Par Régis Ollivier le 27 août 2015

Une publication lecolonel.net

 

 

En exclusivité aujourd’hui, je vous invite à découvrir une nouvelle « tranche de vie ». Certains noms sont imaginaires, en revanche, les personnages ne le sont pas. Néanmoins, je veux croire que toute ressemblance avec d’autres personnages que les miens ne serait qu’une pure coïncidence. Bonne lecture. //RO

 

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Figé devant le miroir de la salle de bain, il est dépité par l’image qui lui est renvoyée. Déjà qu’il a le moral dans les talons, et c’est peu dire, il se voit avec une mine de déterré. Ses cheveux, dont il est fier qu’il lui en reste encore, ne sont ni gris, ni blanc, ni poivre et sel, ils sont d’un jaune on ne peu plus pisseux. Il se dit que c’est de sa faute car cela fait plus d’un mois que Sophie lui propose de lui refaire sa coloration. Mais le pire reste ses yeux dont les contours ressemblent à s’y méprendre à un scrotum. « Putain! J’ai les yeux comme un sac à couilles ».

Marc tente de se convaincre qu’il va lui falloir agir et réagir. « Putain, grave, je suis en train de devenir un traine-savates. Bouge ton cul merde! » se dit-il tout haut. Mais il trouve toujours des excuses pour se sédentariser chaque jour davantage.

Bref, c’est vrai qu’il n’a guère d’activités physiques. En début de semaine, et parce que Sophie insistait lourdement, Marc Brémont n’a pas eu d’autre choix que de couper quelques branches à un arbre qui prenait trop d’ampleur dans son terrain. Il en ressent aujourd’hui les stigmates et prétend qu’il ne plus bouger. Mal au dos.

Mal au dos! Tu parles. Quelques douleurs car en 43 ans d’armée, il en a quand même vu d’autres notre ex-fringant Colonel ex-sexygénaire…  Et puis, histoire d’en rajouter une louche, le voilà qui part dans des considérations libidineuses. « Bin quoi, c’est vrai ». La gaule matinale systématique serait, selon ses propres observations, devenue plus… aléatoire. Et de se rassurer car finalement, « faut pas mettre la gaule matinale inconsciente et l’érection matinale ou autre, dans le même panier. Faut pas déconner quand même ».

Pourtant, son cerveau, le vrai, pas le présumé,  fonctionne bien. Marc veut se convaincre que son état physique et psychique sont en fait mis à mal à cause d’internet, des réseaux sociaux et surtout des médias qui diffusent H24 des drames et des mauvaises nouvelles en tous genres. Comment en effet être serein dans ce monde de merde et de fous.

Tiens! pas plus tard que ce matin, dans le genre catastrophe non naturelle. Voilà qu’il apprend qu’un projet de fracturation hydraulique dans l’Ouest canadien a causé l’un des plus importants séismes liés à cette technique d’extraction : un tremblement de terre de magnitude 4,4 a secoué la région nord-est de la Colombie-Britannique en août 2014. 1 Et on ne l’apprend que maintenant! « Mais c’est quoi ce bordel ».Marc en était persuadé, « ces abrutis vont finir par nous envoyer tous en l’air ».

Et puis les journalistes américains abattus froidement en plein direct. Et les migrants? Putain les migrants, les clandestins, et les saints cons (et saintes connes) qui disent qu’il faut tous les accueillir chez nous, mais surtout pas chez eux! C’est mieux chez les autres. Tiens, d’ailleurs on vient de découvrir sur une aire d’autoroute un camion plein de d’ex-migrants, ouais ex car ils sont quasiment tous morts. Et puis tout le reste qui te donne pas le moral. 

« Trouvez-moi une seule bonne nouvelle depuis, tiens, depuis le début de la semaine » se dit-il toujours à haute voix. Un jour, cette manie lui jouera des tours d’ailleurs.

Et bien oui. Pas plus tard que ce midi, sur BFMTV, Marc a écouté une chronique économique présentée par l’excellent Nicolas Doze dans laquelle on entend que « tout va très bien, tout va très bien » selon l’INSEE. Il parait qu’au rythme où vont les choses, la France va prendre un point de croissance en 2016. Bon, la dernière fois, l’Institut tablait sur une croissance de 1,2% en 2015 et on eu nada. Que dalle. Peau de zob!

Mais comme 2016, c’est pas loin de 2017 et que 2017 c’est l’année du soi-disant changement, Marc se dit que Pépère va encore surfer sur une vague qui risque de l’amener à se représenter et surtout à être réélu. 

« Quel scénario catastrophe en 2017! Idem qu’en 2012 ». Grandguignolesque tout ça.

« Bon, ce n’est pas tout » se dit Marc Brémont, « mais faut que je remue mon cul. Quand faut y aller, faut y aller ». 

 

Marc redescend de sa salle de bain et de son nuage, s’empare d’une Dunhill bleue internationale qu’il va fumer tranquillement sur sa terrasse.