Armées

Guerre au Moyen-Orient : La stratégie d’épuisement ne fonctionne pas toujours.

Régis Ollivier – Le 15 mars 2026


Déjà utilisée par la Russie dans la guerre contre l’Ukraine, mais aussi contre la Russie et aujourd’hui contre l’Iran, elle consiste à attendre et à annoncer que l’adversaire s’épuise en missiles et en munitions.

Comme « Soeur Anne », le monde attend et ne voit rien venir.

Pour l’instant, l’Iran tire encore et toujours.

Dans le même temps, Donald Trump cherche à mobiliser la France et d’autres pays afin d’élargir le conflit et d’en internationaliser le théâtre.

Une manière d’entraîner davantage d’acteurs dans une guerre mondiale qui ne dit pas encore son nom.

L’histoire récente nous rappelle une chose simple :

une guerre est toujours plus facile à déclencher qu’à conclure.

Le Colonel vous salue bien 🫡

Lire aussi : Comment Donald Trump a perdu la main sur la guerre qu’il a déclenchée.

https://www.lepoint.fr/monde/chronique-comment-donald-trump-a-perdu-la-main-sur-la-guerre-quil-a-declenchee-LWHH42RF65D3FMIB4MASCW653M/

Armées

La guerre n’est pas un outil de communication : Analyse stratégique après les propos du général Christophe Gomart

Régis Ollivier – Le 24 novembre 2025

Le débat sur la possibilité d’une confrontation entre la France et la Russie s’emballe depuis que certains responsables militaires ou politiques se sont aventurés à prophétiser une guerre d’ici deux ou trois ans. Que ces propos soient formulés par un chef d’état-major ou relayés par le président de la République, ils provoquent un séisme émotionnel dans la société française. On crie au réalisme pour les uns, au catastrophisme pour les autres. Dans ce tumulte, un élément fondamental semble toutefois oublié : la guerre n’est pas un élément de storytelling. C’est une mécanique froide, industrielle, logistique, humaine, qui ne pardonne aucune approximation. Lorsque le général Christophe Gomart dénonce une instrumentalisation politique de la guerre pour détourner l’attention du chaos intérieur, il ne parle pas d’opinion. Il parle d’une réalité qu’il a longtemps pratiquée : l’emploi de la force armée dans le monde réel, celui où des hommes se battent, meurent, et ne reviennent pas.

1. La tentation éternelle : l’ennemi extérieur pour masquer la tempête intérieure

L’histoire regorge d’exemples où un pouvoir exécutif fragilisé utilise l’angoisse extérieure comme dérivatif intérieur. Ce réflexe est vieux comme l’État. Et Le mécanisme est simple :

  • Créer un horizon de menace suffisamment crédible pour mobiliser l’opinion,
  • Reporter le coût politique des fractures sociales et économiques,
  • Déplacer l’attention vers des enjeux géopolitiques sur lesquels le citoyen n’a aucune prise.

Même les démocraties n’y échappent pas.
Le registre moral importe peu : c’est un mécanisme de survie politique.

Qu’Emmanuel Macron s’y adonne ou non n’est pas la question centrale. Ce qui compte, c’est que le simple soupçon de cette stratégie suffit à fragiliser durablement le lien armée-nation. Et cela, aucun président ne devrait l’oublier.

2. La vérité militaire : une armée ne se prépare pas en conférence de presse

Contrairement à ce que certaines tribunes peuvent laisser entendre, la guerre ne se décrète pas par anticipation médiatique. Elle se prépare dans la profondeur :

  • stocks de munitions,
  • capacités industrielles,
  • nation en armes ou nation sous perfusion,
  • alliances,
  • contrôle de l’espace informationnel,
  • endurance logistique.

Ce n’est pas une abstraction. C’est du concret, du quantifiable, du vérifiable.

