Une Amérique souverainement irresponsable

Par Jean-Marc Vittori | 22/10 | 06:00
Par Jean-Marc Vittori | 22/10 | 06:00

Washington menace le monde entier avec ses politiques budgétaire et monétaire. Trois solutions pour en sortir : le repli sur soi, la création d’un euro planétaire ou l’émergence d’un monde multipolaire. On en est loin.

Illustration de l'auteur
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Les Américains n’ont pas fini de se faire engueuler. Il y a deux ans, dirigeants russes et chinois avaient dénoncé à Davos leur politique monétaire trop laxiste. Cette année, Brésiliens et Indiens se sont insurgés contre l’annonce d’une politique monétaire… moins laxiste, à commencer par le nouveau patron de la banque centrale indienne, Raghuram Rajan, qui fut économiste en chef du FMI. Cette simple annonce a suffi à envoyer dans le décor plusieurs places financières émergentes. Et, au début du mois, tout ce que le monde compte d’organisations économiques internationales a dénoncé l’impéritie budgétaire de Washington, alors que des élus brandissaient la menace d’un défaut du Trésor. Jamais les deux piliers de la politique économique menée par la première puissance de la planète, budget et monnaie, n’avaient été contestés en même temps. Et ce n’est pas fini. Le cirque budgétaire va recommencer au Congrès en décembre, puis en février. La bourrasque monétaire pourrait se lever en décembre, plus vraisemblablement en mars. A chaque fois, le monde entier va retenir son souffle.

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Bien sûr, cette puissance périlleuse n’est pas vraiment nouvelle. Cela fait près d’un siècle que New York est devenue le coeur battant de la finance mondiale. Mais la vague de mondialisation qui a déferlé à partir des années 1990, avec la chute du mur de Berlin et l’émergence accélérée de la Chine, l’a encore renforcée. Avec le gonflement du déficit extérieur des Etats-Unis, les billets verts ont inondé la planète. L’ouverture en grand du robinet monétaire à partir de 2008, pour contrer les effets récessifs induits par l’explosion de la plus grosse bulle spéculative de l’Histoire, a prolongé le mouvement. Les obligations du Trésor américain, autrefois achetées par des Japonais et des Européens, ont commencé à envahir par centaines de milliards de dollars les banques centrales chinoise, brésilienne, coréenne. Ces deux dernières décennies, la prééminence financière des Etats-Unis s’est encore renforcée alors que leur domination économique s’est érodée.

Cette tension n’est plus supportable. Le monde ne peut plus dépendre des seuls Etats-Unis pour son approvisionnement en liquidités et en actifs sûrs. D’abord parce que l’Amérique fait n’importe quoi, du refus de la régulation des années 2000 jusqu’à la menace de défaut de ces dernières semaines. Ensuite, parce que ses gouvernants agissent de plus en plus en fonction des seules questions nationales. Comme s’ils avaient élargi la fameuse réplique du secrétaire au Trésor John Connally en 1971 : le dollar est «  notre monnaie, mais votre problème ». Désormais, «  c’est notre budget, notre banque centrale, mais votre problème ». Ce ne fut pas toujours le cas, comme l’a récemment montré l’économiste Barry Eichengreen dans un travail où il montre que la Fed prenait l’international en compte dans ses décisions des années 1920 ou 1960. Enfin, la réduction du déficit extérieur des Etats-Unis, qui devrait se poursuivre dans les prochaines années, va de toute façon changer la donne.

Face à une Amérique souverainement irresponsable, trois voies sont possibles. La première est la stratégie du parapluie. Elle consiste à fermer les barrières financières d’un pays, en limitant par exemple les entrées ou les sorties de capitaux. Il y a une décennie, une telle idée hérissait un FMI viscéralement attaché à la liberté de circulation des capitaux. Aujourd’hui, elle est débattue, voire admise. Mais si elle est ponctuellement précieuse, ce n’est qu’une réponse partielle, à la fois dans le temps et l’espace.

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1 réflexion au sujet de « Une Amérique souverainement irresponsable »

  1. Une nouvelle idéologie a surgie dans la Russie post-soviétique, c’est l’eurasisme dont l’un des pères fondateurs est le philosophe et géopoliticien Alexandre Douguine. Face à une thalassocratie de plus en plus envahissante doit renaître la tellurocratie, selon la fameuse théorie de Mackinder et ce, en faveur de la multipolarité. La multipolarité est nécessaire pour l’équilibre planétaire. C’est pourquoi, plus que jamais, nous européens avons besoin de la Russie de Poutine.

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