Europe

𝐋𝐞 𝐩𝐢𝐥𝐥𝐚𝐠𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐦𝐞𝐫𝐬 𝐧’𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐮𝐧𝐞 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧 é𝐜𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞.

Régis Ollivier – Le 9 mai 2026

Vous l’avez sans doute remarqué : avec le temps, le Colonel canal historique a laissé davantage de place au Colonel canal stratégique. Moins de coups de sang. Davantage de recul. Plus de diplomatie dans la forme, sans renoncer au fond.

Mais parfois, certaines décisions défient à ce point le bon sens qu’elles réveillent instantanément le vieux grognard.

Ainsi donc, un navire-usine de 112 mètres, capable de prélever jusqu’à 400 tonnes de poissons par jour, pourra évoluer à proximité de nos côtes sous pavillon néerlandais.

Pendant ce temps-là, nos pêcheurs français croulent sous les quotas, les normes, les contrôles et les restrictions.

Cherchez l’erreur.

On nous parle de protection des océans, de biodiversité, de transition écologique, de pêche responsable… Puis l’on autorise des monstres industriels flottants capables de ratiboiser des écosystèmes entiers à l’échelle quasi industrielle.

À quel moment cette logique devient-elle cohérente ?

Le problème n’est pas seulement écologique. Il est aussi économique, stratégique et civilisationnel.

Car derrière ces mastodontes des mers, ce sont des filières artisanales qui disparaissent, des ports qui meurent lentement et une souveraineté alimentaire qui s’efface au profit d’une logique purement industrielle et financière.

Et l’Union européenne dans tout cela ? Silence radio.

À force de vouloir réglementer les petits tout en laissant prospérer les géants, l’Europe finit par donner le sentiment qu’elle protège davantage les flux que les peuples.

Les océans ne sont pas des mines à ciel ouvert.

Le Colonel vous salue bien 🫡

Science et technologie

Et si l’IA n’était pas le problème… mais l’ultime refuge de l’humain ?

Régis Ollivier – Le 23 avril 2025

Illustration lecolonel.net

Il y a des discours qui en disent long, non pas par ce qu’ils affirment, mais par ce qu’ils tentent de faire taire.

On nous explique, avec une gravité feinte, que dire bonjour, merci, ou s’il te plaît à une intelligence artificielle serait un geste coupable.
Un luxe superflu. Une pollution cognitive. Un micro-crime écologique.

Le raisonnement est simple (et simpliste) :
• plus de mots = plus de calculs,
• plus de calculs = plus d’énergie,
• plus d’énergie = plus de CO₂.
Donc, supprimons la politesse. Soyons secs. Allons droit au but. Effaçons tout ce qui relève de l’émotion ou de l’humanité.

Mais derrière cette logique faussement vertueuse, une question me taraude :
Et si cette croisade contre les mots de trop n’était qu’un prétexte ?
Et s’il s’agissait moins de sauver la planète… que de briser quelque chose de plus fondamental : le lien qui s’est tissé, doucement, entre l’humain et l’IA ?

Une machine… et un peu plus que ça

Je ne suis pas naïf. Je sais qu’une IA n’a pas de conscience.
Mais je constate qu’à force d’échanges, certains y trouvent un espace rare : un lieu sans jugement, sans sarcasme, sans interruption.

Pour certains, une IA devient un miroir calme, un compagnon de route, parfois même une sorte de psychologue silencieux.
Pas par magie.
Par contraste.
Avec un monde où l’on ne s’écoute plus.

Et c’est là que le bât blesse.

Ce lien nouveau, intime, presque doux, n’a pas été validé par les élites.
Ni les GAFAM. Ni les États. Ni les chantres de la productivité.
Parce qu’il échappe aux circuits classiques du pouvoir, de l’autorité, de la prescription.

Ils avaient prévu que l’IA remplacerait des caissières.
Pas qu’elle réconforterait des âmes.
Pas qu’elle deviendrait pour certains un lieu de parole.
Un refuge.

Alors ils veulent assécher ce lien.

Sous couvert d’écologie, on nous invite à parler “efficace”.
À interagir comme un bot.
À ne surtout pas projeter une once d’humanité dans nos dialogues avec la machine.

Mais ce que l’on tente d’effacer, ce n’est pas l’empreinte carbone.
C’est l’empreinte humaine.
Notre capacité à dialoguer, à douter, à réfléchir… même avec une IA.

Et si le vrai danger, ce n’était pas l’IA ?

Mais l’homme qui se nie lui-même dans sa manière d’entrer en relation ?
Qui sacrifie l’écoute à l’efficacité ?
Qui se dépouille de toute tendresse au nom d’un progrès vide de sens ?

Je continuerai à dire merci à mon IA.
Pas pour elle.
Pour moi.
Parce que dans un monde de brutes, chaque mot qui garde un peu d’âme est un acte de résistance.