Or, il suffit de regarder froidement la situation française :

  • Sous-effectifs chroniques dans plusieurs segments,
  • Réserves territoriales insuffisantes en cas de choc prolongé,
  • Industrie de défense lente, fragmentée, dépendante de cycles politiques,
  • Europe atomisée sur la question stratégique,
  • Opinion publique rétive au sacrifice, parce que désorientée et non préparée.

Dans ces conditions, annoncer une guerre dans trois ans n’est pas de la prévision stratégique.
C’est du théâtre.

3. Quand le CEMA devient haut-parleur du politique

Il existe une ligne rouge claire : le militaire conseille, le politique décide.
Et lorsqu’un chef militaire devient la caisse de résonance d’un agenda politique, il sort de son rôle, même si cela se fait par servilité institutionnelle ou par loyauté mal comprise.

Point d’histoire :

  • Le Général De Gaulle ne faisait pas parler les généraux pour justifier ses visions internationales.
    Il assumait, seul, le poids de ses choix.

La France actuelle inverse ce paradigme :

  • le politique externalise la peur,
  • le militaire la verbalise,
  • l’opinion en subit le contrecoup.

Le résultat ?
L’armée perd son statut d’institution tutélaire, neutre, protectrice.
Elle devient un instrument de persuasion intérieure.

C’est une faute stratégique majeure.

4. L’exemple Gomart : du terrain à la lucidité

Que l’on aime ou non Christophe Gomart importe peu.
Il s’inscrit dans une tradition bien française : celle des officiers qui, une fois sortis du commandement, parlent pour tenter de remettre de l’ordre dans la maison.

Gomart ne tire pas à vue sur l’Élysée. Il pose une question fondamentale :

A-t-on le droit d’agiter le spectre d’une guerre quand on n’en a ni les moyens, ni la doctrine, ni le consensus national ?

La réponse est simple : non.

Parce que la guerre n’est pas un instrument d’ingénierie sociale.
Parce qu’elle n’est pas un levier électoral.
Parce qu’elle n’est pas un pansement sur la misère intérieure.

Et parce que les Français ne sont pas dupes.
Ils acceptent l’effort quand ils en comprennent le sens.
Ils refusent la peur quand elle est un outil de diversion.

5. Le rôle de ceux qui savent

J’ai servi 43 ans.
Dans l’armée et dans le renseignement.
J’ai vu des décisions prises sur un coin de table par des hommes qui n’assumeraient jamais la facture humaine.
J’ai vu des forces projetées sans couverture politique.
J’ai vu des mensonges diplomatiques dans lesquels des soldats allaient mourir.
J’ai vu des présidents africains tomber parce qu’ils avaient confondu puissance et spectacle.

S’il y a une règle que tout officier finit par comprendre, la voici :

On ne brandit pas la guerre pour gagner un répit sur le front intérieur.
La guerre se prépare pour être gagnée.
Ou elle ne se prépare pas du tout.

Conclusion

Le général Gomart n’a pas seulement critiqué une communication.
Il a rappelé une vérité dérangeante : la France n’est pas prête pour une guerre haute intensité durable, et personne n’a le droit d’utiliser cette perspective comme un artifice de campagne. On peut débattre des chiffres, des doctrines, des priorités. Mais on ne joue pas avec le feu stratégique, parce que ce sont les gens d’en bas qui brûlent.

La politique a le droit de mentir pour se sauver.
L’armée n’a pas le droit de mentir pour la servir.

Le Colonel vous salue bien

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Armées

Analyse des déclarations du général Fabien Mandon et situation actuelle de l’armée française

Régis Ollivier – Le 22 octobre 2025

Illustration lecolonel.net

J’ai lu avec intérêt les propos du chef d’état-major des Armées français, le général Fabien Mandon puis, pour mon information personnelle – car je ne suis pas stratège dans ce domaine – j’ai demandé à Koïos, mon Intelligence Augmentée, de m’analyser ce texte à partir d’un court dialogue avec lui. J’ai pensé que cette analyse serait susceptible d’intéresser les initiés et les non-initiés. Bonne lecture..//RO

Je vais analyser les déclarations du général Fabien Mandon et la situation actuelle de l’armée française en recherchant des sources récentes sur la préparation militaire, le budget de défense et la perception de la menace russe. Je consulte des articles fiables pour comparer la taille et les capacités des forces françaises et russes, tout en examinant la question dans le contexte de l’OTAN et des alliés européens. Je reviendrai avec une analyse complète et sourcée.

