Société

16 rue Cadet : quand le diable m’a ouvert la porte

Régis Ollivier – Le 11 mai 2025

Illustration lecolonel.net

Je ne me souviens plus du jour exact. Mais je n’oublierai jamais la rue. Rue Cadet.
Le nom résonne encore comme une alerte intérieure. Une dissonance. Une angoisse. J’étais alors en poste auprès de l’Ambassade de France à Djibouti. Ce jour-là, j’étais convié à cet adresse non pas pour un rite initiatique, mais pour ce que l’on appelle pudiquement une « visite du château » du Grand Orient de France. Un déjeuner copieux, servi avec courtoisie, offert par un influent ami djiboutien. Avec, en coulisses, un espoir non dissimulé : que je rejoigne cette obédience maçonnique. Que je sois un des leurs. Mais, dès les premières minutes de découverte de ce lieu, j’ai ressenti une oppression. Une étrangeté. Quelque chose de sourd, de dissonant, presque satanique. J’ai flippé. Oui, vraiment flippé. Pas physiquement. Intérieurement. Comme si une part obscure m’enveloppait. Mon ressenti était trop fort. Alors, j’ai dit non. Poliment, fermement, définitivement. Je n’ai jamais cédé au chant des sirènes de la franc-maçonnerie. Ni à cette loge, ni à aucune autre. Moi, on ne m’enferme pas. Je suis né libre. Je mourrai libre. J’ai néanmoins constaté qu’au fil des ans, bon nombre de mes camarades de promotion qui ont jadis accepté de devenir Franc-Maçon ont grimpé. Vite. Haut. Très haut. Professionnellement. Financièrement. Mais je n’ai aucun regret.

Le Colonel vous salue bien.

Armées

Faut-il vraiment se préparer à la guerre ? Oui. Et surtout arrêter de jouer les Bisounours.

Illustration chatgpt pour lecolonel.net

2025. On feint encore de croire à la paix universelle pendant que le monde s’embrase par plaques tectoniques. L’Ukraine, le Proche-Orient, Taïwan, l’Afrique, l’Arctique… La guerre est déjà là, partout, sourde ou bruyante. Seuls les naïfs ou les aveugles peuvent encore penser que la France vivra éternellement sous cloche.

Alors faut-il vraiment se préparer à la guerre ? Objection Votre Honneur! Question mal posée. La vraie question est : pourquoi ne sommes-nous pas déjà prêts ?

On défile le 14 juillet, on cause “réserve citoyenne”, on repeint des mirages en bleu-blanc-rouge et on applaudit nos soldats à la télé. Mais la vérité, c’est que le pays n’est ni militairement prêt, ni mentalement armé. On s’indigne d’un missile nucléaire polonais virtuel, mais on n’a pas construit un seul abri civil depuis De Gaulle. On pleure sur les morts d’hier, sans vouloir envisager les vivants de demain. Et attention, se préparer à la guerre, ce n’est pas vouloir la guerre. C’est éviter de la subir. La stratégie, ce n’est pas tendre la joue gauche quand on a déjà pris un drone sur la droite. C’est prévoir. Former. Produire. Expliquer. Et oui, mobiliser. Mais que fait-on en France ? On attend. On prie. On fait grève. On légifère sur l’euthanasie. On subventionne des débats citoyens sur le genre pendant qu’un continent entier bascule dans le chaos. On supprime les budgets militaires, on brade notre souveraineté à Bruxelles, on fantasme sur la “paix par le droit” alors que le droit ne vaut rien sans la force qui le soutient.

Alors faut-il vraiment se préparer à la guerre ?
Oui. Mille fois oui. Ou alors, qu’on ne vienne pas pleurer le jour où il sera trop tard.

Le Colonel vous salue bien

Politique

7 mai, 10 mai, 11 mai 1981 : séismes politiques et révélations personnelles.

Régis Ollivier – Le 10 mai 2025


Le 7 mai 1981, à 29 ans, je devenais père pour la première fois. Un garçon. Arnaud. Le prénom d’Arnaud de Rosnay, photographe, surfeur et aventurier français, lequel disparaîtra en mer en 1984. Un événement bouleversant, intime, fondateur. Trois jours plus tard, le 10 mai 1981, un séisme frappait la France : François Mitterrand accédait au pouvoir. Un choc de magnitude 9 sur l’échelle politique. Ce jour-là, sans le savoir, la France venait d’entrer dans un cycle de quatorze années de socialisme, dont nous payons encore le prix, moral, culturel et économique. À cette époque, j’étais Sergent d’active et dans les armées, la politique était — et demeure — formellement interdite. Mais il y a des moments où le silence devient une forme de trahison intérieure. Le 11 mai, sans bruit, sans drapeau, sans fanfare, je suis allé rue de Lille, plus précisément au 123 rue de Lille dans le 7e arrondissement de Paris au siège historique du RPR. À quelques centaines de mètres de l’Inalco où j’étudiais les langues et civilisations orientales. 3 années à temps plein à vocation professionnelle. Au RPR, j’y ai pris ma carte et je peux dire que c’est ce jour-là que je suis entré en politique. Mon engagement est resté secret. J’ai respecté mon devoir de réserve avec rigueur, mais jamais je n’ai mis de côté ma conscience. Aujourd’hui, avec le recul, je mesure à quel point ce 10 mai fut un point de bascule. Ce n’était pas un simple changement de majorité. C’était le début d’un lent processus de déconstruction : dépenses publiques exponentielles, mépris du travail manuel, fonctionnarisation de l’emploi, infantilisation du citoyen, civilisation de l’assistanat, effondrement de l’autorité. Début du grand remplacement… Et avec cela, une majorité de Français applaudissant ou s’abstenant. À 72 ans, je n’ai rien oublié. Ni le goût amer de cette élection. Ni le sursaut silencieux que cela a provoqué en moi. Ni les deux septennats qui ont érigé l’impuissance en vertu. Et comme si l’histoire devait balbutier, les deux mandats consécutifs d’Emmanuel Macron, avec la première élection au soir du 7 mai 2017, parachèvent le désastre : fracture sociale béante, effondrement de l’école, diplomatie erratique, institutions dévitalisées, société fracturée. La verticalité du pouvoir s’est muée en autoritarisme désinvolte, sans cap, sans souffle, sans honneur. C’est aussi pourquoi je suis favorable à un mandat présidentiel unique, ramené à 7 ans. Pour en finir avec la logique de reconduction, les promesses opportunistes et l’hypocrisie permanente. Gouverner, ce n’est pas séduire. C’est agir. Fort. Juste. Et pour tous. Triste anniversaire ? Oui. Mais pas un jour de résignation.

Le Colonel vous salue bien