« Une décision de justice qui signe le retour de nos soldats dans la cité »

Par Jean-Hugues Matelly le 02 octobre 2014

Le Monde.fr

 

Pour Jean-Hugues Matelly, l’officier de gendarmerie qui a saisi la Cour européenne des droits de l’Homme, la condamnation de la France pour l’interdiction des syndicats dans l’armée est une décision salutaire qui renforcera le « lien armée-nation ».

Ils sont là-bas, dehors, cantonnés à l’écart derrière de sombres murs textuels favorisant le repli sur soi, devenu habitude, puis tradition. Hors les grands périls, la vie de la cité se déroule sans eux, sans ces soldats exilés, de fait, par l’amputation d’attributs essentiels de la citoyenneté. Parmi eux, les gendarmes, plus familiers dans nos vies quotidiennes, n’en sont pas moins cloîtrés.

Les murs de ce cantonnement juridique vont, peut-être, tomber aujourd’hui, permettant le retour de nos soldats, de nos gendarmes. La renaissance des systèmes politiques démocratiques de la fin du 18ème siècle a rapidement mis à l’écart, en France, les citoyens-soldats.

Les soubresauts historiques, du 1er Empire, de la Restauration, puis du Second Empire en sont les causes les plus profondes. Aux États-Unis, la continuité démocratique et la primauté constitutionnelle de la liberté d’expression ont permis, en pratique, une tout autre participation des militaires à la vie de la cité.

Dans l’un et l’autre cas, la professionnalisation des armées n’a pas eu d’impact. La liberté du débat a perduré outre-atlantique, la restriction des libertés s’est prolongée en France.

LA LIBERTÉ, PRINCIPALE FORCE DES ARMÉES DÉMOCRATIQUES

Ici, les superstitions militaires associent l’efficacité des armées au totem de la restriction des libertés publiques des soldats. Pourquoi, alors, ne pas croire aussi en la restriction des libertés de tous les citoyens pour l’efficacité du pays ?

Heureusement, l’histoire démontre l’erreur de tels raisonnements. La clef du succès militaire est ailleurs : dans la détermination morale issue d’idéaux partagés par les combattants et la société dont ils sont issus. Le principe est vrai sous tout régime politique, mais, en démocratie, la valeur cardinale tient en un mot : liberté ! C’est la liberté qui est la force principale des armées démocratiques. Son absence conduit à la défaite, au mieux à des victoires à la Pyrrhus.

Or, en France, la liberté première : la liberté d’expression, restait inatteignable. Il y a dix ans, une tribune intitulée « La libre censure des militaires » (Le Monde, 15 décembre 2004) analysait les mécanismes liberticides à l’œuvre. Dix ans de batailles juridiques n’y ont rien changé, le Conseil d’État est, aujourd’hui, inflexible : le moindre propos critique tombe sous le joug du trop fameux devoir de réserve.

La liberté critique individuelle des militaires est dans une impasse. C’est une erreur grave car, par essence, contraire à la nature dialectique permanente de la réflexion nécessaire à toute action tactique ou stratégique.

Restait l’expression collective, aujourd’hui examinée par la Cour européenne des droits de l’homme. La Cour s’est prononcé le 2 octobre sur l’interdiction, en France et à la différence de la majorité des armées occidentales, des groupements professionnels militaires.

RESTRICTION N’EST PAS INTERDICTION

L’article 11 de la convention européenne, relatif à la liberté d’association, précise que l’exercice de cette liberté peut faire l’objet de restrictions légitimes pour les forces armées. Nul ne conteste l’intérêt évident de ne pas faire des armées des institutions « cogérées » par des syndicats. Mais l’interdiction totale d’un droit d’association professionnel raisonné des militaires semble difficile : restriction n’est pas interdiction. C’est ce que vient de décider la Cour européenne des droits de l’Homme.

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Illustration par LCA. Photo : AFP PHOTO MIGUEL MEDINA

1 réflexion au sujet de « « Une décision de justice qui signe le retour de nos soldats dans la cité » »

  1. Il y a , à mon avis, une légère erreur ou abus de langage dans cette phrase: « Mais l’interdiction totale d’un droit d’association professionnel raisonné des militaires semble difficile » car il existe déjà au sein des armées de multiples associations diverses allant de la simple amicale jusqu aux associations de porteurs de la légion dhonneur. il y en a même des confessionnelles, et rien n interdit, c’est même assez courant, à un militaire d adhérer a des associations civiles qui parfois sont revendicatives ou d’influences ( Franc maçonnerie)

    cdlt,

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