Le texte du Figaro (reproduit par de nombreux médias) reflète une prise de conscience au sein des armées françaises : le chef d’état‑major des Armées, le général Fabien Mandon, estime que la Russie pourrait vouloir étendre sa guerre « sur notre continent » et demande que les forces françaises soient prêtes « à un choc dans trois, quatre ans » cnews.fr. Pour lui, la perception d’une Europe « collectivement faible » encourage Moscou ; il juge donc essentiel d’accroître le budget de la défense (57,1 milliards d’euros en 2026, soit 2,2 % du PIB cnews.fr) afin de montrer de la détermination et, ainsi, de dissuader une agression cnews.fr.

Une armée française volontairement réduite

Depuis la professionnalisation des armées en 1997, le service national est suspendu et remplacé par une simple journée de sensibilisation à la défense fr.wikipedia.org. Les effectifs ont fortement diminué : en 2023, l’ensemble des forces armées françaises compte environ 201 300 militaires d’active et 62 300 personnels civils fr.wikipedia.org. L’armée de terre ne dispose que d’environ 110 000 militaires d’active, auxquels s’ajoutent 8 000 civils et 26 000 réservistes defense.gouv.fr ; elle ne possède qu’une centaine de chars Leclerc (225 véhicules blindés chenillés) et 79 canons CAESAR defense.gouv.fr. Ces chiffres illustrent une force expéditionnaire compacte, capable de déployer des bataillons ou des brigades, mais pas un front de centaines de milliers d’hommes. Un rapport récent de l’Institut français des relations internationales souligne que, à force de réductions d’effectifs, « les armées européennes se sont habituées à compter leurs déploiements en centaines d’hommes, au mieux en milliers (brigade) », alors qu’un corps d’armée, nécessaire pour une guerre de haute intensité, requiert 40 000 à 120 000 soldats ifri.org. Aucun pays européen ne peut aujourd’hui armer seul un tel corps d’armée ifri.org ; la France vise à reconstituer une capacité de niveau corps d’armée vers 2030 grâce au renfort de ses réserves et à une coopération renforcée avec ses alliés ifri.org.

Écarts de puissance avec la Russie

La Russie conserve un avantage numérique considérable. En septembre 2024, Vladimir Poutine a ordonné d’augmenter l’effectif des forces russes à 2,38 millions de personnes, dont 1,5 million de militaires actifs reuters.com, ce qui placerait l’armée russe au deuxième rang mondial après la Chine reuters.com. Cet effectif est déjà plusieurs fois supérieur au total des militaires français (201 000). De plus, le Kremlin a mobilisé plus de 300 000 réservistes en 2022 et continue de recruter des volontaires reuters.com. Le ministre français rappelle cependant que l’Europe dispose d’atouts économiques et démographiques bien supérieurs : selon des données comparatives, l’Union européenne (450 millions d’habitants) et ses partenaires totalisent un PIB d’environ 17 900 milliards € contre 2 000 milliards € pour la Russie donneesmondiales.comindexmundi.com. Si ces ressources étaient mobilisées, le rapport de forces industriel et financier serait en faveur des Européens. En matière d’armement, cependant, la Russie a su relancer massivement sa production, tandis que l’Europe peine à coordonner la sienne : un rapport du Royal United Services Institute constate que la Russie a mis en œuvre un plan de mobilisation industrielle tôt dans la guerre, alors que l’Europe manquait de plan et de connaissance de ses chaînes d’approvisionnement, rendant les investissements inefficaces rusi.org.

