Vigipirate et le fantôme de la guerre d’Algérie

, par Franck Johannès

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Ce n’est pas parce que « Le Monde » et les spécialistes de la question le disent que je vais approuver. Non, le plan Vigipirate n’a pas du plomb dans l’aile. Pour moi, Vigipirate trouve toute sa place dans l’hexagone. Et je reste persuadé que ce dispositif, à l’instar de « la peur du gendarme », reste dissuasif. Sans doute pas suffisamment. Certes!

Plus loin dans le texte, je lis : « La comparaison avec la guerre d’Algérie a évidemment ses limites ; l’armée mime à Paris le maintien de l’ordre d’Alger, sans terreur ni torture, mais rappelle à l’ordre ce qu’elle perçoit de la menace et sa légitimité pour le combattre ». Certes encore une fois. Mais qui d’autres pour le faire? Je pose la question.

Et ce n’est pas terminé car je lis aussi : « Faire « la guerre au terrorisme », c’est aussi donner un statut politique aux terroristes, qui ne seraient plus des criminels de droit commun souvent antisémites, mais des « ennemis combattants ». Je comprends donc qu’il ne faut pas faire la guerre au terrorisme. On fait quoi alors?

Le terrorisme n’est plus ce qu’il était Messieurs les spécialistes. Fini le terrorisme « à la pépère ». Ce sont effectivement « des ennemis combattants » qu’il faut combattre avec nos armes et nos moyens. Et je suis en faveur d’un renforcement du dispositif Vigipirate. Et si le terme Vigipirate vous déplait, nous en trouverons un autre, plus adapté à la situation. La France est en guerre n’est-il pas? //RO

Le plan Vigipirate reste mystérieux – et pas seulement parce qu’on se demande ce qui a bien pu passer dans la tête du gouvernement pour choisir un nom aussi ridicule et le conserver, depuis près de vingt ans d’application ininterrompue. Le dispositif Vigipirate, d’exceptionnel est devenu permanent bien que tous les professionnels de la sécurité en soient d’accord : il n’est d’aucune efficacité contre le terrorisme. Il n’a permis aucune arrestation, n’a aucun effet dissuasif – tous les auteurs d’attentats sont nés alors qu’il s’appliquait déjà – et il coûte un million d’euros par jour, selon la propre estimation du ministre de la défense Jean-Yves Le Drian.

Si le plan Vigipirate n’a pas de fonction opérationnelle, il en a nécessairement d’autres : une fonction politique assurément, mais qui s’émousse au bout de vingt ans, et une fonction sociale, plus subtile, mais plus dangereuse : entretenir, par le quadrillage militaire, une confusion entre la guerre et la paix. Et ancrer en passant ce non-sens aujourd’hui largement partagé qui veut que « la sécurité soit la première des libertés ».

Classé secret-défense

La naissance même du plan reste mystérieuse. Il a été créé en 1978 d’une instruction non publiée du secrétariat général de la défense nationale (SGDN) et son statut juridique reste obscur. Il n’est régi que depuis sa publication, en 2007, par le code de la défense, et reste classé secret défense, comme l’a rappelé la CADA, la commission d’accès aux documents administratifs, le 23 mai 1991. Lancé discrètement après la vague d’attentats de 1985-1986, il est réactivé avec la guerre du Golfe de 1991 et installé de manière permanente au lendemain de l’attentat contre une école juive de Villeurbanne, le 7 septembre 1995.

Sa fonction politique consiste évidemment à rassurer les populations : le mot Vigipirate, a calculé Julien Fragnon, auteur d’une thèse en 2009 à Lyon-II sur « le discours antiterroriste », intervient dans 27 % des discours politiques dans la première semaine qui suit un attentat, souvent suivi d’une longue énumération des forces de police. « L’emploi des chiffres renforce la précision du message en tentant de se conformer à la loi d’exhaustivité du discours par l’accumulation d’informations, note le doctorant. Elle correspond à une stratégie argumentative fondée sur l’objectivité et l’administration de la preuve. » Le message passe : le mot Vigipirate apparaît en moyenne sept fois par jour et par journal dans les trois jours qui suivent un attentat, et à 82 % dans les titres ou le premier paragraphe des articles.

L’effet rhétorique ne pèse plus guère

Le plan Vigipirate renvoie ainsi « à un ordonnancement structuré d’actions publiques et suggère une maîtrise de la protection du territoire et de la population », résume Julien Fragon. L’effet rhétorique, vingt ans et des dizaines d’attentats plus tard, ne pèse plus guère. « Ce n’est qu’une grotesque opération de communication qui n’a pas l’ombre d’une efficacité, indique Jean-Pierre Dubois, professeur de droit et président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme. Il est frappant de se rendre dans d’autres capitales européennes, autrement plus touchées que Paris, où il n’y a pas un militaire dans les rues. Vigipirate, c’est une méthode de communication propre au champ politique français, dominé par la pensée sécuritaire ».

La présence de patrouille de militaires a, plus discrètement, un autre effet : celui de brouiller la distinction entre la guerre et la paix. « Si la lutte contre le terrorisme c’est la guerre, c’est une guerre sans fin, observe le professeur Dubois, et une guerre sans fin n’est pas une guerre ». Faire « la guerre au terrorisme », c’est aussi donner un statut politique aux terroristes, qui ne seraient plus des criminels de droit commun souvent antisémites, mais des « ennemis combattants ». « L’état de guerre, ça sert surtout à mettre le droit entre parenthèses, George Bush avait bien compris cela », conclut Jean-Pierre Dubois.

Culture du maintien de l’ordre colonial

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Illustration : Mission-Vigipirate-SIRPA-Terre-CCH-J-B

 

2 réflexions au sujet de “Vigipirate et le fantôme de la guerre d’Algérie”

  1. Ce sont surtout les militaires qui sont en danger puisque souvent leur arme ne possède qu’un chargeur VIDE !
    Ils sont donc condamnés a se défendre avec leur fusil comme autrefois sous forme de massue !
    Je les plains sincèrement

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