Transport militaire: l’incroyable dépendance russe de la France

Par Vincent Lamigeon, le 28 mars 2017

Challenges


« La conclusion du député fait froid dans le dos. « Dans les faits, ce sont les Russes et les Ukrainiens qui ont la maîtrise de la projection de nos forces sur les théâtres extérieurs… » //VL


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Malgré l’arrivée de l’A400M, les forces françaises dépendent largement des gros porteurs Antonov 124, affrétés via des intermédiaires opaques et dont les deux tiers appartiennent à des compagnies russes. Le député François Cornut-Gentille tire la sonnette d’alarme.

Un Scud. Le député François Cornut-Gentille a jeté un sacré pavé dans la marre militaire en présentant devant la commission des finances de l’Assemblée nationale, mardi 28 mars, un rapport au vitriol consacré au transport stratégique de l’armée française. Le constat est double: un, l’entrée en service de l’A400M ne va pas supprimer le recours des forces françaises aux gros porteurs ukrainiens Antonov An-124, aux capacités d’emport cinq fois supérieure à celle de l’avion européen. Deux, cette situation met la France en situation de dépendance vis-à-vis de l’Ukraine, et surtout de la Russie. La grosse vingtaine d’An-124 disponibles dans le monde est en effet détenue par seulement trois compagnies: une ukrainienne (Antonov DB) et deux russes (une privée, Volga-Dnepr, et une société publique, TTF Air 224).

La conclusion du député fait froid dans le dos. « Dans les faits, ce sont les Russes et les Ukrainiens qui ont la maîtrise de la projection de nos forces sur les théâtres extérieurs, assène le député dans son rapport. C’est une véritable épée de Damoclès qui est suspendue au-dessus de la France. » Une arme redoutable dans les mains du Kremlin, dont Vladimir Poutine s’est déjà servi, estime François Cornut-Gentille : l’élu de la Haute-Marne rappelle que la société russe TTF Air 224 a interrompu ses vols au profit de la France en septembre 2015… soit un mois seulement après l’annulation du contrat des porte-hélicoptères Mistral à la Russie, prononcée en août. « La mise à disposition d’Antonov 224 devient un enjeu diplomatique, déplore François Cornut-Gentille. Une nouvelle dégradation des relations avec ces deux Etats [Ukraine et Russie] pourrait paralyser totalement les capacités de projection aérienne de la France. En dépit des grandes phrases, l’autonomie stratégique est en réalité virtuelle. »

98% de pièces russes

Un compte-rendu de réunion de l’Agence européenne de défense et de la NSPA, (l’agence de soutien logistique) de l’OTAN, consulté par Challenges, confirme cette dépendance. Ce document, adressé en juin 2015 aux responsables du transport stratégique de l’armée française, évoquait des « risques politiques de rupture de service élevés en raisons de la dépendance à des moyens sous contrôle de la Russie ». Car si les Antonov sont des avions ukrainiens, « 98% des pièces de rechange viennent de Russie, les 2% restants de l’est de l’Ukraine », soulignait le compte-rendu.

Pourquoi cette dépendance aux Antonov An-124, alors même que la France dispose désormais de 11 A400M ? Pour comprendre, il suffit de comparer les avions. Avec 100 à 120 tonnes de charge utile, le gros porteur ukrainien affiche une capacité d’emport incomparable avec l’A400M (25-30 tonnes, voir schéma ci-dessous). Un Antonov embarque ainsi 11 conteneurs au standard maritime (20 pieds)… contre seulement 2 pour l’avion européen. « Pour remplacer une heure de vol d’An-124, 5 heures de vol d’A400M sont nécessaires », assure ainsi François Cornut-Gentille.


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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

8 thoughts to “Transport militaire: l’incroyable dépendance russe de la France”

  1. Cher Régis
    Votre de post ne dit pas tout, mais je comprends mieux ce soir le coup de gueule, car il y a suspicion de corruption sur les contrats d’affrètements ,des officiers s’occupant de ce domaine dans l’institution sont parti faire le même job chez les mandants affréteurs et a priori des enquêtes sont diligentées

