé par ses funestes pensées, il faillit en louper la sortie pour l’aire d’autoroute. « Quel horrible souvenir » se dit-il… 

Après avoir fait le plein d’essence et pris une collation légère, il reprit sa route. Encore une bonne heure de trajet. Ce qui devrait l’amener à destination aux environs de 08 heures. Il en avait un peu ras-le-bol quand même. Mais le moral était bon. 

Comme d’habitude, il lui fallut un bon quart d’heure pour trouver une place de stationnement. 08h20. Il espérait que Jocelyne serait debout. Il gagna rapidement le quatrième étage, en ayant pris soin auparavant d’ajuster sa tenue vestimentaire. 

Un bref coup de sonnette. Marc n’attendit pas longtemps que la porte s’ouvre sur son amie en robe de chambre pour le moins colorée. Très colorée. Le style à n’en point douter était burkinabé. Jocelyne avait été une pasionaria de la cause burkinabé et de Thomas Sankara, un homme politique anti-impérialiste, panafricaniste et tiers-mondiste burkinabé, mort assassiné le 15 octobre 1987 à Ouagadougou au Burkina Faso. Cette passion l’avait conduite à vivre une partie de sa vie avec un ressortissant de ce pays qui lui avait fait un enfant avant de la quitter sans laisser d’adresse. L’enfant était en garde chez les parents de Jocelyne et Marc ne l’avait jamais rencontré.

Chaleureuses retrouvailles et longues embrassades. La jeune femme se dirigea vers la cuisine pour préparer le café. Marc avait néanmoins ressenti un choc en découvrant Jocelyne au sortir du lit, sans maquillage, les cheveux ébouriffés et une haleine de chacal. se dit-il, déçu et contrarié.  « Merde, je n’aurais pas du arriver si tôt », se dit-il. Pendant qu’il buvait son Nescafé (il déteste le café lyophilisé), Jocelyne s’activait avec son balai à la main pour un ménage qu’elle n’effectuait, selon ses dires, que lorsqu’elle avait le temps. Le spectacle était un érotisme torride! La libido de Marc en prenait un sérieux coup…

La journée fut banale. Marc était peu disert et Jocelyne lui posa plusieurs fois la question de savoir s’il était contrarié. Marc répondit que tout allait bien, mettant cela sur la fatigue de la route. 

Fort heureusement, la soirée prévue avec une dizaine d’amis devrait permettre de détendre l’atmosphère. C’est du moins ce qu’il espérait. Avec un peu d’alcool dans le sang, il se disait que tout était possible et qu’il verrait son amie … sous un angle différent. Ce ne serait pas la première fois que, bien alcoolisé, il grimperait sur une femme qu’il avait cru voir avenante.

Mais c’est une autre histoire… (à suivre)  

Baden-Baden, confetti de luxe et de plaisir

 

 

2 Comments

  1. Régis Ollivier

    26 octobre 2014 at 10:05

    Vous connaissez bien vos classiques Isabelle :-)! C’est disons l’état d’esprit de notre ami Marc à l’époque de faits. J’ai plusieurs fois écrit « Marc grimpait sur tout ce qui passait à coté de lui… » c’est imagé, à la manière du Colonel. Bon dimanche.

  2. Isabelle Mazan

    26 octobre 2014 at 07:45

    « il grimperait sur une femme… »: toujours dans la bonne tradition, n’est-ce pas? A nos chevaux, à nos femmes et à ceux qui les montent.

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