Ukraine : la CIA en sous-main ?

 

Par ARMIN AREFI Publié le 05/05/2014 Le Point.fr

 

Un quotidien allemand affirme que des agents de la CIA et du FBI aideraient Kiev à mater l’insurrection pro-russe. Un scénario des plus vraisemblables.

L’offensive militaire surprise du nouveau pouvoir ukrainien pour reprendre l’est du pays livre ses premiers secrets. Deux jours après le lancement de l’opération de reconquête de la ville de Slaviansk pour la « libérer » du joug des séparatistes pro-russes, l’hebdomadaire allemand Bild am Sonntag affirme que des dizaines de spécialistes du renseignement américain conseilleraient en sous-main le nouvel exécutif ukrainien, né de la chute de l’ex-président ukrainien et pro-russe Viktor Ianoukovitch, en février dernier.

À en croire l’édition dominicale du quotidien Bild, qui cite des sources du renseignement allemand, ces agents de la CIA et du FBI, qui ne seraient toutefois pas présents sur le terrain, aideraient Kiev à venir à bout de l’insurrection pro-russe ainsi qu’à mettre en place un dispositif de sécurité efficace. Un mois après la confirmation par la Maison-Blanche de la visite à Kiev du directeur de la CIA, John Brennan, ces révélations viennent à nouveau alimenter la propagande russe, selon laquelle le nouvel exécutif, composé d’après Moscou de « fascistes », serait téléguidé de l’étranger. C’est oublier que le Kremlin s’emploie lui-même, depuis le départ des autorités pro-russes de Kiev, à favoriser les « soulèvements populaires » des provinces de l’est et du sud de son ancienne République soviétique.

« Déstabilisation russe » (expert)

Une stratégie de « déstabilisation » et de « subversion » de ces régions russophones qui vise, d’après l’expert Jean-Sylvestre Mongrenier, à « les rétablir dans la sphère de domination russe ». « Dans ce contexte, un soutien américain semblerait totalement logique », explique le chercheur, spécialiste en géopolitique des questions de défense et de sécurité en Europe à l’Institut Thomas More. « Pour réaffirmer sa souveraineté territoriale, notamment vis-à-vis de sa population, Kiev a besoin d’expertise sur le plan sécuritaire. Ainsi, elle se tourne vers ses partenaires internationaux, soucieux d’éviter l’effondrement total de l’appareil d’État ukrainien. »

Le traumatisme de la Crimée est dans toutes les têtes. À peine Viktor Ianoukovitch a-t-il été renversé que sont apparus en Crimée de curieux combattants pro-russes qui ont pris le contrôle de la majorité des sites stratégiques de la péninsule – bases militaires, aéroports ou bâtiments officiels -, allant jusqu’à assiéger des soldats ukrainiens retranchés dans leurs propres casernes. Délogée de son territoire par des forces appuyées par Moscou, l’armée ukrainienne n’a pu que constater, impuissante, le rattachement de cette ex-République autonome du sud de l’Ukraine à la Russie, à l’issue d’un « référendum populaire ».

Humiliation

Une véritable humiliation qui a conduit à la démission du ministre ukrainien de la Défense, ainsi qu’à celle du représentant du président ukrainien par intérim en Crimée. « La révolution de Maïdan a mis en évidence la fragilité des structures étatiques ukrainiennes, ravagées par une profonde corruption », souligne Jean-Sylvestre Mongrenier. « Elle a surtout révélé à quel point les institutions de sécurité étaient noyautées depuis des années par les services secrets russes. »

Soucieuse d’en finir avec l’ère Ianoukovitch, Kiev a expulsé mercredi l’attaché militaire russe en Ukraine pour flagrant délit d’espionnage. Mais ces effets d’annonce peinent à masquer la relative faiblesse de l’armée ukrainienne. En témoigne la destruction par les insurgés pro-russes de deux hélicoptères de guerre ukrainiens MI-24, le jour même du lancement de l’offensive visant à reprendre Sloviansk. Pour abattre les deux appareils, les rebelles ont utilisé des lance-roquettes portables sophistiqués ne pouvant provenir que de Moscou.

Sociétés militaires privées

« Il est évident que la Russie comme les États-Unis ont envoyé sur place des hommes pour faire basculer la situation en leur faveur », indique Éric Denécé*, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Toutefois, une intervention militaire occidentale en Ukraine semble d’ores et déjà exclue, les États-Unis étant engagés dans une stratégie de repli militaire au profit d’un rééquilibrage diplomatique vers l’Asie. « Lorsque les États-Unis ne veulent pas intervenir, ils ont pour habitude d’utiliser des sociétés militaires privées, ce qui serait plus plausible que des agents fédéraux dans le cas de l’Ukraine », pointe le spécialiste du renseignement.

Quant à l’idée de sanctions économiques ciblées contre les intérêts russes, elle divise profondément l’Union européenne, beaucoup plus exposée que Washington en raison de sa grande dépendance énergétique au gaz russe. Des atermoiements dont profite à merveille Poutine pour avancer ses pions en Ukraine, lavant ainsi son honneur après le camouflet du mois de février, tout en maintenant la pression sur Kiev avec l’envoi à la frontière ukrainienne de milliers de troupes russes.

Maintien de la tension

Pourtant, à en croire Éric Denécé, la stratégie de maintien d’une tension autour de la crise ukrainienne ne serait pas l’apanage de Moscou. D’après lui, d’autres acteurs à Washington auraient même tout intérêt à jouer le durcissement, sans pour autant entrer dans une confrontation directe avec la Russie. « Si Obama ne veut pas s’engager en Ukraine, le Pentagone estime que cette crise peut remettre en question les nombreuses réductions des budgets alloués à la défense », explique le spécialiste. Lire la suite ici

Illustration : des soldats ukrainiens se protégeant de la pluie aux abords d’une barricade aux alentours de la ville de Slaviansk, le 2 mai 2014. © FRANCESCA VOLPI / SIPA

 

 

 

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