  2. A quel jeu joue Cornut Gentille il fait celui qui s’aperçoit d’un problème, qui est connu depuis plus de 15 ans, alors que le rafale est le couteau Suisse des avions de combat nos dirigeants comptaient dupliquer cela avec un avion de transport militaire qui fut a la fois stratégique et tactique mais c’était compter sans l’inexpérience d’Airbus dans le cargo militaire, a contrario de Dassault qui avait une longue expérience dans les avions de combat.
    Hors par le passé nous avons eu une formidable cellule tactique jamais employée a fond pour cause de moteurs sous dimensionnés, qui est le Transall et comme nous n’avions pas les moyens financiers d’avoir une flotte de cargo tactique et une flotte de cargo stratégique nous arrivons a un produit mi bouc- mi chèvre comme l’A 400.
    j’étais dès le départ pour une cible réduite d’A400 entre 35 et 40 et a coté acheter une
    douzaine de C17 qui lui est aussi bon stratégique que tactique et qui transporte plus vite plus lourd et plus loin c’est le choix des Anglais qui possèdent c17 a400 et hercules
    c’est aussi le choix des Canadiens,Australiens,Italiens.
    Sur le site de Crusex 2010 au Brésil vous pouvez voir la photo d’un An-124 de la Lybian
    air cargo affrété par le défense pour transporter les lots de bords rafale et 2000,cela fait un peu rire car quelques semaines après(( sarko cassait la gueule a Mouhamar)))
    c’était le bon temps ou Lulla et Dilma nous faisaient croire a l’achat de rafale,depuis nous sommes un peu en froid avec les cariocas et nous ne participons pas aux derniers Crusex.
    Les capacités de projection ne sont pas totalemement altérées, avec la mise en route du Mrtt et l’augmentation de la flotte d’A400 mais l’épine restera pour le transport des blindés type vbci,griffon ou autre porteur log,nous aurons toujours besoin des rouliers maritimes qui approchent le gros matériel au plus proches des zones de combat dans un port ami c’est le cas de Douala pour le Tchad ou la Rci ou Dakar pour la Bbs et après advienne que pourra pour les derniers kilomètres route, fer,air.
    Comme nous sommes dans la BSs pour 40 ans il serait peut être bon de participer a la remise en état de la voie ferrée entre le Sénégal et le Mali, celle qui a servi a mettre a l’abri l’or de la banque de France en 1939,cela aurait le mérite d’aider des pays amis et
    surtout de ménager les heures de vol de notre petite aviation de transport militaire.

  3. A Guiraud, je précise que les moyens russes (militaires mais aussi économiques nécessaires à la maintenance) d’aujourd’hui sont autre chose que ceux des années Eltsine du chaos post-soviétique. Accessoirement, que le fournisseur russe auquel a recours le gouvernement français n’ait plus accès aux épaves aléatoirement volantes ex-ukrainiennes n’est pas une mauvaise chose. Cette parenthèse quant à la fiabilité technique induscutable n’ôte rien à la pertinence des autres commentaires sur la nécessité d’une capacité de transport aérien militaire proprement française, indépendante de tout allié.

  4. Ayant déjà évoqué plusieurs fois ce déficit capacitaire volontaire en transport aérien stratégique et opératif qui certes n’a pas vocation à être employé tous les jours, je n’ai trouvé qu’une solution alliant indépendance nationale, économie budgétaire et rapidité de constitution de cette capacité : la réquisition (individuelle ou sur parc), explicitée pages 160 et 161 du Septième Scénario. A l’époque de la guerre de l’Atlantique Sud, un tiers de la marine britannique du temps de guerre était ainsi constituée de bâtiments réquisitionnés.

  5. Dans l’urgence pourquoi ne pas acheter des 747 d’occasion (Pas chers en ce moment) et les transformer en fret ou même louer les derniers C5 Galaxis américains qui ont transportés les batteries de missiles Hawk au Tchad pour maîtriser le cher Gadafy ?
    Le scandale de l’A400M devrait donner à réfléchir et ne plus faire confiance à des équipementiers incompétents mais qui font de l’emploi en Espagne.

  6. On peut rajouter la dépendance au Paracétamol chinois, médicament le plus consommé en France mais plus fabriqué, comme le munitions de petits calibres. Si demain, le Chine met un embargo : On est mal, Président, on est mal.

  7. Bah !!
    vous semblez le découvrir aujourd’hui , mais cela dure depuis des années et je me souviens d’un voyage « organisé » épique dans les années 1990 vers l’ex-Yougoslavie .
    départ de l’aéroport de Lyon .

    Avion Antonov en retard.

    lorsqu’il arrive enfin , deux personnels de l’équipage totalement  » bourrés » .

    Mais ce n’est pas la meilleure :

    A l’atterrissage les pilotes se sont aperçu que deux pneus du train d’atterrissage étaient crevés .

    Comme il se trouvait sur la piste un autre Antonov ( en panne celui la de moteurs,) ils sont aller piquer les pneus et ont remplacés les leurs .

    uUe fois en vol , on s’est demandé pourquoi on ne dépassait pas la hauteur de 4000 m .
    Il nous a été répondu que les joints n’assuraient plus l’étanchéité des portes , d’où problème de dépressurisation .

    Cela me rappelle d’autres souvenirs avec du matériel russe .

    Dans les années 70 au Tchad , un parachutage avec des pilotes tchadiens, un vieux avion Dakota ( qui avait dû faire le débarquement) et des …….. parachutes soviétiques .

    Autant vous dire que lorsque la lumière verte s’est allumée , nous ne nous sommes pas attardés dans la carlingue .

    Au sol nous avons fait une grosse bise à la terre , il devait y avoir des anges gardiens

    Mais cela fait de bons souvenirs ;

  8. Tous les responsables politiques aux affaires depuis trente ans sont responsables de cette situation. Notre indépendance militaire ne doit souffrir d’aucun handicap et il est impensable de compter sur des moyens étrangers pour projeter nos forces. J’ajoute que l’annulation de la vente des bâtiments de projection construits pour la Russie a été une erreur majeure avec des conséquences financières importantes pour faire plaisir aux américains. La priorité d’un état c’est l’autonomie de ses moyens militaires quels qu’en soit le prix. Une extravagance irresponsabilité politique qui perdure avec sans aucun doute l’assentiment de hauts dignitaires des armées carriéristes qui n’ont pas eu le courage de frapper du point sur la table alors qu’il était de leur devoir de réagir et au besoin de démissionner.

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