Vent de fronde dans l’armée

 

Par Bruno Dive le 18 mai 2014

SudOuest.fr

 

 

Le Colonel Attitude dit : Si des généraux déposent leur képi, alors moi je leur tire mon chapeau! //Régis Ollivier

 

«Cette fois, la coupe est pleine. » Ce haut gradé traduit d’une formule la colère qui monte dans les armées. Une colère sourde, bien dans la tradition de la grande muette, tenue à un devoir de réserve mais qui pourrait bien cette fois exploser au grand jour. Tout a commencé avec une note, de Bercy ou du Secrétariat général de la Défense nationale, évoquant de nouvelles mesures d’économies auxquelles serait astreint le budget de la Défense dans le cadre du plan de 50 milliards de baisse des dépenses récemment approuvé par les députés.

C’est Xavier Bertrand qui, dimanche dernier sur Europe 1, a vendu la mèche. Très discret dans les médias depuis des mois, l’ancien ministre UMP, candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2017, n’y est pas allé de main morte : « Pour des calculs de comptables, on est en train de sacrifier notre défense. C’est une remise en cause sans pareille de notre sécurité et de notre défense », a-t-il lancé. Le député de l’Aisne croit savoir que ces économies toucheraient l’armée de l’air, la marine et les forces nucléaires.

Or, les armées considèrent avoir déjà beaucoup contribué à l’effort d’économies. En deux lois de programmation militaire (2009-2013 et 2014-2018), elles ont ou vont encaisser 80 000 suppressions d’emplois, dont 34 000 restent encore à venir, soit au total 10 % des effectifs. Le budget de la Défense (31,4 milliards en 2013) devrait être gelé jusqu’en 2016. Du moins le devait-il, François Hollande ayant pris l’engagement public de « sanctuariser » ce budget pendant trois ans. Mais voilà que court dans les coulisses du pouvoir la rumeur insistante d’économies supplémentaires. Selon nos informations, c’est 1,3 milliard que Bercy exigerait des armées, une somme qui ne serait même pas négociable lors des arbitrages budgétaires qui vont commencer.

Le Drian sur les roses

Ce qu’a mollement démenti Manuel Valls. Au soir de la déclaration de Xavier Bertrand, le Premier ministre a nié sur TF1 l’existence de tout « plan caché ». Mais, a-t-il ajouté, « tout le monde doit participer à la réduction des déficits. Nos armées doivent être préservées. Chacun doit faire un effort ». Un propos alambiqué qui ne doit pas cacher le fait que le Premier ministre a aujourd’hui la main sur ce dossier régalien.

Toujours selon nos informations, Jean-Yves Le Drian serait allé voir son ami Hollande pour lui demander de réitérer son engagement de sanctuariser le budget de la Défense. Mais, contrairement à ce qu’il avait fait du temps de Jean-Marc Ayrault, François Hollande lui a opposé une fin de non-recevoir et lui a demandé de s’adresser au Premier ministre… Une attitude pour le moins étrange, car, même en période de cohabitation, les présidents ont toujours veillé à garder la haute main sur les questions de défense.

De quoi inquiéter les militaires, qui voyaient dans Le Drian un allié de poids. La semaine dernière, une réunion avec les chefs d’état-major des armées s’est déroulée dans un climat très tendu. « Ils étaient prêts à déposer le képi », raconte un proche du dossier. « Si la loi de programmation militaire n’était pas respectée, ce serait extrêmement grave », a lancé l’un des participants. « Il faudra que les politiques assument ; nous, on ne tient plus rien », menace un haut gradé.

Le nucléaire sur la sellette

Voilà des mois que le mécontentement monte au sein des armées. « Ma crainte, témoigne ce commandant de base aérienne, n’est pas de manquer d’avions mais de ne plus pouvoir les faire décoller. » « L’outil se dégrade. L’obsolescence des matériels est mal ressentie par les personnels », confirme cet amiral. Selon les spécialistes de l’état-major, c’est le « décrochage stratégique » qui menace. Et la difficulté à continuer de mener des opérations extérieures simultanées, type Mali et Centrafrique.

Six brigades ont participé au plus fort de l’intervention au Mali. Or, le Livre blanc prévoit déjà de passer de huit à sept brigades. « Avec des moyens plus resserrés, une intervention sera moins longue demain », explique-t-on dans les milieux militaires.

Certes, l’armée de terre serait épargnée par les nouvelles coupes. Mais c’est oublier qu’elle a besoin d’appuis aériens ou logistiques. Que des drones ou des avions ravitailleurs américains ont été nécessaires pour l’épauler au Mali. Et voilà que l’on reparle de toucher à la force nucléaire, qui a déjà perdu sous Jacques Chirac sa composante terrestre. Cette fois, c’est la composante aérienne ou les simulations (au Mégajoule de Bordeaux), voire l’existence d’un quatrième sous-marin, qui seraient sur la sellette.

Quoi qu’il en soit, si Bercy se dit prêt à de la « casse sociale » dans les industries de défense, les armées n’acceptent plus de nouveaux sacrifices. Il est si tentant de s’en prendre à un milieu où l’on ne fait pas grève. « Mais on oublie trop souvent que les chefs de corps sont les vrais syndicalistes de leurs troupes », témoigne un haut gradé. Entre les technocrates des finances et les militaires, la guerre est déclarée.

Illustration : © PHOTO PHOTO ARCHIVES NICOLAS LE LIÈVRE/« SUD OUEST »

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

6 thoughts to “Vent de fronde dans l’armée”

  1. Normal, la France est tenue de suivre les traités européens qui impose les restrictions partout et mutualise l’armée petit à petit en Europe ! Seule solution (car il faut l’unanimité pour changer une virgule dans un traité): sortir de l’UE.,de l€ et de l’OTAN , afin de retrouver notre indépendance!
    Voir le site UPR.fr

  2. Les intérêts des grandes multinationales apatrides passent par La banalisation des polices et des armées privées pour défendre directement leurs intérêts dans le monde!
    Le glas à sonné pour les armées Nationales ; En France intéressez vous au prédigéré de tous les détendeurs des postes clés pour comprendre ….

  3. Souhaitable ou pas je me range à l’avis d’Isabelle Mazan.
    Trop c’est trop, c’est insupportable ces connards du gouvernement sont allés trop loin avec la France.
    Des Militaires pourraient prendre le pouvoir et laisser des politiciens remettre les choses en place dans ce pays. Tranquillement, calmement. Une partie de la population comprendrais l’enjeu et soutiendrait l’action. De toute façon pas le choix, on aime la France ou on la quitte.
    L’art de la guerre de Sun TZU  » Etre vainqueur sans combattre » ce que fait Poutine en ce moment.

    Les militaires doivent intervenir maintenant et ils doivent débarquer ces socialo-coco Maoïsto Bolchéviquo tchéguévaristes, cette oligarchie maffieuse qui se gavent et détruit la France et son peuple de souche.

    Allez les paras un p’tit putch de derrière les fagos et une annonce radio télévisé, un flash spécial qui annoncerais que Luois XVI et destitué et arrété pour trahison avec sa clique de voyous.

  4. Si des généraux déposent leur képi, alors tout les français peuvent entrer dans les Ordres Le gateaux est trop bon

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