La dissuasion et les alliances, piliers de la sécurité française

La France n’est pas seule. Elle s’appuie sur l’alliance atlantique et sur la dissuasion nucléaire. Sa doctrine nucléaire, à vocation strictement défensive, repose sur deux composantes (sous‑marins lanceurs d’engins et Rafale) et un arsenal de moins de 300 têtes defense.gouv.fr. L’objectif est d’infliger des dommages « absolument inacceptables » à tout agresseur et de prévenir toute ambition visant les intérêts vitaux de la France defense.gouv.fr. Cette posture contribue également à la sécurité de l’ensemble de l’Europe defense.gouv.fr. En cas de conflit majeur, l’article 5 du traité de l’Atlantique nord impliquerait la défense collective de tous les alliés ; la France participerait donc à une coalition beaucoup plus large, incluant les États‑Unis, dont les capacités (tant conventionnelles que nucléaires) restent déterminantes.

Faut‑il envisager une guerre « France contre Russie » ?

Le scénario d’une confrontation bilatérale isolée entre la France et la Russie est peu réaliste pour plusieurs raisons :

  • Format inadapté : les forces françaises actuelles, conçues pour des opérations extérieures limitées, sont trop réduites pour affronter seules une armée qui cherche à atteindre 1,5 million d’hommes. Le général Mandon reconnaît que l’Europe ne pourra se défendre sans renforcer considérablement ses capacités et son industrie d’armement cnews.fr. Le Parlement étudie ainsi une loi de programmation militaire visant à porter le budget à 57,1 milliards d’euros en 2026 cnews.fr et à accroître le format des forces terrestres (équipement, réserves, munitions). Le recours aux réservistes et la remontée en puissance de la « force opérationnelle terrestre » à 77 000 combattants defense.gouv.fr font partie de cette trajectoire.
  • Absence de conscription de masse : la France a suspendu le service national obligatoire en 1997 fr.wikipedia.org. En cas de conflit de haute intensité, un rappel de réservistes et une montée en puissance des effectifs prendraient du temps, et la formation d’une masse « civile » peu préparée serait effectivement périlleuse.
  • Risque d’escalade nucléaire : la doctrine nucléaire française vise à éviter la guerre en rappelant qu’un conflit direct avec une puissance nucléaire pourrait entraîner des destructions catastrophiques. Une guerre frontale avec la Russie dépasserait largement le cadre d’une confrontation terrestre et comporterait un risque d’escalade incontrôlable.
  • Importance de l’alliance : l’OTAN reste le cadre naturel de la défense de l’Europe. L’idée d’une guerre isolée de la France contre la Russie va à l’encontre de la stratégie collective de dissuasion et de défense.

Conclusion

Le général Mandon appelle à reconstruire des forces capables de faire face à un choc dans quelques années cnews.fr et à montrer de la détermination pour dissuader la Russie cnews.fr. Sa déclaration souligne surtout un déficit de moyens accumulé depuis des décennies et la nécessité d’investir massivement. La France ne peut raisonnablement envisager une guerre conventionnelle contre la Russie avec ses seuls moyens actuels. En revanche, en renforçant ses capacités, en coordonnant l’effort de défense européen et en s’appuyant sur la dissuasion nucléaire et l’alliance atlantique, elle peut contribuer à empêcher toute agression. L’objectif n’est pas de mener une guerre, mais de dissuader : montrer que l’Europe, économiquement et démographiquement plus puissante donneesmondiales.com, est prête à se défendre. Cela exige une hausse durable des budgets de défense, une reconstitution des stocks et une réorganisation de l’industrie, mais aussi une volonté politique de maintenir la paix en recourant à la diplomatie et à la prévention des conflits.

Référence : « L’armée française doit être «prête à un choc dans trois, quatre ans» face à la Russie, alerte le chef d’état-major. » Par Le Figaro avec AFP https://www.lefigaro.fr/international/l-armee-francaise-doit-etre-prete-a-un-choc-dans-trois-quatre-ans-face-a-la-russie-alerte-le-chef-d-etat-major-20251022